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Birmanie : La police tente de disperser de nouvelles manifestations

reuters.com  |   |  696  mots
Protesters cover with makeshift shields during an anti-coup protest in yangon[reuters.com]
(Crédits : Stringer)

(Reuters) - Les forces de sécurité birmanes ont utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser une manifestation à Rangoun samedi, quelques heures seulement après qu'un envoyé spécial des Nations Unies a appelé le conseil de sécurité à prendre des mesures contre la junte au pouvoir.

Le pays d'Asie du Sud-Est est plongé dans la tourmente depuis que l'armée a renversé et arrêté la dirigeante élue Aung San Suu Kyi le 1er février, avec des manifestations et des grèves quotidiennes qui bloquent l'économie et l'administration.

Des manifestations sporadiques ont été organisées dans tout le pays samedi et les médias locaux ont rapporté que la police avait utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser un rassemblement à Rangoun, la plus grande ville du pays. Aucun blessé n'a été signalé.

Plus de 50 manifestants ont été tués depuis le coup d'État dont au moins 38 mercredi, selon les Nations Unies. Les manifestants demandent la libération d'Aung San Suu Kyi et le respect des élections de novembre, remportées par le parti de la dirigeante mais rejetées par l'armée.

"Combien de temps encore pouvons-nous laisser l'armée de Birmanie s'en tirer ainsi ?", a lancé vendredi l'envoyée spéciale des Nations unies, Christine Burgener, lors d'une réunion à huis clos des 15 membres du conseil de sécurité de l'ONU, selon une copie de ses propos consultée par Reuters.

"Il est essentiel que ce conseil soit résolu et cohérent pour mettre les forces de sécurité en garde et se tenir fermement aux côtés du peuple birman, en faveur des résultats clairs des élections de novembre", a-t-elle ajouté.

Un porte-parole de la junte n'a pas répondu à des demandes de commentaires.

Plusieurs centaines de personnes se sont par ailleurs rassemblées samedi à Sydney pour protester contre le coup d'État, chantant et levant trois doigts, un salut devenu un symbole de la solidarité et la résistance à travers la Birmanie.

"L'espoir politique a commencé à briller. Nous ne pouvons pas perdre l'élan de la révolution", a écrit l'un des meneurs de la contestation en Birmanie, Ei Thinzar Maung, sur Facebook. "Ceux qui osent se battre auront la victoire. Nous méritons la victoire."

Vendredi soir, les autorités ont déterré à Mandalay une femme de 19 ans qui est devenue une icône du mouvement de protestation après avoir été abattue en portant un t-shirt sur lequel était inscrit "Tout ira bien", selon un témoin et les médias locaux.

Un témoin a déclaré que le corps de Kyal Sin, largement connu sous le nom d'Angel, avait été déterré vendredi, examiné et de nouveau inhumé, avant que la tombe ne soit rescellée, une information au sujet de laquelle un porte-parole militaire n'a pas répondu à des demandes de commentaires.

La mort de manifestants birmans a suscité de nombreuses réactions d'indignation au niveau international.

"Le recours à la violence contre le peuple birman doit cesser maintenant", a déclaré le président sud-coréen Moon Jae-in dans un tweet, appelant à la libération de Suu Kyi et d'autres détenus et au rétablissement de la démocratie.

Les États-Unis et certains autres pays occidentaux ont imposé des sanctions limitées à la junte et l'enquêteur indépendant des droits de l'homme de l'ONU sur la Birmanie, Thomas Andrews, a appelé à un embargo mondial sur les armes et à des sanctions économiques ciblées.

L'armée birmane a pris le pouvoir sur des allégations de fraude électorale, rejetées par la commission électorale, en promettant d'organiser un nouveau scrutin à une date non précisée.

Une campagne de désobéissance civile de grèves, parallèlement aux manifestations, a reçu le soutien de nombreux fonctionnaires et de quelques policiers.

Les autorités birmanes ont demandé à l'Inde de renvoyer huit policiers qui ont cherché refuge de l'autre côté de la frontière pour échapper aux ordres de la junte, a déclaré samedi un responsable du nord-est de l'Inde.

(Matthew Tostevin et Raju Gopalakrishnan, version française Benjamin Mallet)