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Londres rappelle les patrouilleurs envoyés à Jersey sur fond de tensions avec Paris

reuters.com  |   |  770  mots
Manifestation de pecheurs francais au large de jersey[reuters.com]
(Crédits : Marc Le Cornu)

(mastic titre)

par Christian Lowe

PARIS (Reuters) - Le Royaume-Uni a annoncé jeudi que les deux navires de patrouille de la Navy envoyés au large de l'île anglo-normande de Jersey, dans la Manche, allaient se préparer à retourner dans un port britannique, après le départ de pêcheurs français qui avaient manifesté dans la zone plus tôt dans la journée.

La décision de Londres, mercredi, de déployer ces patrouilleurs avait poussé la France à faire de même, alors que des dizaines de bateaux de pêcheurs français ont dénoncé dans la journée des restrictions sur leur accès aux eaux britanniques.

Une porte-parole du gouvernement britannique, annonçant le retrait des patrouilleurs de la Navy, a précisé que le Royaume-Uni se tenait prêt à fournir à Jersey toute aide que l'île demanderait dans ce contexte de tensions.

"Les autorités de Jersey ont le droit de réguler la pêche dans leurs eaux dans le cadre de l'accord (commercial post-Brexit) et nous les soutenons dans l'exercice de ces droits", a-t-elle dit.

A l'aube, une cinquantaine de bateaux de pêche français étaient arrivés devant le port de Saint-Hélier, à une vingtaine de kilomètres des côtes normandes, certains équipages ayant allumé des feux de détresse.

Au moins l'un d'entre eux a pénétré dans le port et a brièvement bloqué le passage à un ferry assurant la liaison entre les îles anglo-normandes et la Grande-Bretagne, distantes d'environ 140 km.

Les pêcheurs français, qui se sont défendus de vouloir bloquer l'activité de leurs homologues de Jersey ou de provoquer des violences, sont repartis vers la France dans l'après-midi, a annoncé Hugo Lehuby, représentant du comité régional de pêche de Normandie, à l'origine de cette opération.

Il a ajouté que les premiers retours des discussions entre les autorités de Jersey et les pêcheurs français n'étaient "pas très positifs".

"Les discussions sont toujours unilatérales. C'est toujours la faute de l'Etat français, donc de ce côté là, on n'avance pas", a-t-il dit à Reuters.

SYMBOLE DE SOUVERAINETÉ

Le Royaume-Uni a accordé vendredi à 41 bateaux des licences de pêche qui délimitent notamment les zones et le nombre de jours en mer et définissent le type d'engins à utiliser pour les pêcheurs français au large de Jersey et Guernesey.

La France a dénoncé des conditions unilatérales et contraires selon elle à l'accord commercial post-Brexit conclu entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Se disant "révoltée", la ministre française de la Mer, Annick Girardin, a menacé Londres mardi de mesures de rétorsion en rappelant notamment que l'approvisionnement en électricité des îles anglo-normandes dépendait pour l'essentiel de la France.

Paris a déployé jeudi deux patrouilleurs maritimes au large de Jersey dans le cadre d'une mission de sécurisation, a indiqué la porte-parole de la préfecture maritime de la Manche et Mer du Nord, Marine Monjardé.

Les bateaux ont été envoyés sur zone pour "s'assurer que tout se passe en sécurité (...), pas du tout dans une logique d'escalade", a-t-elle précisé, évoquant notamment des risques d'avarie, de collision ou de chute d'homme à la mer avec le rassemblement des bateaux.

Alors que la pêche a été l'un des points les plus épineux des négociations qui ont abouti en décembre à un accord de dernière minute entre Londres et Bruxelles sur les relations post-Brexit, le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui a fait de cette question un symbole de la souveraineté retrouvée du Royaume-Uni, a affirmé mercredi son "soutien indéfectible" à Jersey, tout en soulignant "la nécessité urgente d'une désescalade des tensions".

L'exécutif de Jersey assure que l'île a délivré de nouveaux permis de pêche conformément aux conditions prévues dans l'accord commercial post-Brexit.

Cette interprétation est contestée à Paris. "Quand de nouvelles conditions sont appliquées alors qu'elles n'ont pas été prévues par l'accord, nous sommes justifiés à dire notre surprise, notre inquiétude et notre souhait que la situation soit très rapidement rétablie", a indiqué l'Elysée.

La Commission européenne a également appelé au calme. Une porte-parole a précisé que des discussions se poursuivaient entre l'exécutif européen et le Royaume-Uni pour parvenir à trouver une issue à ce différend.

(avec Kate Holton à Londres, Lucien Libert, Tangi Salaün, Elizabeth Pineau, Claude Chendjou et Bertrand Boucey à Paris, John Chalmers à Bruxelles; édité par Nicolas Delame et Jean Terzian)