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Après l'attentat à Kaboul, les taliban en moindre mal pour l'Occident ?

reuters.com

Publié le 27 août 2021 à 13:29 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 21:12

Apres l'attentat a kaboul, les taliban en moindre mal pour l'occident ?

Apres l'attentat a kaboul, les taliban en moindre mal pour l'occident ?

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par John Chalmers et Sabine Siebold

(Reuters) - L'attentat qui a frappé jeudi l'aéroport de Kaboul a rappelé aux capitales occidentales le douloureux exercice de "realpolitik" auquel elles vont être confrontées en Afghanistan, où un dialogue avec les taliban pourrait être le seul moyen d'éviter que le pays ne redevienne un sanctuaire pour les groupes djihadistes.

Moins de deux semaines après la prise de Kaboul par les islamistes qu'ils avaient chassés du pouvoir en 2001, au lendemain des attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis, et qu'ils ont ensuite combattus pendant 20 ans, les Occidentaux en sont déjà à reconnaître que des échanges avec les taliban sont sans doute la moins mauvaise option qui s'offre à eux.

"C'est très clair: les taliban sont désormais la réalité de l'Afghanistan", a constaté la chancelière allemande Angela Merkel cette semaine. "Cette nouvelle réalité est amère, mais nous devons faire avec."

Même son de cloche à Paris, où malgré la fermeture de l'ambassade de France à Kaboul, le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, a estimé vendredi qu'un "certain nombre de contacts" avec les taliban seraient envisageables si ces derniers acceptent de former un gouvernement incluant "d'autres sensibilités politiques".

Quant aux Etats-Unis, ils ont reconnu depuis plusieurs jours échanger régulièrement avec les nouveaux maîtres de Kaboul pour organiser les évacuations à l'aéroport, et ont même évoqué une "coordination" accrue pour pourchasser les responsables de l'attentat qui a coûté la vie à 13 soldats américains, revendiqué par le groupe Etat islamique.

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Pour un haut responsable de l'Union européenne, la posture de fermeté adoptée cette semaine par les membres du G7 à l'égard des taliban ne peut constituer une ligne politique, ne serait-ce que parce que cela reviendrait à laisser le champ libre à la Russie et surtout à la Chine dans la région.

NE PAS "ACCULER" LE NOUVEAU RÉGIME

Selon ce responsable, le Pakistan et la Turquie ont aussi appelé ces derniers jours les pays occidentaux à ne pas chercher à "acculer trop rapidement le nouveau régime", à ne pas imposer de sanctions et à maintenir les canaux de communication ouverts pour éviter une nouvelle crise sécuritaire et migratoire.

Pour les grandes puissances, l'aide internationale sera un instrument important des futures relations avec les taliban compte tenu de la crise humanitaire qui sévit dans le pays, alimentée par le conflit, la sécheresse et les déplacements de population (5,5 millions d'Afghans sont déplacés internes, sur une population d'environ 40 millions).

L'Union européenne a annoncé cette semaine qu'elle allait porter l'aide qu'elle fournit aux déplacés et aux réfugiés afghans de 50 à plus de 200 millions d'euros.

Le retrait chaotique des troupes américaines d'Afghanistan, qui a annihilé en quelques semaines 20 ans d'efforts pour apporter stabilité et démocratie dans le pays, a "boosté le moral des extrémistes islamistes partout dans le monde", estime l'ancien ambassadeur américain à Kaboul, Ryan Crocker.

L'attentat à l'aéroport, revendiqué par l'Etat islamique (EI) qui constitue une menace aussi bien pour les Occidentaux que pour les taliban, est de ce point de vue un rappel du risque qu'il y aurait à laisser l'Afghanistan s'enfoncer à nouveau dans l'anarchie.

Les autorités américaines estiment que l'Etat islamique dans le Khorasan, la branche afghane de l'organisation djihadiste, est bien à l'origine de cette attaque. Le groupe a multiplié les attentats d'une extrême violence ces dernières années, visant de préférence la population civile et en particulier la minorité chiite hazara.

"PAS D'ALTERNATIVE" AUX DISCUSSIONS AVEC LES TALIBAN

Dans sa revendication diffusée jeudi soir par son organe de propagande Amaq, l'EI se félicite aussi que le double attentat suicide ait coûté la vie à des combattants taliban qui surveillaient les accès à l'aéroport.

"Le problème n'est pas que les taliban contrôlent désormais le pays, mais qu'en réalité ni eux, ni personne d'autre ne contrôle quoi que ce soit", a souligné Ryan Crocker sur CNN.

"Cela fournit un terreau favorable pour ce genre d'attaques et pour permettre à ce genre de personnes de reprendre racine. C'est ce qui a conduit au 11-Septembre. On est dans la même dynamique."

Pour Thomas Ruttig, codirecteur de l'Afghanistan Analysts Network, les pays occidentaux n'ont certainement aucune envie de "s'acoquiner" avec les taliban, qui avaient imposé une lecture très rigoriste de la charia (loi islamique) quand ils étaient au pouvoir à Kaboul, de 1996 à 2001. Mais "les confronter et leur faire la leçon" d'entrée de jeu ne servira en rien la cause des Afghans les plus vulnérables, souligne-t-il.

Certains pays semblent l'avoir compris. L'ancien ambassadeur allemand en Afghanistan, Markus Potzel, discute ainsi avec des représentants du bureau politique des taliban à Doha, au Qatar, pour essayer de les convaincre de laisser les évacuations se poursuivre à l'aéroport de Kaboul au-delà du 31 août, la date butoir pour le retrait des troupes étrangères.

Un porte-parole des taliban au Qatar, Souhail Shaheen, a aussi fait état vendredi sur Twitter d'échanges sur "des questions politiques et la situation en Afghanistan" avec un émissaire de l'Elysée, François Richier, ancien ambassadeur de France à Kaboul (2016-2018), jeudi à Doha.

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, va de son côté entamer une tournée régionale pour voir avec les dirigeants du Tadjikistan, de l'Ouzbékistan, du Pakistan, de la Turquie et du Qatar "comment la communauté internationale peut désormais gérer l'Afghanistan".

"Il n'y a aucune solution alternative à la conclusion d'accords avec les taliban (...) Pas seulement pour faciliter le départ en toute sécurité des gens qui ont besoin de protection, mais aussi pour sauvegarder les acquis des deux décennies précédentes", explique le ministère allemand des Affaires étrangères dans une lettre adressée au Bundestag.

(Reportage John Chalmers et Sabine Siebord, version française Tangi Salaün, édité par Bertrand Boucey)

reuters.com

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