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Pécresse, candidate LR à la présidentielle, appelle au rassemblement face à Macron et aux extrêmes

reuters.com  |   |  923  mots
Valerie pecresse candidate des republicains a l'election presidentielle[reuters.com]
(Crédits : Pool)

PARIS (Reuters) - Valérie Pécresse, désignée samedi candidate des Républicains à l'élection présidentielle, a appelé au rassemblement de la droite républicaine face à Emmanuel Macron et à l'extrême droite, installant de facto un ticket avec son ex-rival "droitier" Eric Ciotti.

La présidente du conseil régional d'Ile-de-France a recueilli 60,95% des suffrages et le député des Alpes-Maritimes 39,05% au terme du second tour du vote électronique des adhérents de LR, a précisé à la presse le président du parti, Christian Jacob, entouré des deux finalistes.

L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, qui est âgée de 54 ans, était donnée favorite après le ralliement sous sa bannière des trois perdants du premier tour : Michel Barnier, Xavier Bertrand et Philippe Juvin, qui étaient présents samedi.

Elle ambitionne de devenir la première femme présidente de la République en France, avec le redoutable défi de faire oublier la défaite de la droite et du centre au premier tour de la présidentielle de 2017 après le chaos de la campagne de François Fillon.

"Aujourd'hui j'ai une bonne nouvelle, la droite républicaine est de retour", a-t-elle lancé lors d'une allocution après la proclamation des résultats, Eric Ciotti à son côté.

"Je vais tout donner (...) pour faire triompher nos convictions", a-t-elle assuré, saluant la "constance" de son challenger surprise "à défendre notre civilisation millénaire" et sa promotion "indéfectible de l'ordre et de la liberté."

Empruntant au vocabulaire de l'élu niçois, incarnation de l'aile droite du parti, Valérie Pécresse lui a donné des gages, à commencer par un déplacement commun de campagne lundi dans son fiel familial de Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes).

"Nous allons restaurer la fierté française et protéger les Français. (...) Notre rassemblement, ce ne sera pas que des mots, ce seront des actes", a-t-elle dit.

"NUL BESOIN D'ÊTRE EXTRÉMISTE POUR ÊTRE OFFENSIF"

La candidate, qui s'est écartée durant la campagne de la primaire de la ligne centriste qui fut la sienne pour rejoindre certaines des propositions d'Eric Ciotti en matière d'immigration, notamment, a dit ressentir "la colère d'un peuple qui se sent impuissant face à la violence et à la montée du séparatisme islamiste" et à l'"immigration incontrôlée".

Valérie Pécresse a ciblé sans attendre Emmanuel Macron en promettant, dans une critique en creux du président sortant, qu'elle ne serait pas "une présidente du zig-zag et de la godille politiques".

"Emmanuel Macron n'a qu'une seule obsession, c'est plaire, moi je n'ai qu'une seule passion, c'est faire", a-t-elle lancé.

Avant elle, Eric Ciotti avait stigmatisé "l'immobilisme" et "la verticalité jupitérienne, chaotique, d'Emmanuel Macron".

La candidate LR a aussi visé sans les nommer l'essayiste d'extrême droite Eric Zemmour, qui tient dimanche son premier meeting, et la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, mettant en garde les électeurs contre les "marchands de peur".

"Nul besoin d'être extrémiste pour être offensif, nul besoin d'être insultant pour être convaincant", a-t-elle martelé à leur endroit. "Contrairement aux extrêmes, nous allons tourner la page Macron, mais sans déchirer les pages de l'Histoire de France", a-t-elle dit.

En déplacement à Varsovie, Marine Le Pen s'est gaussée de "la plus macroniste des candidates", dans une invite à peine voilée aux électeurs "malheureux" d'Eric Ciotti.

UN SCÉNARIO DÉFAVORABLE POUR MACRON

Depuis le lancement de son mouvement "Soyons libres" au sein de LR, en juillet 2017, l'ancienne ministre de l'Enseignement supérieur et du Budget de Nicolas Sarkozy a entrepris sans relâche de démentir ceux qui dans son camp lui déniaient toute envergure présidentielle.

Diplômée d'HEC et de l'Ena, Valérie Pécresse, la "bonne élève", native de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mère de trois enfants, a fait ses premières armes en politique au côté de Jacques Chirac. Elue en 2002, à 34 ans, députée UMP dans la 2e circonscription des Yvelines, elle n'a cessé ensuite de gravir les échelons jusqu'au sommet de l'Etat.

Elue première femme du conseil régional d'Ile-de-France, un fief de gauche, en 2015, elle avait été réélue en juillet 2021.

Tenante d'une ligne économique libérale, Valérie Pécresse, qui avait quitté les Républicains en 2019 en critiquant la "droitisation" de leur dirigeant Laurent Wauquiez, a depuis musclé ses propositions régaliennes, dans un paysage politique où l'irruption d'Eric Zemmour et la popularité intacte de Marine Le Pen ont porté les questions d'immigration et de sécurité au premier plan.

Soucieuse d'en finir avec les divisions mortifères de la droite, elle s'est engagée à l'unité et au rassemblement.

"Notre rassemblement, je veux l'étendre à toutes les figures et les talents de la droite", a-t-elle déclaré. "Nous ne gagnerons qu'en tournant le dos à la prudence", a averti Eric Ciotti qui s'est exprimé avant Valérie Pécresse.

L'intronisation de Valérie Pécresse est le scénario le plus défavorable pour Emmanuel Macron, qui n'a toujours pas annoncé s'il briguait un nouveau mandat.

Le "binôme" idéologique issu du congrès LR, avec d'un côté un Eric Ciotti partisan d'un "Guantanamo à la française" et de l'autre une Valérie Pécresse adepte d'une stricte orthodoxie budgétaire dans la lignée des juppéistes, pourrait ramener vers LR un électorat centriste converti au macronisme ainsi que des électeurs "droitiers" tentés par le RN ou Eric Zemmour.

(Rédigé par Sophie Louet)