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Washington assure Kiev qu'il s'évertue à éviter une attaque russe

reuters.com  |   |  967  mots
La russie peut attaquer l'ukraine a courte echeance, dit blinken[reuters.com]
(Crédits : Pool)

par Simon Lewis

KIEV (Reuters) - La Russie pourrait lancer à "très courte échéance" une attaque contre l'Ukraine, a prévenu mercredi le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, ajoutant que les Etats-Unis allaient poursuivre aussi longtemps que possible dans la voie diplomatique, en dépit de doutes sur les demandes véritables de Moscou.

En visite à Kiev pour lui afficher le soutien de Washington, le chef de la diplomatie américaine a déclaré que l'Ukraine devait se préparer à des jours difficiles, assurant que les Etats-Unis continueraient de lui fournir une aide défensive et réitérant la promesse américaine de sanctions importantes contre la Russie en cas d'offensive.

La Russie a déclaré que la tension autour de l'Ukraine s'accentuait et qu'elle était toujours dans l'attente d'une réponse écrite de Washington sur ses demandes de garanties sécuritaires de la part de l'Occident.

Alors que les réunions menées la semaine dernière entre les Russes et les Occidentaux n'ont pas permis d'avancer vers une sortie de crise (), ces déclarations pessimistes mettent en exergue le fossé séparant les Etats-Unis et la Russie en amont d'une rencontre, vendredi à Genève, entre Antony Blinken et son homologue russe Sergueï Lavrov.

Un analyste russe spécialiste de politique étrangère a décrit cette rencontre comme la vraisemblable dernière chance pour éviter un "déraillement".

S'exprimant depuis l'ambassade américaine à Kiev, Antony Blinken a promis des "efforts diplomatiques sans relâche pour empêcher une agression supplémentaire et promouvoir le dialogue et la paix". Il a déclaré que le déploiement par la Russie de dizaines de milliers de soldats près de la frontière avec l'Ukraine était effectué "sans provocation, sans raison".

"Nous savons qu'il y a des plans visant à renforcer encore ces troupes (russes) à très courte échéance, et cela donne au président (Vladimir) Poutine la capacité, là aussi à très courte échéance, de mener des actions agressives supplémentaires contre l'Ukraine", a-t-il ajouté devant des diplomates américains.

KIEV ACCUSE MOSCOU DE VOULOIR SEMER LA PANIQUE

Antony Blinken n'a pas donné d'indication sur la rapidité avec laquelle la Russie pourrait agir. Selon des analystes indépendants, Moscou n'a pas mis en place pour l'heure des moyens logistiques et médicaux suffisants pour lancer dans l'immédiat une attaque contre l'Ukraine.

La Russie a aussi déployé des troupes en Biélorussie lundi pour y mener, dit-elle, des exercices militaires conjoints, ce qui lui donnerait la possibilité de lancer aussi une offensive par le nord de l'Ukraine.

Moscou nie toute intention agressive et, selon le porte-parole du Kremlin, impute la montée des tensions dans la région aux livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine, aux manoeuvres militaires et aux vols d'avions effectués par l'Otan.

Il n'y a pas de risque de conflit armé de grande ampleur, a déclaré le ministre adjoint russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, assurant de nouveau que Moscou n'avait aucun projet d'attaque, d'invasion ou de frappe contre l'Ukraine.

Le chef de la diplomatie ukrainienne a accusé la Russie de tenter de semer la panique chez son voisin. Dimitro Kouleba a déclaré que seule la diplomatie était une issue et souligné le "principe indestructible" qu'aucune décision concernant l'Ukraine ne devait être prise sans l'implication de Kiev.

Moscou dit se sentir menacé par les liens croissants de Kiev avec l'Occident et voit comme une "ligne rouge" une possible adhésion de l'Ukraine à l'Otan, dont elle demande le retrait des troupes et des armes dans la région.

"On ne sait pas exactement quelles demandes de la Russie sont centrales ou pas. Elle a mis un grand nombre de choses sur la table", a déclaré Antony Blinken, ajoutant que certaines de ces demandes étaient vouées à l'échec - comme vouloir fermer la porte de l'Otan à des pays.

"LES ESPOIRS SONT MINCES"

S'il a indiqué qu'il ne transmettrait pas, vendredi à Genève, de réponse écrite à son homologue russe, le secrétaire d'Etat américain a déclaré que les options diplomatiques pourraient apparaître plus clairement à l'issue de la réunion.

Vladimir Frolov, ancien diplomate russe reconverti dans l'analyse de politique étrangère, pense cependant que la Russie ne serait pas rassurée par la proposition occidentale de discussion sur le contrôle des armements et qu'elle veut une réorganisation plus radicale de l'ordre sécuritaire européen.

"La rencontre Lavrov-Blinken est probablement le dernier arrêt avant le déraillement du train. Mais les espoirs sont minces, les positions sont incompatibles", a-t-il dit. "Je pense qu'à moins d'une capitulation des Etats-Unis et de l'abandon de l'Ukraine à la Russie, une quelconque option militaire est pratiquement inévitable maintenant."

Le président ukrainien Volodimir Zelenski a remercié mercredi Antony Blinken pour le soutien militaire renforcé apporté par Washington à Kiev, alors que l'administration du président Joe Biden a approuvé le mois dernier l'octroi de 200 millions de dollars supplémentaires d'aide à Kiev.

La Grande-Bretagne a annoncé lundi qu'elle avait commencé à fournir des armes antichar à l'Ukraine afin de l'aider à se défendre contre une éventuelle invasion.

Sergueï Riabkov, cité par l'agence de presse Interfax, a demandé à l'Occident de stopper ses livraisons d'armes à l'Ukraine.

Le président français Emmanuel Macron, qui s'exprimait mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg, a déclaré que l'Union européenne devait parvenir à un accord pour proposer dans les prochaines semaines à la Russie un "nouvel ordre de sécurité et de stabilité".

(Repportage Simon Lewis, avec Matthias Williams, Pavel Polityuk et Natalia Zinets à Kiev, Tom Balmforth et Dmitry Antonov à Moscou, Benoît van Overstraeten, Myriam Rivet et Tangi Salaün à Paris, rédigé par Tangi Salaün, Laetitia Volga et Jean Terzian, édité par Blandine Hénault et Bertrand Boucey)

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