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Ukraine : Renforts militaires de l'Otan, entretien entre Biden et des dirigeants européens

reuters.com  |   |  1098  mots
Ukraine: renforts militaires de l'otan, entretien entre biden et des dirigeants europeens[reuters.com]
(Crédits : Reinhard Krause)

par Dmitry Antonov et Sabine Siebold

MOSCOU/BRUXELLES (Reuters) - L'Otan a annoncé lundi qu'il plaçait ses forces en état d'alerte et envoyait des navires et avions de chasse supplémentaires en renfort en Europe de l'Est, sur fond de tensions croissantes avec la Russie à propos de l'Ukraine, des démarches qualifiées d'"hystériques" par Moscou qui blâme l'Occident pour la crise.

Alors que le Pentagone a fait savoir qu'environ 8.500 soldats américains ont été placés en état d'alerte élevée, dans l'attente d'un éventuel déploiement dans la région en cas d'attaque de la Russie contre l'Ukraine, le président américain Joe Biden s'est entretenu en fin de journée avec plusieurs dirigeants européens.

Les tensions sont élevées entre l'Occident et Moscou depuis le déploiement de dizaines de milliers de soldats russes à la frontière ukrainienne, en dépit de multiples réunions bilatérales entre les Etats-Unis et la Russie, ainsi que dans un format plus large avec l'Otan, au cours des deux dernières semaines.

Moscou, qui défend son droit à déployer comme il l'entend des soldats sur son territoire, nie toute intention belliqueuse et dit voir dans la réaction de l'Otan la preuve que la Russie est la victime, et non pas l'instigatrice, d'une agression.

Il a prévenu par le passé qu'il pourrait prendre des mesures militaires - sans préciser lesquelles - si l'Occident ne répondait pas favorablement à ses demandes sécuritaires, dont la garantie que l'Otan ne permettra jamais à l'Ukraine de la rejoindre. Washington et ses alliés rejettent fermement l'idée que la Russie puisse avoir son mot à dire sur la question et refusent de faire une telle promesse.

En quête d'un front transatlantique uni, Joe Biden a tenu une visioconférence de 80 minutes avec plusieurs dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et le Premier ministre britannique Boris Johnson.

"UNANIMITÉ TOTALE"

Cette réunion fut "très, très bonne", a déclaré le président américain devant des journalistes, indiquant qu'il y avait une "unanimité totale" sur la crise ukrainienne.

La Maison blanche a rapporté dans un communiqué que les dirigeants ont discuté d'"efforts conjoints pour dissuader une agression russe supplémentaire contre l'Ukraine, dont les préparatifs pour imposer des conséquences massives et des coûts économiques importants à la Russie pour de telles actions".

A Paris, l'Elysée a fait savoir qu'Emmanuel Macron a dit lors de la visioconférence "sa vive préoccupation concernant la situation aux frontières de l'Ukraine, et la nécessité d'oeuvrer collectivement à une désescalade rapide".

"Cette désescalade doit passer par l'expression de mises en garde fermes et crédibles à l'égard de la Russie, qui nécessite une coordination constante entre les partenaires européens et les alliés, et par un dialogue renforcé avec la Russie, que nous sommes en train de mener", est-il écrit dans un communiqué de la présidence française.

Emmanuel Macron va s'entretenir dans les prochains jours avec le président russe Vladimir Poutine et avec le président ukrainien Volodimir Zelenski, a indiqué l'Elysée.

Plus tôt dans la journée, le secrétaire général de l'Otan a déclaré dans un communiqué que l'Alliance prendrait "toutes les mesures nécessaires pour protéger et défendre tous ses alliés, y compris en renforçant la partie orientale de l'Alliance".

Jens Stoltenberg a déclaré par ailleurs en conférence de presse que le renforcement du flanc oriental de l'Otan pourrait aussi s'effectuer via le déploiement de groupements tactiques dans le sud-est de l'Alliance.

Pour l'heure, l'Otan compte environ 4.000 soldats de différents pays déployés en Estonie, Lituanie, Lettonie et Pologne, ainsi que des chars d'assauts, des défenses aériennes et des unités de renseignement et de surveillance.

Selon l'Otan, le Danemark, l'Espagne, la France et les Pays-Bas étudient la possibilité d'envoyer des soldats, des navires ou des avions en Europe de l'Est.

"TOUT CELA SE PRODUIT À CAUSE DE L'OTAN ET DES USA"

Face aux tensions croissantes, l'ambassade du Royaume-Uni en Ukraine a annoncé lundi l'évacuation d'une partie des membres de son personnel et leurs familles, un jour après que les Etats-Unis ont ordonné le départ de Kiev des familles des diplomates américains - ceux-ci peuvent quitter le pays s'ils le souhaitent.

Le ministère français des Affaires étrangères, pour sa part, déconseille "formellement" de se rendre dans les zones frontalières du nord et de l'est de l'Ukraine et conseille de reporter les déplacements non urgents dans le pays.

Le Kremlin a accusé lundi les Occidentaux d'"hystérie" et de répandre des mensonges.

"Nous avons vu les déclarations de l'Alliance de l'Atlantique Nord sur le renforcement, le déplacement des forces et des ressources vers le flanc est. Tout cela conduit à un accroissement des tensions", a déclaré son porte-parole.

"Cela n'est pas le fait des actions que nous, la Russie, menons. Tout cela se produit à cause de ce que l'Otan et les Etats-Unis font, et des informations qu'ils répandent", a ajouté Dimitri Peskov.

La Russie attend cette semaine une réponse écrite à ses demandes de garanties sécuritaires, notamment l'arrêt de l'expansion de l'Otan vers l'Est - une "ligne rouge" aux yeux de Moscou -, alors que la rencontre vendredi à Genève entre les chefs de la diplomatie russe et américain n'a pas permis d'avancer vers une sortie de crise.

Selon une source russe, de nouvelles discussions en format "Normandie" entre conseillers politiques de la Russie, de l'Ukraine, de la France et de l'Allemagne auront lieu mercredi à Paris.

La Grande-Bretagne a accusé dimanche le Kremlin de chercher à installer un dirigeant pro-russe en Ukraine, ce que le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié de "désinformation".

Préoccupés par les intentions de Moscou, qui a annexé la péninsule de Crimée en 2014 et soutient les séparatistes du Donbass, dans l'est de l'Ukraine, les Etats-Unis et l'Union européenne ont prévenu la Russie qu'elle sera frappée par des sanctions d'une ampleur inédite en cas de nouvelle attaque.

(Reportage Dmitry Antonov et Sabine Siebold, avec Andrew Osborn, Darya Korsunskaya, Ekaterina Golubkova, Alexander Marrow et Vladimir Soldatkin à Moscou, Pavel Polityuk à Kiev, Marine Strauss et Robin Emmott à Bruxelles, William James et William Schomberg à Londres, Phil Stewart, Trevor Hunnicutt et Steve Holland à Washington; version française Jean Terzian)

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