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EXCLUSIF: Poutine aurait rejeté un accord de paix recommandé par son émissaire au début de la guerre en Ukraine-sources

reuters.com

Publié le 14 septembre 2022 à 11:20 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 21:18

Le president russe vladimir poutine lors d'une reunion en ligne avec des membres du gouvernement

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion en ligne avec des membres du gouvernement

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PARIS (Reuters) - Le principal émissaire russe pour l'Ukraine aurait déclaré à Vladimir Poutine, au début de la guerre, qu'il avait conclu un accord provisoire avec Kyiv satisfaisant les exigences de Moscou, notamment sa demande de garder l'Ukraine en dehors de l'Otan, mais le président russe l'aurait rejeté et poursuivi sa campagne militaire, selon trois sources proches du pouvoir russe.

Dimitri Kozak aurait dit à Vladimir Poutine que l'accord rendait inutile une occupation à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, selon ces sources. La recommandation de l'émissaire de conclure l'accord est rapportée par Reuters pour la première fois.

Avant la guerre, le président russe avait affirmé à plusieurs reprises que l'Otan et son infrastructure militaire se rapprochaient des frontières de la Russie en acceptant de nouveaux membres d'Europe orientale et que l'alliance se préparait désormais à faire entrer l'Ukraine dans son orbite. Il avait déclaré publiquement que cela représentait une menace existentielle pour la Russie, ce qui l'aurait obligé à réagir.

Bien qu'il ait soutenu les négociations auparavant, Vladimir Poutine avait clairement fait savoir, lorsqu'on lui a présenté l'accord de Dimitri Kozak, que les concessions négociées par son émissaire n'allaient pas assez loin et qu'il avait élargi ses objectifs pour y inclure l'annexion de pans entiers du territoire ukrainien, selon les sources. Résultat : l'accord a été abandonné.

Interrogé sur les conclusions de Reuters, le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a déclaré : "Cela n'a absolument aucun rapport avec la réalité. Une telle chose ne s'est jamais produite. C'est une information absolument incorrecte".

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Dimitri Kozak n'a pas répondu aux demandes de commentaires envoyées via le Kremlin.

Mykhaïlo Podolyak, conseiller du président ukrainien, a déclaré que la Russie avait utilisé les négociations comme un rideau de fumée pour préparer son invasion, mais il n'a pas répondu aux questions sur le contenu des pourparlers ni confirmé qu'un accord préliminaire avait été conclu.

Deux des trois sources ont déclaré qu'un effort pour finaliser l'accord avait été fait immédiatement après l'invasion russe le 24 février. Dans les jours qui ont suivi, Dimitri Kozak pensait avoir obtenu l'accord de l'Ukraine sur les principales conditions exigées par la Russie et avait recommandé à Poutine de le signer, ont-elles indiqué.

"Après le 24 février, Dimitri Kozak a eu carte blanche : ils lui ont donné le feu vert, il a obtenu l'accord. Il l'a ramené et ils lui ont dit de s'en aller. Tout a été annulé. Vladimir Poutine a simplement modifié le plan au fur et à mesure", a déclaré l'une des sources proches du gouvernement russe.

La troisième source diffère sur le timing, disant que Dimitri Kozak aurait proposé l'accord à Vladimir Poutine juste avant l'invasion. Les sources ont toutes requis l'anonymat afin de partager des informations internes sensibles.

L'offensive de Moscou en Ukraine est la plus grande campagne militaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle a suscité des sanctions économiques radicales contre la Russie et un soutien militaire à l'Ukraine de la part de Washington et de ses alliés occidentaux.

Même si Vladimir Poutine avait accepté le plan de son émissaire, il n'est pas certain que la guerre aurait pris fin. Reuters n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante si le président ukrainien Volodimir Zelensky ou de hauts responsables de son gouvernement étaient engagés dans l'accord.

Dimitri Kozak, âgé de 63 ans, a été un fidèle lieutenant du président russe depuis les années 1990, lorsqu'il travaillait avec lui au bureau du maire de Saint-Pétersbourg.

Il était bien placé pour négocier un accord de paix car, depuis 2020, Vladimir Poutine l'avait chargé de mener des pourparlers avec ses homologues ukrainiens au sujet de la région du Donbass, dans l'est de l'Ukraine.

Après avoir dirigé la délégation russe lors des négociations avec les responsables ukrainiens à Berlin le 10 février dernier - sous l'égide de la France et de l'Allemagne - il avait déclaré lors d'un point de presse nocturne que le dernier cycle de ces négociations s'était terminé sans avancée.

Dimitri Kozak faisait également partie des personnes présentes lorsque, trois jours avant l'invasion de l'Ukraine, Vladimir Poutine a réuni ses chefs militaires et de sécurité et ses principaux collaborateurs au Kremlin pour une réunion du Conseil de sécurité de la Russie.

Les caméras de la télévision d'État ont enregistré une partie de la réunion, au cours de laquelle le président russe a exposé son projet de reconnaissance officielle des entités séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine.

Une fois les caméras éloignées de la vaste salle, Dimitri Kozak s'est prononcé contre toute mesure prise par la Russie pour envenimer la situation avec l'Ukraine, ont déclaré deux des trois sources proches du pouvoir russe, ainsi qu'une troisième personne qui a appris ce qui s'est passé par des personnes ayant participé à la réunion.

Une autre personne interrogée par Reuters, qui a participé aux pourparlers post-invasion, a déclaré que les discussions se sont effondrées début mars lorsque les responsables ukrainiens ont compris que Vladimir Poutine était déterminé à poursuivre l'invasion à grande échelle.

Six mois après le début de la guerre, Dimitri Kozak occupe toujours son poste de chef d'état-major adjoint du Kremlin, mais il n'est plus en charge du dossier ukrainien, selon six des sources qui ont parlé à Reuters.

"D'après ce que je peux voir, Dimitri Kozak est introuvable", a déclaré l'une des six sources, qui est proche des dirigeants séparatistes de l'est de l'Ukraine.

(Version française Federica Mileo, édité par Kate Entringer)

reuters.com

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