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"Professeur Li", le peintre qui a donné à voir les manifestations en Chine

reuters.com

Publié le 14 décembre 2022 à 15:16 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 20:32

Photo d'archives : vigile a la memoire des victimes d'un incendie a urumqi, a pekin

Photo d'archives : Vigile à la mémoire des victimes d'un incendie à Urumqi, à Pékin

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par Jessie Pang

HONG KONG (Reuters) - Quand les manifestations contre les restrictions sanitaires en Chine ont éclaté à la fin du mois dernier, le compte Twitter de "Professeur Li", pseudonyme d'un ressortissant chinois de 30 ans exilé en Italie du Nord, est devenu l'un des plus importants canaux d'information sur les événements en cours.

De son appartement, cet artiste peintre a retransmis et donné à voir au monde entier des centaines d'images et messages sur le plus important mouvement de protestation en Chine populaire depuis la répression sanglante des manifestations de la place Tiananmen en 1989.

Depuis son poste d'observation, il a pu accéder à une rare vue d'ensemble de la contestation et de son ampleur, contre les mesures de confinement drastiques mises en oeuvre par les autorités en vertu de leur politique "zéro Covid" mais aussi contre les restrictions aux libertés individuelles, un petit nombre réclamant même le départ du président Xi Jinping.

Li, qui souhaite rester anonyme pour préserver sa vie privée, symbolise une génération de jeunes Chinois rodés aux nouvelles technologies qui s'appuient sur les réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner la censure des autorités communistes.

Il fait aussi partie d'un nombre croissant de critiques chinois qui partagent leurs points de vue sur les réseaux sociaux occidentaux interdits par Pékin, comme Twitter et Instagram.

"J'ai reçu des milliers de messages par jour", a-t-il confié récemment à Reuters, en soulignant que les manifestations de la fin novembre ont eu lieu dans tout le pays, des villes aux petits districts ruraux.

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"Les événements se sont déroulés bien au-delà de ce qu'on a vu. Seulement, beaucoup de choses n'ont pas été signalées."

UNE "OUVERTURE" ?

Ancien enseignant en arts plastiques originaire de la province d'Anhui, dans l'est de la Chine, Li a pu poster des messages sur son compte ("Teacher Li is not your Teacher" en anglais ou "Professeur Li n'est pas votre professeur" en français) toutes les minutes ou presque au plus fort de la contestation, ne dormant qu'une poignée d'heures par nuit.

Beaucoup de ses interlocuteurs préféraient alors lui envoyer leurs informations plutôt que de les mettre directement en ligne, afin de bénéficier d'une couche supplémentaire de protection, explique celui qui compte désormais plus de 860.000 abonnés sur Twitter, contre 140.000 à la mi-novembre.

Même s'il est dangereux de manifester en Chine, Li reste persuadé que "par cette fissure, cette ouverture, de plus en plus de gens de gens vont oser exprimer publiquement leurs doléances".

Les autorités chinoises ont gardé le silence sur les manifestations, qui se sont essoufflées face au déploiement des forces policières mais ont débouché sur un assouplissement généralisé des mesures de lutte contre le Covid.

Dans un communiqué diffusé début décembre, l'organe du Parti communiste chargé de superviser les agences de maintien de l'ordre avertissait, sans mentionner spécifiquement les manifestations, que la Chine réprimerait les "activités d'infiltration et de sabotage des forces hostiles" et ne tolérerait pas "des actes illégaux et criminels troublant l'ordre social".

Interrogé sur la contestation, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que les droits et libertés devaient s'exprimer dans le cadre de la loi.

"Le Professeur Li" raconte quant à lui avoir reçu des menaces de mort. Sa famille en Chine a été interrogée par la police.

Il reste cependant déterminé à continuer d'alimenter son compte Twitter devenu un symbole de "la liberté de parole", même si cela signifie qu'il ne pourra pas retourner dans son pays natal.

"Aujourd'hui, je suis une personne sans avenir", dit-il.

(version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Kate Entringer)

reuters.com

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