De la lune de miel au grand chambardement : Renault et Nissan refondent leur alliance

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Les drapeaux du japon, de la france et de nissan sont visibles au siege mondial de nissan motor co. a yokohama[reuters.com]
(Crédits : Kim Kyung-Hoon)

PARIS/TOKYO (Reuters) - Renault et Nissan ont annoncé lundi un accord pour restructurer leur alliance vieille de plus de vingt ans passant par un rééquilibrage des participations croisées et l'investissement du groupe japonais dans la future entité électrique de son partenaire français.

Après des mois de discussions difficiles, le constructeur français a confirmé qu'il allait conserver une participation de 15% dans Nissan, contre 43% actuellement, transférant 28,4% de ses actions Nissan dans une fiducie française.

Ce rééquilibrage était la condition posée par Nissan, qui détient de son côté 15% de la marque au losange, pour refonder et relancer l'alliance vieille de plus de 20 ans, à laquelle s'est joint par la suite Mitsubishi Motors en tant que partenaire minoritaire.

Ce partenariat forgé lors du sauvetage de Nissan par Renault risquait de ne pas survivre à l'arrestation fin 2018 au Japon de son grand artisan, Carlos Ghosn, soupçonné de malversations financières, et sa mise à l'écart de la direction des deux groupes.

L'accord conclu entre les deux constructeurs doit encore être soumis à l'approbation de leurs conseils d'administration respectifs.

Voici une chronologie des principaux évènements qui ont marqué l'histoire de leur partenariat :

1996

Carlos Ghosn devient directeur général-adjoint de Renault et va contribuer au redressement économique du groupe français, qui perd des parts de marché et peine à se remettre de l'échec des négociations de fusion avec Volvo. Il dévoile en 1997 un plan de réduction des coûts de 20 milliards de francs qui va permettre à Renault de renouer avec les bénéfices dès l'année suivante.

1999

Renault vole au secours de Nissan, fortement endetté après avoir subi des pertes pendant trois années consécutives et symbole bien malgré lui de la faillite de l'économie nippone. Carlos Ghosn est le grand artisan du plan de redressement de Nissan ("Nissan Revival Plan") présenté en octobre, qui vise à un retour à la rentabilité du constructeur japonais dès l'année suivante.

Le plan auquel Carlos Ghosn a lié son avenir au sein de Nissan est couronné de succès, au prix de la suppression de 21.000 emplois, soit 14% des effectifs, de la fermeture de plusieurs usines et d'une profonde réforme du fonctionnement de l'entreprise.

2000

Carlos Ghosn est promu au poste de président de Nissan, puis de PDG (en 2001). Le constructeur japonais contribue à partir de la fin de l'année 2020 - et jusqu'à aujourd'hui - pour environ la moitié du bénéfice net annuel de Renault.

2002

Nissan annonce un nouveau plan triennal, "Nissan 180", qui vise notamment à vendre un million de voitures supplémentaires par an dans le monde avant la fin 2005. Cet objectif ne sera pas atteint mais la marge opérationnelle du groupe dépasse largement les attentes (plus de 11% en 2004). Parallèlement, Carlos Ghosn succède à Louis Schweitzer au poste de PDG de Renault (en 2005), puis en tant que président du conseil d'administration (en 2009).

2008

Nissan échoue de nouveau atteindre les objectifs financiers qui lui avaient été fixés au terme d'un nouveau plan triennal. La société japonaise dévoile dans la foulée un plan quinquennal mais doit très vite y renoncer en raison de la crise financière mondiale.

2013

Alors que Carlos Ghosn est devenu le premier dirigeant à occuper simultanément la fonction de PDG au sein de deux entreprises majeures, Renault et Nissan dévoilent un projet commun de réduction des coûts de développement et de production de leurs véhicules. La convergence s'accentue en 2014, avec un objectif affiché de 10 milliards d'euros d'économies annuelles à l'horizon 2022.

2016

Nissan entre au capital de Mitsubishi et en prend de fait le contrôle, offrant à Carlos Ghosn la direction d'un troisième constructeur.

2017

Nissan et Renault font tous deux état d'une marge opérationnelle record, même si le constructeur japonais n'a pas atteint tous ses objectifs. L'alliance a vendu cette année-là plus de dix millions de véhicules et figure parmi les premiers constructeurs mondiaux.

2018

Carlos Ghosn est arrêté au Japon le 19 novembre. Soupçonné d'abus de biens sociaux (l'utilisation de biens de Nissan à des fins personnelles) et de ne pas avoir déclaré plusieurs dizaines de millions d'euros de revenus au cours de la décennie écoulée, il rejette ces accusations mais il est contraint à renoncer à ses fonctions de PDG de Renault, et écarté de la présidence de l'alliance.

2019

Nissan et Renault peinent à se remettre de la déflagration provoquée par l'arrestation de Carlos Ghosn, qui a entre temps été libéré sous caution. Malgré la désignation de nouveaux conseils d'administration, les deux constructeurs voient leurs bénéfices fondre.

Transfuge de Michelin, Jean-Dominique Senard prend la présidence de Renault et la tête de l'alliance avec Nissan et Mitsubishi, tandis que Makoto Uchida devient PDG de Nissan. Les tensions entre partenaires s'aggravent en raison de la volonté de Renault d'établir une relation plus étroite, voire une fusion avec Nissan, qui y est opposé.

Le 29 décembre, nouveau coup de théâtre : Carlos Ghosn fuit le Japon, où il était en résidence surveillée, sous le coup de quatre inculpations pour corruption, après avoir embarqué dans un jet privé en se dissimulant dans une malle. Il se réfugie au Liban, son pays natal, où il est sous le coup d'une interdiction de sortie de territoire mais ne risque pas l'extradition.

2020

Alors que la pandémie de COVID-19 frappe de plein fouet les constructeurs automobiles, Renault obtient un prêt garanti par l'Etat français de cinq milliards d'euros. Luca de Meo devient directeur général de la marque au losange en juillet, Jean-Dominique Senard conservant le poste de président du conseil d'administration.

2022

Luca de Meo dévoile un plan visant à séparer les activités électriques et thermiques de Renault. Selon des informations de presse, Nissan demande à cette occasion au constructeur français de réduire sa participation à 15% (la même que celle que détient le groupe nippon), en échange d'un investissement dans la nouvelle entité regroupant ses activités de véhicules électriques de Renault, appelée Ampère.

2023

Le 30 janvier, Renault annonce être parvenu à un accord avec Nissan aussi bien sur le rééquilibrage de leurs participations croisées que sur l'investissement du groupe japonais dans la future entité électrique du groupe français.

Des sources proches du dossier avaient déclaré quatre jours plus tôt à Reuters qu'un accord sur la structure de la nouvelle alliance était pratiquement conclu et que celui-ci devrait être présenté le 6 février à Londres.

(Rédigé par les bureaux de Paris et Tokyo, version française Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault et Kate Entringer)

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