"Mardi noir" en France contre la réforme des retraites
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Des gens passent devant des affiches à Bouguenais appelant à la grève et à des manifestations contre le plan de réforme des retraites du gouvernement
STEPHANE MAHE
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Des gens passent devant des affiches à Bouguenais appelant à la grève et à des manifestations contre le plan de réforme des retraites du gouvernement
STEPHANE MAHE
par Blandine Henault et Elizabeth Pineau
PARIS (Reuters) - La sixième journée de mobilisation en France contre le projet gouvernemental de réforme des retraites semblait très suivie mardi, notamment dans les transports et l'énergie, alors que les sénateurs débattaient de l'article relatif au report de l'âge légal de départ à la retraite - une mesure phare très impopulaire.
Les organisations syndicales, unies dans leur rejet du relèvement de 62 à 64 ans de l'âge légal de départ à la retraite, entendent profiter de ce nouvel acte pour durcir le mouvement entamé en début d'année.
"C'est la plus grande mobilisation depuis le début du conflit", a déclaré dans le cortège parisien le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, évoquant une "mobilisation historique".
"Ce qui nous remonte pour l'instant, c'est mieux que le 31", a renchéri son confrère de la CFDT, Laurent Berger, en référence à la journée du 31 janvier qui avait mis quelque 1,3 million de personnes dans la rue, selon le ministère de l'Intérieur.
A Paris, des tensions ont éclaté à Port-Royal, ainsi que sur la Place d'Italie, lieu d'arrivée du cortège. Des images de Reuters ont montré des personnes encagoulées dégrader du mobilier urbain, brûler des poubelles et jeter des projectiles sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué avec des tirs de gaz lacrymogène. Vingt-deux personnes ont été interpellées, selon des données de la Préfecture de police de Paris à 18h30.
A Marseille et à Nantes, syndicats et police ont évoqué une mobilisation supérieure aux précédentes journées d'action.
"Les gens en ont marre, ils sont épuisés, ils voient autour d'eux plein de collègues qui n'arrivent pas à l'âge légal de retraite actuel, donc comment espérer qu'ils aillent jusqu'à 64 ? Nous c'est 64 et nos enfants ce sera quel âge, 66 ?", a dit à Reuters Jessica Trocme, 41 ans, déléguée syndicale dans un supermarché Lidl à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
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GRÈVE DES ROUTIERS, ENSEIGNANTS, ÉBOUEURS...
Interpellé par un député La France insoumise lors des questions d'actualité du gouvernement à l'Assemblée nationale, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a reproché au parti de Jean-Luc Mélenchon de vouloir mettre le pays "à genoux".
"Mettre l'économie à genoux c'est mettre les salariés à genoux, c'est mettre en difficulté les petites entreprises, c'est mettre en difficulté les plus fragiles dans notre société", a-t-il dit.
Les expéditions sur les sites de TotalEnergies étaient stoppées mardi, sans entraîner dans l'immédiat de problèmes à la pompe, a indiqué un porte-parole du groupe pétrolier.
La CGT a par ailleurs reconduit la grève sur l'ensemble des sites de TotalEnergies, a déclaré Eric Sellini, coordinateur CGT du groupe, à Reuters.
"Nos actions vont faire que, très rapidement, de très grosses difficultés d'approvisionnement vont être rencontrées", a toutefois prévenu Lionel Ardiol, élu CGT chez ExxonMobil sur le site de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), alors que plusieurs raffineries en France ont entamé une grève reconductible.
Selon une porte-parole d'Engie, les trois terminaux méthaniers d'Elengy (Hauts-de-Seine) étaient à l'arrêt. Le groupe a relevé à la mi-journée 39,4% de grévistes ayant le statut IEG (industries électriques et gazières).
Dès vendredi, la CGT Mines et Energie (FNME-CGT) avait entamé une grève reconductible, suivie dimanche par la Fédération nationale des transports et de la logistique (FNTL) qui a appelé les routiers à se mettre en grève "pour une durée illimitée".
A la SNCF et à la RATP, le trafic était "très perturbé" mardi, avec un TGV et TER sur cinq annoncés. Les syndicats de la SNCF ont annoncé un taux de grévistes de 39% à midi, en hausse par rapport aux trois dernières journées d'action.
CIRCULATION RATP ET SNCF PLUS FLUIDES MERCREDI
Pour mercredi, la RATP dit prévoir un trafic en amélioration, sauf pour le métro qui va rester très perturbé. La SNCF prévoit elle aussi une amélioration de la circulation des trains, sauf sur les lignes opérées par SNCF Voyageurs et elle recommande aux usagers qui le peuvent d'annuler ou reporter les déplacements prévus mercredi et jeudi sur ce service.
Le trafic aérien dans les aéroports parisiens devait être réduit mardi et mercredi de 20% à 30%.
Dans l'enseignement, le ministère de l'Éducation nationale a fait savoir à la mi-journée que le taux de grévistes chez les enseignants, tous niveaux confondus, était de 32,71%.
Les syndicats ont appelé à une mobilisation mercredi à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, ces dernières étant considérées comme les plus affectées par la réforme, selon les détracteurs du texte.
Selon des chiffres officiels, le taux de grévistes était de 24,4% à la mi-journée dans la fonction publique d'Etat. Il atteignait 47,65% en fin de journée chez EDF, selon la direction.
Grève aussi chez les éboueurs, notamment à Paris où les services de nettoyage et de collecte des déchets était "très perturbés", selon l'adjointe à la maire Colombe Brossel.
Jusqu'à présent, le gouvernement a fait profil bas face à la contestation, laissant l'examen du projet de cette réforme se dérouler au Parlement, où les sénateurs débattent jusqu'à dimanche.
Les élus de la chambre haute, où la droite est majoritaire, avaient examiné mardi à la mi-journée cinq articles du texte qui en compte 20. Ils espéraient voter dans la journée l'article 7 relatif au report de 62 à 64 ans de l'âge légal de départ à la retraite, mesure-phare rejetée par une large majorité de Français selon tous les sondages d'opinion.
Les leaders syndicaux doivent se réunir en fin de journée pour décider des suites à donner au mouvement jusqu'ici unitaire.
(Rédigé par Blandine Hénault, Elizabeth Pineau et Kate Entringer, avec la contribution de Marc Leras à Marseille, Ingrid Melander, Benjamin Mallet et Clotaire Achi à Paris et Stéphane Mahé à Saint-Nazaire, édité par Jean Terzian)
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