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Mort du romancier Milan Kundera, qui disparaît derrière son oeuvre

reuters.com

Publié le 12 juillet 2023 à 12:56 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 18:58

Des livres de milan kundera dans une librairie de prague

Des livres de Milan Kundera dans une librairie de Prague

DAVID W CERNY

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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PARIS (Reuters) - Le romancier français d'origine tchèque Milan Kundera, mort à Paris à 94 ans, laisse derrière lui une oeuvre traduite dans le monde entier, marquée par des romans qui exploraient les tiraillements existentiels de personnages en quête d'identité dans une Tchécoslovaquie grise et opprimée.

Exclu deux fois du Parti communiste tchécoslovaque avant de quitter définitivement la République soviétique en 1975, Milan Kundera réfutait une lecture exclusivement politique de ces romans, cités comme témoignages du totalitarisme.

"Le romancier n'est ni historien ni prophète: c'est un explorateur de l'existence", disait-il en 1987 dans un entretien à la Paris Review, tout en démentant par ailleurs s'inscrire dans un réalisme psychologique.

Aussi ses romans baignés d'ironie, aux accents érotiques et philosophiques, s'attachaient-ils souvent à une multiplicité de points de vue, comme dans son plus grand succès, "L'Insoutenable légèreté de l'être" (1984), où Tomas, Tereza, Sabina et Franz, incarnent différentes lignes morales sur fond d'irruption des chars soviétiques en 1968 à Prague.

"La vie humaine n'a lieu qu'une seule fois et nous ne pourrons jamais vérifier quelle était la bonne et quelle était la mauvaise décision, parce que dans toute situation, nous ne pouvons décider qu'une seule fois", écrit-il dans ce roman.

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Né le 1er avril 1929 d'un père pianiste à Brno, en Moravie, Milan Kundera adhère au Parti communiste tchécoslovaque à la fin de la Seconde Guerre mondiale avant d'en être exclu en 1950 pour un mot de trop, raconté en 1967 dans son premier roman "La Plaisanterie".

Contraint d'abandonner ses études de littérature à l'université Charles de Prague, il vit de petits boulots, notamment musicien de jazz, avant de devenir professeur à l'Institut d'études cinématographique de Prague, où il formera le réalisateur Milos Forman avant que ce dernier n'émigre aux Etats-Unis.

UN EXIL FRANÇAIS AMBIGU

Frappé de censure et à nouveau exclu du Parti en 1970 dans le sillage de l'invasion soviétique, il écrit "La Vie est ailleurs" (1973), qui remporte le Prix Médicis, puis "La Valse aux Adieux" pour ensuite s'exiler en France avec son épouse Vera en 1975. Il est déchu de la nationalité tchécoslovaque en 1979 ; François Mitterand demande sa naturalisation en 1981.

"Claude Gallimard (...) nous a encouragés, ma femme et moi, à émigrer ; c'est ainsi qu'un jour nous nous sommes retrouvés à Rennes. Content de mener la vie anonyme et presque idyllique d'un professeur de province, je ne ressentais aucunement le désir d'écrire", se souvenait-il dans le Nouvel Observateur à l'occasion de l'entrée de son oeuvre dans la Pléiade en 2011.

Une fois à Paris, il se consacrera pourtant exclusivement à l'écriture - avec "Le Livre du rire et de l'oubli" (1979), "L'Insoutenable Légèreté de l'être" (1984), "L'Immortalité" (1990) - et prendra ses distances avec son pays d'origine, à l'opposé de son compatriote Vaclav Havel, auteur comme lui et opposant, qui accédera en 1989 à la présidence de la République fédérale.

Signe de l'ambiguïté de sa popularité dans son pays natal, la presse tchèque l'accusera en 2008 d'avoir dénoncé un jeune déserteur aux autorités communistes en 1950.

"Je vis en France pleinement, je ne me sens pas être un émigré, un nostalgique qui pense toujours à son pays d'origine", expliquait-il en 1987 à la chaîne suisse RTS, dans l'une des dernières interviews qu'il devait accorder à la presse.

Depuis son appartement du 6e arrondissement, il écrivait en français depuis 1995, "La Lenteur", "L'Identité", "L'Ignorance" et "La Fête de l'insignifiance" (2014), son dernier roman parachevant une oeuvre derrière laquelle il disait vouloir "disparaître", selon les termes de "L'Art du roman" (1986).

"Le romancier est celui qui, selon Flaubert, veut disparaître derrière son oeuvre. Disparaître derrière son oeuvre, cela veut dire renoncer au rôle d'homme public (...) Les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs."

(Rédigé par Julie Carriat, édité par Sophie Louet)

reuters.com

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