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L'Argentine élit l'ultralibéral Javier Milei à la présidence

reuters.com

Publié le 20 novembre 2023 à 09:26 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 18:05

Le president elu argentin javier milei avec sa soeur karina milei a buenos aires

Le président élu argentin Javier Milei avec sa sœur Karina Milei à Buenos Aires

AGUSTIN MARCARIAN

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Nicolás Misculin, Walter Bianchi et Lucinda Elliott

BUENOS AIRES (Reuters) -Javier Milei a remporté le second tour de l'élection présidentielle organisé dimanche en Argentine face au ministre de l'Economie, le péroniste Sergio Massa, les électeurs ayant choisi de miser sur cette figure antisystème pour lutter contre l'inflation, la pauvreté et relancer l'économie.

Avant même que les résultats officiels ne soient communiqués, Sergio Massa a reconnu sa défaite lors d'un discours prononcé depuis son siège de campagne dans la capitale Buenos Aires, alors que sa candidature a été plombée par la crise économique sans précédent depuis vingt ans dans le pays.

Les résultats préliminaires font état d'une victoire de Javier Milei avec environ 56% des suffrages, contre 44% pour Sergio Massa, un écart plus important qu'anticipé.

"Le modèle de la décadence est arrivé à sa fin, il n'y a pas de retour possible", a dit Javier Milei dans un discours provocateur après la diffusion des résultats, tout en admettant que des défis importants l'attendaient, citant l'inflation, le chômage et la pauvreté.

"La situation est grave et il n'y a pas de place pour des demi-mesures tièdes", a-t-il déclaré.

Celui qui se décrit comme un libertarien a séduit des électeurs désenchantés par les partis traditionnels et en colère face à la hausse du coût de la vie. Ses détracteurs ont dit craindre une politique d'austérité.

Des centaines de partisans de Javier Milei se sont rendus dans le centre de Buenos Aires pour célébrer sa victoire, au son des klaxons et de l'un de ses principaux slogans contre l'élite politique - "qu'ils partent tous !" -, tandis que certains ont allumé des feux d'artifice.

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"Nous sommes venus fêter ce triomphe historique", s'est réjoui Efrain Viveros, 21 ans. "Milei représente le changement, pour le meilleur. Avec Massa nous n'aurions eu aucun avenir, notre futur est revenu".

THÉRAPIE DE CHOC

Economiste et ancien présentateur de télévision, Javier Milei, 53 ans, a promis une thérapie de choc pour redresser le pays, annonçant durant la campagne électorale vouloir fermer la banque centrale, abandonner le peso au profit du dollar américain et réduire drastiquement les dépenses publiques.

"Il est un peu un inconnu, c'est un peu effrayant, mais il est temps de tourner la page", a déclaré Christian, employé de restaurant âgé de 31 ans, au moment de déposer son bulletin de vote dimanche.

Les défis qui attendent Javier Milei sont énormes, entre des finances publiques en berne, une banque centrale impuissante, un endettement de 44 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI) et une inflation approchant les 150%.

De nombreux électeurs qui n'étaient convaincus ni par l'un, ni par l'autre des candidats, avaient présenté le scrutin comme un choix pour "le moins pire": d'un côté, la crainte des réformes drastiques voulues par Javier Milei; de l'autre, la colère à l'égard de Sergio Massa, et de son Parti péroniste au pouvoir, pour la crise économique traversée par l'Argentine, lourdement endettée.

Javier Milei a particulièrement séduit les jeunes, qui ont grandi en voyant leur pays errer d'une crise à une autre. "Je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit Milei (...) mais il est notre avenir", a déclaré Irene Sosa, étudiante de 20 ans présente devant le siège de campagne de Milei. "Il représente un avenir pour des jeunes comme moi. Massa représente tout ce qui ne va pas dans notre pays".

CHINE ET FMI PRÊTS À TRAVAILLER AVEC MILEI

Avec la victoire de l'ultralibéral, le paysage politique et la feuille de route économique de l'Argentine devraient être bouleversés. Les relations commerciales pourraient aussi être affectées, alors que Javier Milei a critiqué la Chine et le Brésil et indiqué ne pas vouloir traiter avec des "communistes", privilégiant un rapprochement avec les Etats-Unis.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a dit lundi sur la plateforme X être prête à travailler "en étroite collaboration" avec Javier Milei et son administration pour "mettre en œuvre un plan solide visant à préserver la stabilité macroéconomique et à renforcer la croissance inclusive pour tous".

La Chine, autre créancier important de l'Argentine, s'est aussi dit prête à travailler avec le nouveau président argentin, tandis que la Russie a assuré vouloir poursuivre des relations bilatérales avec l'Argentine en dépit des déclarations de Javier Milei.

Dans les pays voisins, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a souhaité réussite et succès au président-élu argentin, ajoutant qu'il était important que la démocratie soit respectée.

Le président colombien Gustavo Petro a en revanche déploré un "jour triste" pour l'Amérique du Sud.

Les marchés argentins sont fermés ce lundi en raison d'un jour férié et l'impact de la victoire de Javier Milei ne se fera pleinement ressentir que mardi.

Selon des analystes, la victoire de Javier Milei devrait exercer une pression à la baisse sur le peso mais pourrait être mieux perçue par les détenteurs d'obligations.

CONGRÈS FRAGMENTÉ

L'ascension fulgurante du candidat antisystème, qui fut devancé par Sergio Massa au premier tour (36,7% contre environ 30% des suffrages), a rompu l'hégémonie du traditionnel clivage gauche-droite, avec des péronistes ayant dominé la vie politique argentine depuis les années 1940.

Le scrutin marque "une rupture profonde dans le système de la représentation politique en Argentine", a commenté Julio Burdman, directeur d'un cabinet d'analyse politique, en amont du vote.

Certains électeurs ont dit avoir peur de Javier Milei, qui a longtemps brandi une tronçonneuse dans ses meetings électoraux pour illustrer sa volonté de couper dans les grandes largeurs les dépenses publiques - un "accessoire" que le candidat a laissé de côté ces dernières semaines dans l'espoir de donner une image plus modérée et d'attirer les électeurs centristes.

Javier Milei, qui se dit aussi fervent détracteur du droit à l'avortement et prône un contrôle moins strict des armes à feu, a conclu dans l'entre-deux-tours une alliance avec les conservateurs afin d'étoffer ses soutiens.

Toutefois, il devra composer avec un Congrès très fragmenté, où aucun bloc politique ne dispose de la majorité, ce qui le forcera à négocier avec d'autres factions pour faire avancer son agenda de réformes annoncées. Sa coalition ne dispose par ailleurs d'aucun gouverneur de région ou de maire en fonction.

Cette situation pourrait contraindre Javier Milei à tempérer certaines de ses propositions les plus radicales, tout en composant avec le risque de nouveaux troubles dans le pays, alors que le climat social reste tendu et que les électeurs ont perdu patience.

(Reportage Nicolás Misculin, Lucinda Elliott et Walter Bianchi, avec Candelaria Grimberg, Jorge Otaola, Lucila Sigal; version française Jean Terzian, édité par Kate Entringer)

reuters.com

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