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USA 2024: Le vainqueur de la présidentielle héritera d'un bilan mitigé

reuters.com

Publié le 05 novembre 2024 à 12:13 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 16:19

Election presidentielle des etats-unis 2024

Élection présidentielle des États-Unis 2024

Cheney Orr

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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WASHINGTON (Reuters) - Les Américains sont appelés mardi aux urnes dans un climat de mécontentement et de division, alors que les enquêtes d'opinion montrent que près de deux tiers des électeurs pensent que les Etats-Unis ont pris une mauvaise direction sous la présidence du démocrate Joe Biden.

Si l'économie américaine est enviée par les puissances industrielles pour avoir tourné la page de la crise sanitaire du COVID avec un marché du travail solide et des salaires en hausse, de nombreux Américains se plaignent de voir ces gains effacés par la hausse des prix alimentaires et des loyers.

La promesse de Joe Biden d'adopter un programme d'immigration plus humain que son prédécesseur républicain Donald Trump s'est rapidement heurtée à la réalité d'une recrudescence du nombre de traversées clandestines de la frontière sud des Etats-Unis.

Parmi les questions les plus clivantes de la politique américaine, le débat sur le droit à l'avortement a été relancé par une décision de la Cour suprême, qui a révoqué en 2022 un arrêt datant de 1973 (Roe v. Wade) garantissant la protection du droit à l'IVG.

Et en dépit de la promesse de Joe Biden d'ériger les Etats-Unis comme force de stabilisation sur la scène mondiale, le mandat du président sortant a été marqué par des conflits internationaux.

Quelle que soit l'identité du vainqueur de l'élection présidentielle du 5 novembre, le prochain locataire de la Maison blanche héritera d'un bilan mitigé de l'administration Biden, dont certaines promesses ont été réalisées, mais d'autres contrariées par les événements ou en chantier. Tour d'horizon.

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IMMIGRATION

Joe Biden a entamé son mandat en annulant plusieurs des mesures restrictives instaurées par son prédécesseur Donald Trump en matière d'immigration: il a interrompu la construction du mur frontalier avec le Mexique voulu par le républicain, annulé des interdictions de visa ciblant les ressortissants de pays à majorité musulmane et supprimé le programme contraignant les demandeurs d'asile venus d'Amérique latine à patienter au Mexique pendant le traitement de leur dossier aux Etats-Unis.

Mais plusieurs mois après l'entrée en fonction du démocrate à la Maison blanche en janvier 2021, les flux de migrants traversant illégalement la frontière sud des Etats-Unis se sont amplifiés, avec un nombre croissant d'enfants non-accompagnés en provenance de pays d'Amérique centrale. Ce phénomène a eu pour effet de saturer les centres américains de contrôle frontalier et de susciter les critiques des républicains.

Le nombre de traversées frontalières clandestines a atteint des records en 2022 en 2023, avec des migrants en provenance notamment de Cuba, Haïti, du Nicaragua et du Venezuela.

Face à cette situation, le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, a commencé en 2022 à transférer des migrants vers des villes plus au nord contrôlées par des démocrates, comme New York et Chicago, en difficulté pour loger ces migrants.

Joe Biden a apporté en janvier dernier son soutien à un projet de loi bipartite destiné à renforcer la sécurité frontalière, mais le texte a été rejeté par le Sénat alors que Donald Trump a exprimé son opposition au projet. Le président démocrate a par la suite, en juin, interdit de droit d'asile la plupart des migrants franchissant clandestinement les frontières américaines.

Le nombre de traversées illégales a alors baissé de manière significative, avec pour effet de contredire des propos de Donald Trump selon lesquels sa rivale électorale, la vice-présidente Kamala Harris, et ses pairs démocrates veulent des frontières ouvertes.

En dépit des pressions politiques autour de la question de l'immigration, Joe Biden a ouvert de nouvelles voies juridiques pour des centaines de milliers de migrants, relançant le programme fédéral pour les réfugiés, dont le nombre a dépassé le seuil des 100.000 sur l'exercice fiscal 2024 - un record depuis trois décennies.

AVORTEMENT

Le plus grand bouleversement depuis des décennies s'agissant du droit à l'avortement est survenu durant le mandat de Joe Biden, pas du fait du président démocrate mais d'une décision de la Cour suprême américaine.

En juin 2022, la plus haute juridiction des Etats-Unis, à nette majorité conservatrice depuis que Donald Trump y a nommé trois juges lors de sa présidence (2017-2021), a annulé l'arrêt Roe v. Wade qui protégeait depuis près de cinquante ans le droit à l'avortement à l'échelle nationale.

Depuis lors, des Etats à travers le pays ont décidé de fixer leurs propres lois en matière d'IVG, plus d'une dizaine d'entre eux interdisant l'avortement dans la plupart des cas, voire tous.

Joe Biden a condamné la décision de la Cour suprême, et son administration a pris des mesures fédérales pour garantir des services d'urgence liés à l'avortement et a défendu devant la Cour suprême l'utilisation de la pilule abortive.

L'administration du président sortant a remporté une victoire significative en juin dernier quand la Cour suprême a rejeté une demande de groupes anti-avortement destinée à faire annuler l'autorisation fédérale de la vente du mifepristone, l'un des deux produits utilisés pour l'avortement par médicaments.

Si Joe Biden, profondément catholique, s'est ouvertement dit mal à l'aise à propos de l'avortement dès le début de sa carrière politique, atténuer l'impact de la décision de la Cour suprême concernant l'arrêt Roe v. Wade est devenu l'un des piliers de sa présidence.

Les démocrates dans leur ensemble ont fait du droit à l'avortement l'un des thèmes centraux de leur plateforme lors des élections de mi-mandat au Congrès ("midterms") en 2022. Et jamais, avant Kamala Harris en mars dernier, un vice-président ou président en exercice ne s'était déplacé dans une clinique pratiquant l'IVG.

ÉCONOMIE

C'est un paradoxe qui pourrait rester comme l'un des marqueurs de la présidence de Joe Biden: sous son mandat, les Etats-Unis ont connu la meilleure économie... détestée par un grand nombre.

Depuis 2021, quand le pays se relevait de la pandémie de COVID qui a brièvement provoqué un nombre sans précédent de pertes d'emploi et mis l'économie quasiment à l'arrêt, près de 16,5 millions d'emplois ont été créés. Le taux de chômage s'est établi à 4,2% de moyenne, avec une période sous les 4% d'une longévité inédite depuis les années 1960.

La croissance du produit intérieur brut (PIB) américain a été en moyenne de 3,2% par trimestre, bien supérieure aux anticipations de la plupart des économistes.

Les salaires et les revenus ont progressé à un rythme accru.

Mais, dans les enquêtes d'opinion, au fil du mandat de Joe Biden, cela est semblé passer inaperçu auprès de l'Américain moyen. La raison ? Une flambée de l'inflation jamais vue depuis des décennies.

Après la réouverture post-confinements sanitaires de l'économie, les prix ont grimpé à toute vitesse, entre goulots dans les chaînes d'approvisionnement, pénurie de main-d'oeuvre et forte demande des consommateurs, soutenue par près de 5.000 milliards de dollars de mesures fédérales déployées par l'administration Trump puis l'administration Biden.

A l'été 2022, l'indice des prix à la consommation affichait un bond de 9,1% en rythme annualisé, tandis que le niveau de satisfaction des foyers américains à l'égard de l'économie chutait à un plus bas inédit.

Bien que l'inflation se soit atténuée et que la confiance des ménages ait commencé à se rétablir, les sondages montrent que les Américains ressentent toujours l'impact de prix restés élevés. Et ils blâment Joe Biden et son administration démocrate.

JUSTICE RACIALE

Dès son premier jour à la Maison blanche, Joe Biden a signé un décret ayant pour objectif de lutter contre le racisme, la brutalité policière, la pauvreté et les inégalités subies par la communauté afro-américaine et les autres personnes de couleur.

Mais la réforme s'est avérée lente. Destiné à mettre fin aux tactiques agressives des forces de l'ordre et à la discrimination raciale, le projet de loi justice et police George Floyd, du nom de l'homme noir de 46 ans tué en mai 2020 par un officier de police lors de son interpellation à Minneapolis, n'a pas avancé au Congrès.

En 2022, Joe Biden a publié un autre décret présidentiel ordonnant au département de la Justice de créer une base de données nationale recensant toute inconduite d'officiers des forces de l'ordre et imposant aux agences fédérales d'enquêter sur tout usage létal de la force ou sur toute mort en détention.

Le décret a aussi restreint le recours aux techniques d'étranglement et limité les "entrées sans frapper" - les interventions des forces de l'ordre dans un domicile sans notification du ou des résidents.

Si le département fédéral de la Justice a relancé durant la présidence Biden les enquêtes sur les atteintes aux droits civiques, quasiment à l'arrêt sous l'administration Trump, il n'est pas parvenu à obtenir un seul accord exécutoire dans les douze affaires concernant des abus présumés de la police ouvertes depuis l'entrée en fonction de Biden.

Au niveau économique, le taux de chômage de la communauté afro-américaine a reculé l'an dernier à un plus bas historique de 5%. Par ailleurs, rien qu'en 2024, l'administration Biden a accordé 1,5 milliard de dollars de prêts à des entreprises détenues par des afro-américains. Elle a également investi plus de 16 milliards de dollars dans les universités accueillant traditionnellement des étudiants afro-américains.

POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Entre la guerre en Ukraine, la guerre à Gaza, ou encore les bains de sang au Soudan, les conflits sur la scène internationale ont marqué la politique étrangère de Joe Biden, alors que celui-ci avait promis durant la campagne électorale de 2020 de restaurer le leadership mondial des Etats-Unis, déterminé à repousser l'influence féroce et accrue de la Chine.

Par certains aspects, l'administration du président démocrate y est parvenue: si le retrait des troupes américaines d'Afghanistan a été chaotique à l'été 2021, Joe Biden a mobilisé l'année suivante les alliés de Washington face à l'invasion russe de l'Ukraine. Il a également redonné du souffle à des alliances en Asie pour faire pression sur Pékin.

Mais lesdits conflits n'ont toujours pas connu d'épilogue et les Etats-Unis n'ont pu empêcher la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord de développer leurs relations.

Le conflit en Ukraine est devenu une guerre d'usure, trente-deux mois après l'invasion russe, en dépit des milliards de dollars d'aides militaires fournies par Washington à Kyiv. Il a pris une tournure encore plus internationale, les Occidentaux reprochant à l'Iran de fournir des missiles et drones à la Russie, épaulée également par la Chine et à qui la Corée du Nord a envoyé armes et soldats.

Au Proche-Orient, la guerre dans la bande de Gaza consécutive à l'attaque du Hamas palestinien en Israël le 7 octobre 2023 s'est élargie au Liban, où l'armée israélienne mène des opérations contre le Hezbollah, et a donné lieu à des attaques mutuelles entre l'Etat hébreu et l'Iran.

Le soutien inébranlable apporté par Joe Biden à Israël a provoqué des divisions dans les rangs démocrates et placé les Etats-Unis dans une position délicate pour continuer de critiquer des tiers pour des atteintes aux droits humains ou des violations du droit international.

Washington tente par ailleurs de servir de médiateur pour mettre fin aux violences ethniques depuis dix-huit mois au Darfour, où la situation humanitaire est catastrophique.

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Joe Biden est arrivé à la Maison blanche avec de grandes ambitions dans la lutte contre le changement climatique, voulant opérer une "transition verte" de l'économie américaine tout en créant de nouveaux emplois syndiqués et en soutenant l'activité manufacturière américaine.

Parmi les objectifs du président démocrate: mettre fin aux concessions pétrolières et gazières accordées par le gouvernement fédéral, élargir le déploiement des énergies solaire et éolienne afin de décarboner le réseau électrique, opérer une transition vers les véhicules électriques - le tout pour mener les Etats-Unis vers la neutralité carbone d'ici 2050.

Côté victoires, Joe Biden a promulgué trois lois ayant débouché sur des investissements massifs dans l'économie verte, avec un programme de subventions pour les entreprises (Inflation Reduction Act, IRA), des projets d'infrastructures et un texte destiné à mettre en place une chaîne d'approvisionnement intérieure pour les semi-conducteurs afin de prémunir le secteur énergétique de tout choc sur l'offre.

Dans le cadre de l'IRA, les entreprises ont investi des centaines de milliards de dollars dans de nouveaux équipements verts - éoliennes, véhicules électriques, batteries... - et des projets ayant accéléré la transition énergétique et créé des emplois, principalement dans des Etats contrôlés par les républicains, dont les élus n'ont pas soutenu le texte.

L'administration sortante a accordé via l'IRA quelque 90 milliards de dollars de subventions à des projets d'énergie verte, selon des représentants fédéraux.

Par ailleurs, elle a étendu les autorisations fédérales pour des sites d'énergie renouvelables et a adopté de nouvelles réglementations pour limiter les émissions de gaz à effet de serre des véhicules, des centrales électriques ainsi que des opérations pétrolières et gazières.

En revanche, côté revers, l'administration Biden a vu ses démarches pour mettre fin aux concessions fédérales pétrolières et gazières être stoppées par les tribunaux, tandis que sa politique environnementale n'a pas empêché un bond massif de la production pétrolière et gazière américaine - principalement sur des propriétés privées au Texas et au Nouveau-Mexique.

Possible révélateur de l'échec du président sortant en la matière, les prévisions de Rhodium Group montrent que les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis vont décliner d'ici 2030 entre 32% et 43% avec les politiques actuelles, soit moins que l'objectif de Joe Biden, entre 50% et 52%.

(Ted Hesson, Gabriella Borter, Dan Burns, Don Durfee, Kat Stafford et Valerie Volcovici; version française Jean Terzian, édité par Sophie Louet)

reuters.com

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