L'Onu attend avec inquiétude le retour au pouvoir de Donald Trump
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Le président américain Donald Trump est vu sur un écran alors qu'il prononce un discours préenregistré lors de la 75e Assemblée générale annuelle des Nations Unies
NATIONS UNIES (Reuters) - Les Nations unies n'ont pas attendu l'élection présidentielle américaine pour se préparer à un possible retour de Donald Trump à la Maison blanche et aux probables réductions de financement et désengagement diplomatique américain au niveau multilatéral qui résulteront de son second mandat.
Un diplomate asiatique de haut rang souligne qu'il y a un sentiment de "déjà vu et une certaine inquiétude" au sein de l'organisation depuis la victoire de Donald Trump face à la vice-présidente démocrate Kamala Harris.
"Il y a aussi un peu d'espoir qu'une administration (Trump)transactionnelle s'implique à l'Onu sur certains dossiers, même si elle en abandonne d'autres. Après tout, il n'y a pas de meilleure scène mondiale que les Nations unies", ajoute-t-il, en allusion à la réputation d'homme d'affaires de Donald Trump et à son approche très contractuelle des relations internationales.
Une mise en retrait des États-Unis à l'Onu pourrait ouvrir la porte à la Chine, qui a renforcé son influence dans la diplomatie mondiale.
Donald Trump n'a pas fourni beaucoup de détails sur la politique étrangère de son second mandat, mais ses partisans affirment que sa conception de "la paix par la force" poussera les dirigeants étrangers à se plier à sa volonté. Il s'est engagé à mettre fin à la guerre en Ukraine et devrait soutenir fermement Israël dans ses conflits avec le Hamas et le Hezbollah à Gaza et au Sud-Liban.
L'une des principales préoccupations à l'Onu est de savoir si les États-Unis vont décider de lui couper les fonds et de se retirer d'institutions et accords multilatéraux clés, notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Accord de Paris sur le climat.
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Le financement américain est la source d'inquiétude la plus immédiate. Les Etats-Unis sont le plus grand contributeur de l'Onu, devant la Chine, à laquelle ils fournissent 22% de son budget de fonctionnement et 27% du budget des opérations de maintien de la paix.
Un pays peut avoir jusqu'à deux ans d'arriérés de paiement avant de risquer de perdre son droit de vote à l'Assemblée générale.
TEMPS DIFFICILES À VENIR
En 2016, lorsqu'il était arrivé pour la première fois au pouvoir, Donald Trump avait proposé de réduire d'environ un tiers les budgets de la diplomatie et de l'aide américaines, ce qui incluait des réductions importantes du financement des opérations de maintien de la paix de l'Onu et des organisations internationales. Mais le Congrès, qui vote le budget du gouvernement fédéral, avait rejeté cette proposition.
Un porte-parole de l'Onu avait déclaré à l'époque que les baisses de financement évoquées par le président américain auraient rendu impossible la poursuite de tous les missions essentielles de l'organisation.
"Le secrétariat général de l'Onu savait depuis le début de l'année qu'il pourrait être confronté à un retour de Trump. Une planification prudente a été effectuée en coulisses sur la manière de gérer d'éventuelles coupes budgétaires américaines", a déclaré Richard Gowan, qui suit le dossier onusien au centre de réflexion International Crisis Group.
"Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, et son équipe ne sont donc pas totalement pris au dépourvu, mais ils savent que l'année prochaine sera extrêmement difficile", a-t-il ajouté.
La menace est d'autant plus sérieuse que Donald Trump pourrait cette fois disposer au Congrès d'une majorité républicaine beaucoup plus alignée sur ses idées.
Lors de son premier mandat, Donald Trump s'était plaint du fait que les États-Unis supportaient une part injuste du coût de fonctionnement de l'Onu et avait réclamé des réformes. Lorsqu'il avait quitté la Maison-Blanche en janvier 2021, Washington avait des arriérés de paiement d'environ 600 millions de dollars pour le budget ordinaire et de deux milliards de dollars pour les opérations de maintien de la paix.
Mais ces retards ne sont pas l'apanage du seul Donald Trump. Selon les chiffres de l'Onu, l'administration de Joe Biden doit actuellement 995 millions de dollars pour le budget ordinaire et 862 millions de dollars pour celui du maintien de la paix.
"Je ne veux pas anticiper ou parler de politiques qui peuvent ou ne peuvent pas se produire, mais nous travaillons avec les États membres comme nous l'avons toujours fait", a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole d'Antonio Guterres, à la presse mercredi.
En 2026, le Conseil de sécurité de l'Onu sera appelé à sélectionner le successeur d'Antonio Guterres, un processus pendant lequel l'administration Trump aura un droit de veto.
BONNE NOUVELLE POUR LA CHINE
Au cours de son premier mandat, Donald Trump a affiché sa profonde défiance envers le multilatéralisme. Il a annoncé son intention de quitter l'OMS et a retiré les Etats-Unis du Conseil des droits de l'homme de l'Onu, de l'Unesco, de l'accord de Paris sur le climat ou encore de l'accord sur le nucléaire iranien.
Joe Biden est largement revenu sur cette politique, annulant le retrait de l'OMS et réintégrant l'Unesco et l'Accord de Paris sur le climat.
Donald Trump a d'ores et déjà annoncé qu'il se retirerait à nouveau du pacte climatique mondial pour laisser le champ libre à l'exploitation du pétrole et du gaz, un de ses grands chevaux de bataille.
Interrogé par Reuters au sujet de l'Accord de Paris en septembre, Antonio Guterres avait répondu qu'il "survivrait, bien sûr", mais qu'il serait "probablement très affaibli".
Avant l'élection présidentielle américaine du 5 novembre, un diplomate européen de haut rang avait estimé qu'une victoire de Donald Trump serait "une excellente nouvelle pour la Chine", rappelant que pendant son premier mandat, "l'influence chinoise à l'Onu a beaucoup augmenté parce que les Chinois avaient le champ libre".
Le diplomate, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, a souligné que si Donald Trump devait mener la même politique lors de son deuxième mandat, "cela fournirait à la Chine l'occasion de se présenter comme le premier défenseur du multilatéralisme".
Le financement américain de certaines autres agences de l'Onu est également remis en question.
L'une des premières mesures prises par l'administration Trump en 2017 avait été de réduire le financement du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), qui soutient les politiques de planification familiale et de santé maternelle et infantile dans plus de 150 pays, qu'elle avait présentées comme "un programme d'avortement coercitif ou de stérilisation forcée".
Joe Biden était revenu sur cette mesure, mais si Donald Trump la rétablit, "les femmes perdront des services vitaux dans certaines des crises les plus dévastatrices du monde", notamment en Afghanistan, au Soudan et en Ukraine, a prévenu le FNUAP.
Sous la première présidence de Donald Trump, les États-Unis se sont également opposés à l'inclusion, dans les résolutions de l'Onu, d'une formulation internationale convenue de longue date sur les droits et la santé sexuels et reproductifs des femmes, craignant qu'elle ne fasse progresser le droit à l'avortement, de plus en plus remis en question jusqu'aux Etats-Unis, sous l'influence des juges conservateurs nommés par Trump à la Cour suprême.
(Reportage de Michelle Nichols, version française Tangi Salaün, édité par Kate Entringer)