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France: Les agriculteurs de retour dans la rue sur fond de crispation sur le Mercosur

reuters.com

Publié le 17 novembre 2024 à 23:49 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 16:16

Les agriculteurs manifestent contre l'accord de libre-echange entre l'ue et le mercosur, pres de paris

L'avenir de cette nouvelle mobilisation est très difficile à prédire à ce stade.

Stephanie Lecocq

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Manuel Ausloos et Gus Trompiz

PARIS (Reuters) - Les agriculteurs français se mobilisent dans tout le pays ce lundi alors que la perspective d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, le marché unique sud-américain, a ravivé la colère contre la concurrence étrangère déloyale qui a secoué le secteur en début d'année.

Les agriculteurs européens redoutent que la détermination de Bruxelles et du Mercosur à conclure d'ici à la fin de l'année des négociations commerciales de longue haleine les expose à la concurrence de produits agricoles importés moins chers et qui ne sont pas soumis aux mêmes normes que les produits nationaux.

Une crise similaire avait éclaté l'hiver dernier en raison de l'augmentation par "solidarité" des importations agricoles en provenance d'Ukraine à la suite de l'invasion à grande échelle de la Russie.

"On n'est pas là pour embêter les Français", a déclaré lundi sur RMC Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs, précisant que 85 points de manifestation étaient en train de se mettre en place tôt dans la matinée.

"On ne souhaite pas de blocage concrètement comme on a pu le voir l'année dernière. Il y a des endroits où ça sera des feux de la colère, il y a d'autres endroits ça sera des manifestations devant les préfectures."

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"Il y a beaucoup de colère sur le terrain et on peut avoir des agriculteurs qui sont complètement au bout et donc, même si on ne cautionne pas la destruction (...) il y a bien un moment donné où malheureusement ça s'exprime. Ça s'exprime des fois de manière très forte, très véhémente", a ajouté Pierrick Horel.

La situation des agriculteurs français est d'autant plus difficile que leurs récoltes ont été durement affectées par la pluie cet été, tandis que les éleveurs ont été confrontés à une série d'épidémies.

En outre, les élections législatives anticipées convoquées par le président Emmanuel Macron et la longue "trêve estivale" qui a précédé la formation d'un nouveau gouvernement ont retardé la mise en oeuvre des mesures de soutien promises aux agriculteurs l'hiver dernier pour les convaincre de mettre fin à leur mouvement de protestation.

"On a les mêmes revendications qu'au mois de janvier. Il n'y a rien qui a changé", a déclaré à Reuters Armelle Fraiture dans son exploitation laitière au nord de Paris.

"Il faut faire comprendre au gouvernement que trop, c'est trop. À quoi ça sert de nous imposer tant de normes, tant de restrictions, tant d'interdictions... et de l'autre côté d'ouvrir les vannes à tout et n'importe quoi ?", demande-t-elle en référence à l'accord négocié avec le Mercosur.

Les agriculteurs sont particulièrement remontés contre le boeuf, le poulet, le sucre ou le maïs produits selon eux en Argentine et au Brésil à grand renfort d'antibiotiques et de pesticides interdits dans l'UE. "On ne se sent vraiment pas respectés", soupire Armelle Fraiture.

L'accord avec le Mercosur est la "cerise sur le gâteau", "la goutte d'eau qui rend les choses imbuvables", a déclaré dimanche le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, en évoquant les "dizaines de milliers" d'exploitations agricoles françaises en grande difficulté financière.

"Il y a des gens qui ont ce sentiment qu'ils ont été floués (...) Et puisqu'il a déjà eu des promesses au printemps qui n'ont pas été tenues, vous comprendrez qu'il y a une forme de méfiance dans le moment dans lequel on est", a ajouté sur BFM TV le patron du principal syndicat agricole, selon lequel seul un tiers des mesures annoncées l'hiver dernier par le gouvernement ont été mises en oeuvre.

"TOLÉRANCE ZÉRO" POUR LES BLOCAGES

Dans ce contexte, la crainte des autorités est que le mouvement dégénère, comme cela a pu être le cas de précédentes frondes agricoles. Le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a répété dimanche qu'il appliquerait une politique de "tolérance zéro" en cas de "blocage durable" des routes.

La FNSEA a fait passer à ses troupes le message qu'elle ne souhaite pas qu'il y ait des blocages, des débordements ou des violences contre des biens ou des personnes, a assuré Arnaud Rousseau, alors que les agriculteurs prévoient selon lui de mener des actions dans quelque 80 départements lundi et mardi, essentiellement des rassemblements devant des préfectures ou des sous-préfectures.

Avant le coup d'envoi officiel de ces manifestations nationales, qui sont programmées jusqu'à la mi-décembre, une centaine d'agriculteurs ont conduit dimanche des tracteurs jusqu'à une base aérienne de Villacoublay, près de Paris, d'où décollent les avions utilisés par Emmanuel Macron, comme celui qui l'a conduit en tournée en Amérique du Sud ces jours-ci.

Le chef de l'Etat a assuré avoir pris dimanche la défense "de nos agriculteurs" lors de son entretien avec son homologue argentin Javier Milei à Buenos Aires.

"Nous ne pouvons pas demander à nos agriculteurs de changer leurs pratiques (...) et ouvrir en même temps nos marchés" à des produits qui ne respectent pas les normes européennes, a-t-il déclaré à la presse.

"La France ne signera pas en l'état" l'accord avec le Mercosur, a répété Emmanuel Macron avant de quitter la capitale argentine pour assister au sommet du G20 au Brésil, affirmant que Javier Milei lui avait confié lui aussi qu'il n'était pas satisfait du texte.

Son Premier ministre, Michel Barnier, a promis de son côté ces derniers jours des aides aux agriculteurs français, notamment des prêts garantis par l'État pour compenser les pertes de récoltes et liées aux épizooties.

Mais étant donné que la France n'a pas beaucoup d'alliés au sein de l'UE pour s'opposer à l'accord avec le Mercosur, que les caisses de l'Etat sont vides et que les racines de la colère rurale sont profondes, le gouvernement risque d'avoir du mal à apaiser les agriculteurs.

"On sait qu'on sort (manifester), pour montrer au gouvernement qu'on est là, mais on ne sait pas quand on va rentrer", souligne Armelle Fraiture.

(Reportage de Manuel Ausloos et Gus Trompiz, rédigé par Tangi Salaün et Kate Entringer, édité par Zhifan Liu)

reuters.com

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