ECLAIRAGE: Comment les rebelles syriens ont renversé le régime de Bachar al Assad
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Un homme marche sur une affiche de Bachar al-Assad dans le centre-ville de Damas, en Syrie
Amr Abdallah Dalsh
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Un homme marche sur une affiche de Bachar al-Assad dans le centre-ville de Damas, en Syrie
Amr Abdallah Dalsh
par Jonathan Spicer et Maya Gebeily
ISTANBUL/DAMAS (Reuters) - Après 13 ans de guerre civile, les rebelles syriens ont entrevu l'opportunité de défaire l'emprise qu'exerçait le président Bachar al Assad sur le pouvoir lorsque, il y a environ six mois, ils ont informé la Turquie d'un projet d'offensive de grande ampleur, ont déclaré deux sources au fait du projet.
La rapidité avec laquelle l'opération, lancée il y a seulement deux semaines, a atteint son objectif initial - s'emparer de la deuxième ville de Syrie, Alep - a provoqué la surprise.
Les rebelles sont entrés dimanche dans la capitale, Damas, et ont renversé le président Bachar al Assad, mettant fin à la dynastie familiale au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle.
Plusieurs facteurs ont joué en faveur de cette avancée éclair, alors que les difficultés se sont accumulées pour Bachar al Assad.
LA TURQUIE INFORMÉE
Les rebelles ne pouvaient pas aller de l'avant sans en informer la Turquie, l'un des principaux soutiens de l'opposition syrienne depuis les premiers jours de la guerre, ont déclaré les sources.
Ankara apporte son soutien à certains des groupes rebelles qui avaient l'intention de participer à l'opération, même si la Turquie considère le groupe djihadiste Hayat Tahrir al Cham (HTC) - qui dirige la coalition qui a renversé Bachar al Assad - comme une organisation terroriste.
L'une des sources, un diplomate de la région, a déclaré que l'opération avait été préparée par le chef du HTC, Abou Mohammed al Joulani, nom de guerre d'Ahmed Hussein al Charaa.
Le HTC, ancienne branche syrienne d'Al Qaïda, est également considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et les Nations unies, même si le groupe a tenté de redorer son image au cours des dix dernières années.
Le gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdogan s'est longtemps opposé à une offensive rebelle de grande ampleur en Syrie, craignant que cela cause une nouvelle vague de réfugiés en Turquie.
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Les rebelles ont toutefois senti qu'Ankara avait durci sa position à l'égard de Bachar al Assad cette année, ont déclaré les sources, après que ce dernier a découragé à plusieurs reprises les efforts déployés par Recep Tayyip Erdogan afin de parvenir à une solution politique en Syrie.
L'une des sources, membre de l'opposition syrienne, a déclaré que les rebelles avaient présenté à la Turquie les détails de leur projet après l'échec des tentatives d'Ankara pour engager le dialogue avec Bachar al Assad.
"Cette voie ne fonctionne pas depuis des années, essayez la nôtre. Vous n'avez rien à faire, il vous suffit de ne pas intervenir", ont-ils dit à la Turquie.
Reuters n'a pas été en mesure de déterminer quelle était la nature exacte des communications.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré dimanche que les efforts déployés ces derniers mois par Recep Tayyip Erdogan pour engager le dialogue avec Bachar al Assad avaient échoué, et que la Turquie "savait que quelque chose se tramait".
Le vice-ministre des Affaire étrangères, Nuh Yilmaz, a toutefois indiqué samedi qu'Ankara n'était pas derrière l'offensive et n'avait pas donné son accord.
POSITION VULNÉRABLE
Les rebelles ont frappé alors que Bachar al Assad se trouvait dans une position vulnérable, la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais - alliés grâce auxquels il est parvenu à se maintenir au pouvoir - étant engagés dans des conflits.
Ni Moscou, ni Téhéran, ni la milice libanaise ne sont parvenus à mobiliser la puissance de feu nécessaire pour repousser l'offensive des rebelles.
L'armée syrienne n'a de son côté pas été en mesure de résister. Une source au sein du régime syrien a dit à Reuters qu'en raison de la corruption et des pillages, les chars et les avions manquaient de carburant.
Le moral des troupes avait beaucoup baissé au cours des deux dernières années, a dit une source ayant requis l'anonymat par peur de représailles.
Le rythme des avancées rebelles a également provoqué la surprise.
"Il y avait une fenêtre de tir, mais personne ne s'attendait à ce que le régime s'effondre si rapidement. Tout le monde s'attendait à ce qu'il y ait des combats", a déclaré Bassam al Kouatli, le président du Parti libéral syrien, un groupe d'opposition situé hors de la Syrie.
Un responsable américain qui a requis l'anonymat a déclaré que, bien que Washington ait été au courant du soutien accordé par la Turquie aux rebelles, il n'avait pas été informé d'un quelconque assentiment d'Ankara à l'offensive sur Alep.
RÉPERCUTIONS DE GAZA
Des sources au fait du déploiement des combattants du Hezbollah ont dit que le mouvement libanais avait retiré nombre de ses combattants d'élite de Syrie l'an dernier en raison du conflit avec Israël.
De nombreux dirigeants du Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, ont été tués par Israël au cours des deux derniers mois.
L'offensive des rebelles syriens a débuté le même jour que le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah au Liban. Des sources proches du mouvement libanais ont déclaré que le groupe ne voulait pas prendre part à d'importantes batailles en Syrie alors qu'il avait subi de lourdes pertes.
Le retrait du Hezbollah a constitué une réelle opportunité pour la coalition rebelle. "Nous voulions simplement un combat équitable entre le régime et nous", a indiqué une source au sein de l'opposition syrienne.
La chute de Bachar al Assad, qui intervient peu après l'assassinat du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah dans un bombardement sur Beyrouth fin septembre, est un nouveau coup porté à l'influence de l'Iran au Proche-Orient.
La Turquie semble quant à elle en bénéficier et devenir l'acteur extérieur le plus important en Syrie, alors que certains de ses soldats sont présents dans le pays et qu'elle est en contact avec les groupes rebelles sur place.
Ankara a notamment pour objectif de contrer l'influence des kurdes syriens, soutenus par les Etats-Unis, qui contrôlent des zones dans le nord-est du pays.
"La Turquie est la grande gagnante. (Recep Tayyip) Erdogan se trouve du bon côté de l'histoire - ou du moins, de celui des vainqueurs -, car ses alliés en Syrie l'ont emporté", a estimé Birol Baskan, un politologue basé en Turquie.
(Avec Laila Bassam à Beyrouth, Tuvan Gumrukcu, Alexander Cornwell à Manama et Matt Spetalnick, rédigé par Tom Perry ; version française Camille Raynaud, édité par Kate Entringer)
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