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Du plan A au plan B, l'Europe en territoire inconnu

reuters.com

Publié le 28 juin 2015 à 09:01 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 05:09

Le parlement grec approuve le projet de referendum

Le parlement grec approuve le projet de referendum

ALKIS KONSTANTINIDIS

Le Quotidien Numérique

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par Robin Emmott et Lefteris Papadimas

BRUXELLES/ATHENES (Reuters) - Le projet européen d'une union indissoluble d'Etats liés entre eux par une monnaie commune est entré ce week-end dans l'inconnu avec l'annonce d'un référendum en Grèce et la décision de l'Eurogroupe de ne pas débloquer l'"argent frais" nécessaire à Athènes pour éviter un défaut de paiement.

Réunis à Bruxelles avec, puis sans leur collègue grec Yanis Varoufakis, les ministres des Finances de la zone euro ont regretté samedi que les autorités grecques aient "rompu les négociations de manière unilatérale" et ont refusé de prolonger l'actuel programme de renflouement, qui expire mardi, le jour où la Grèce, à court de liquidités, est censée rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI.

L'exaspération des partenaires d'Athènes, cinq mois après l'arrivée au pouvoir du parti de gauche anti-austérité Syriza, était manifeste après le coup de théâtre provoqué la nuit précédente par Alexis Tsipras, qui a décidé de soumettre à référendum dimanche prochain les propositions de réformes réclamées par ses créanciers.

"Ils ont joué au poker, mais au poker, on peut toujours perdre", a déclaré le ministre autrichien Hans Jörg Schelling.

"TSIPRAS A TOUT GÂCHÉ"

L'initiative de Tsipras était d'autant plus inattendue que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, réunis jeudi et vendredi en conseil ordinaire, étaient repartis de Bruxelles avec le sentiment qu'un accord "argent frais contre réformes" était à portée et que les Européens allaient éviter ainsi un défaut de la Grèce et ses conséquences imprévisibles.

"Tsipras a tout gâché. Nous avons fait tout ce qui était possible. Les Grecs ont choisi de faire exploser les négociations alors que nous étions très près de régler tout ceci d'une manière qui leur aurait permis de le faire passer (à Athènes)", note un responsable européen.

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De retour de Bruxelles, et après avoir réuni dans l'urgence son conseil des ministres vendredi soir, le Premier ministre grec a jugé pour sa part que ses partenaires européens lui avaient adressé un "ultimatum" pour lui faire accepter une proposition "accumulant de nouvelles charges insupportables pour le peuple" et a demandé à ses compatriotes d'opposer un "non retentissant" à cette perspective.

Sans surprise, son projet de consultation populaire a été approuvé vingt-quatre heures plus tard par une majorité de députés grecs, enclenchant une nouvelle étape peut-être dramatique dans une crise qui dure depuis plus de cinq ans.

"L'heure de vérité approche pour les créanciers, l'instant où ils vont s'apercevoir que la Grèce ne capitulera pas, que la Grèce n'est pas un jeu qui est terminé", a déclaré Tsipras lors du débat préalable au vote, dans la nuit de samedi à dimanche.

"Je suis certain que le peuple grec se montrera à la hauteur des circonstances historiques et opposera un 'non' retentissant à cet ultimatum", a ajouté le chef de file du parti de gauche anti-austérité Syriza.

"LE PLAN B VA DEVENIR UN PLAN A"

Les Européens estiment que les instruments mis en place depuis la crise des dettes souveraines, comme le Mécanisme européen de stabilité (MES), de même que le renforcement de l'Union économique et monétaire, mettent l'euro à l'abri des menaces existentielles de 2010-2011, quand l'Irlande et le Portugal s'enfonçaient aussi dans la crise et que l'Espagne et l'Italie étaient attaquées sur les marchés obligataires.

"Nous sommes dans une position bien plus forte que pendant la crise", observent les ministres.

"Nous devons faire tout notre possible pour lutter contre toute menace plausible de contagion", a déclaré le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

La situation est en revanche des plus préoccupantes pour la Grèce, que les ministres invitent à de prendre les mesures nécessaires "pour sauvegarder la stabilité du système financier grec", en clair un contrôle des capitaux pour endiguer le risque de ruées sur les banques grecs.

Tout en reconnaissant que seules les autorités grecques - ou les banques elles-mêmes - peuvent prendre l'initiative de telles mesures, l'Eurogroupe a appelé la Banque centrale européenne, qui porte à bout de bras le système bancaire grec par le biais de liquidités d'urgence (ELA), à user de ses pouvoirs pour stabiliser les marchés.

D'après des sources bancaires grecques, 500 à 600 millions d'euros ont été retirés samedi dans les distributeurs automatiques du pays.

La situation pourrait s'aggraver lundi, à la réouverture des banques, et plus encore mercredi, au lendemain du probable défaut grec.

"Nous voulons que la Grèce reste dans l'euro, nous voulons le meilleur pour la Grèce et la zone euro, mais organiser un référendum complique la vie de tout le monde. Nous sommes de plus en plus proche du moment où le plan B va devenir un plan A", a observé le ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos.

L'Eurogroupe n'a pas discuté d'une sortie de la Grèce, que les textes fondateurs de l'Union économique et monétaire lancée il y a seize ans, ne prévoient pas. Et, a affirmé le ministre français Michel Sapin, "les dix-huit pays ont tous dit clairement que la Grèce était dans l'euro, qu'elle devait rester dans l'euro quelles que soient les difficultés du moment et qu'on aurait à rediscuter de tout cela, si le référendum devait avoir lieu, après les résultats du référendum".

En début de nuit, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a indiqué de son côté qu'il était en contact avec les dirigeants européens pour éviter un "Grexit" et "garantir l'intégrité d'une zone euro à 19 pays". "La Grèce est et doit rester membre de la zone euro", a-t-il écrit sur son fil Twitter.

LÉGITIMITÉ DÉMOCRATIQUE

La proposition des "institutions" (Commission européenne, BCE et FMI), qualifiée d'"insulte" par Tsipras, réclamait au gouvernement grec la mise en oeuvre de nouvelles baisses des retraites et une augmentation des taxes, notamment la TVA, des éléments que Tsipras et son parti Syriza dénoncent de longue date comme la recette d'une accentuation de la récession en Grèce, la pire de l'époque moderne avec un chômage atteignant le quart de la population active.

"C'est un triste jour pour l'Europe", a déclaré Yanis Varoufakis à son départ de Bruxelles, estimant que le refus de l'Eurogroupe de prolonger le plan d'aide "va certainement nuire à la crédibilité de l'Eurogroupe en tant qu'union démocratique d'Etats membres partenaires".

En Espagne, où il espère troubler le bipartisme lors des élections législatives prévues cet automne, Pablo Iglesias, le secrétaire général du parti de la gauche radicale espagnole Podemos proche de Syriza, a estimé samedi soir que FMI et le gouvernement allemand mettaient en péril le projet européen en isolant la Grèce.

"L'Allemagne et le FMI sont en train de détruire le projet politique de l'Europe. Le FMI et le gouvernement allemand attaquent la démocratie", a-t-il accusé.

Mais à l'inverse, dans d'autres pays de la zone euro, dont la puissante Allemagne et des Etats du sud ou de l'est qui sont passés par des programmes d'austérité en échange d'une assistance financière, on estime que la légitimité démocratique n'est pas seulement l'apanage de la partie grecque.

De nombreuses questions demeurent en outre sur les propositions qui seront soumises dimanche prochain à référendum.

"Organiser un référendum est un droit démocratique légitime, mais pas à un moment où le programme a expiré et où il n'y a pas d'accord sur lequel on puisse voter", soulignait samedi le ministre autrichien Hans Jörg Schelling.

(avec Alastair Macdonald et Jan Strupczewski à Bruxelles, Karolina Tagaris et Lefteris Karagiannopoulos à Athènes; Henri-Pierre André pour le service français)

reuters.com

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