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Srebrenica enterre toujours ses morts, 20 ans après le massacre

reuters.com

Publié le 09 juillet 2015 à 05:58 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 05:06

Srebrenica reste une blessure ouverte pour la bosnie

Srebrenica reste une blessure ouverte pour la bosnie

© Dado Ruvic / Reuters

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par Matt Robinson

GLOGOVA, Bosnie (Reuters) - Quand le Dr Vedo Tuco est entré dans Srebrenica en 1995, des corps gisaient à la vue de tous sur le sol dans la forêt; 20 ans plus tard, il est toujours à la recherche des corps manquants.

"C'était si calme, il n'y avait même pas le chant des oiseaux", se souvient le médecin spécialisé en anthropologie judiciaire, aujourd'hui âgé de 48 ans, tandis qu'une excavatrice est à la recherche d'os dans la cour d'une maison vide. "Une fois que j'ai commencé, je ne me suis jamais arrêté."

Samedi, la Bosnie commémorera le 20e anniversaire du plus grand massacre depuis la Seconde Guerre mondiale, l'assassinat de quelque 8.000 musulmans de sexe masculin par les forces serbes de Bosnie pendant cinq journées du mois de juillet 1995.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes doivent assister à la cérémonie du souvenir. A cette occasion, les restes de 136 victimes récemment identifiées seront inhumés dans des tombes de marbre blanc.

La délégation américaine sera dirigée par Bill Clinton, qui était président à l'époque du massacre. L'ancienne secrétaire d'Etat et ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies Madeleine Albright sera aussi du voyage.

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Encore aujourd'hui, la terre des forêts et des champs autour de Srebrenica rend toujours des os. Plus de 1.000 victimes sont toujours portées disparues. Vingt ans après, Srebrenica reste une blessure ouverte pour la Bosnie.

Les enquêteurs doivent encore mettre la main sur une importante fosse commune, tandis que le procès des instigateurs présumés du massacre, l'ancien président des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et son commandant militaire Ratko Mladic, est toujours en cours devant le Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye.

"J'ai trouvé mon mari et je l'ai enterré, mais je dois encore trouver mon fils", explique Hajra Catic, dont le fils, Nino avait 26 ans quand les casques bleus de l'Onu ont abandonné le "sanctuaire" de Srebrenica à Ratko Mladic le 11 juillet 1995.

"SI JE N'AI PAS SA TOMBE..."

"Si je ne le trouve pas, si je n'ai pas sa tombe..., ils nient qu'il y ait eu tant de morts; demain, ils peuvent dire que je ne l'ai jamais eu", ajoute-t-elle.

De nombreux Serbes de Bosnie nient toujours ce qui s'est passé à l'été 1995 et nient le terme de génocide employé par le TPIY. Ils préfèrent parler de "crime grave".

Le mois dernier, Milorad Dodik, le président de la république serbe de Bosnie, une des trois entités qui composent la Bosnie-Herzégovine, a qualifié le massacre de "plus grande supercherie du 20e siècle".

Avec la Serbie, il a convaincu leur allié russe d'apposer son veto mercredi à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'Onu qualifiant le massacre de Srebrenica de génocide.

Pendant les préparatifs de la commémoration, l'ancien chef militaire musulman Naser Oric, qui commandait les troupes musulmanes bosniaques dans la région de Srebrenica, a été arrêté en Suisse en juin sur mandat d'arrêt serbe. Il avait été acquitté en 2008 à La Haye de l'assassinat de Serbes pendant la guerre civile de 1992-1995.

Les organisateurs de la commémoration avait menacé d'arrêter les inhumations s'il n'était pas extradé en Bosnie au lieu de la Serbie. Ce fut finalement le cas.

"Les familles doivent pouvoir commémorer la perte de leurs proches sans que leur deuil soit utilisé comme moyen de chantage politique", a déclaré Dijana Jelaca, de l'université St. John's de New York, dans un email à Reuters.

"Entretenir les divisons ethniques sert bien TOUS les politiciens de la région car ça détourne d'une question bien plus importante : la réalité matérielle précaire de la Bosnie, et par ceci, j'entends une situation socio-économique désespérée et une pauvreté croissante."

Le Dr Tuco, qui travaille pour la Commission internationale des personnes disparues, doit témoigner cette année lors d'un procès de sept Serbes, arrêtés en mars dernier en Serbie et soupçonnés d'avoir exécuté plus de 1.000 musulmans bosniaques à Srebrenica. Le procès doit se tenir en Serbie.

(Avec Roberta Rampton; Danielle Rouquié pour le service français)

reuters.com

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