Doutes sur la version de Clinton dans l'affaire des mails
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L'examen de certains mails met en doute la version de hillary clinton
© David Becker / Reuters
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L'examen de certains mails met en doute la version de hillary clinton
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par Jonathan Allen
NEW YORK (Reuters) - Depuis le mois de mars, Hillary Clinton ne cesse d'affirmer, et la diplomatie américaine avec elle, qu'elle n'a jamais envoyé, ni reçu de documents sensibles via sa messagerie électronique personnelle non sécurisée lorsqu'elle était secrétaire d'Etat et qu'elle n'a donc pas enfreint les lois fédérales en la matière.
L'examen par Reuters de certains courriers de la favorite des sondages en vue de la présidentielle de 2016 permet de mettre en doute sa ligne de défense dans cette affaire qui empoisonne sa candidature à l'investiture démocrate.
Le Département d'Etat prétend en effet que les documents qu'Hillary Clinton a fait circuler n'étaient pas encore "classés" au moment où elle les a envoyés ou reçus. Mais cette version est contestable.
Les cachets indiquant que les documents concernés sont confidentiels révèlent des informations sur leur contenu. Et, en vertu des règles de fonctionnement de la diplomatie américaine, il apparaît que celui-ci était parfois considéré de facto comme confidentiel, même en l'absence de tampon.
Parmi les courriers rendus public jusqu'ici, Reuters a identifié au moins trente échanges d'e-mails remontant à 2009, lesquels rassemblent plusieurs dizaines de courriels qui contiennent ce que le Département d'Etat appelle des "informations de gouvernements étrangers".
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Il s'agit donc, selon la terminologie du ministère américain des Affaires étrangères, d'informations orales ou écrites livrées en secret à des hauts dirigeants américains par des homologues étrangers.
Au cours de ces 30 échanges, Hillary Clinton a elle-même envoyé 17 courriers contenant ce genre d'informations, dont l'un à un ami et non à un membre du Département d'Etat.
Les informations de ce genre sont "classées dès le début", souligne J. William Leonard, ancien directeur de l'agence fédérale chargée de la protection des informations sensibles - il l'a dirigée à la fois sous les mandats de Bill Clinton et de George W. Bush.
"Si un ministre étranger vient de faire une confidence au secrétaire d'Etat, les règles américaines veulent que ces informations soient classées dès l'instant où elles entrent dans le circuit américain et qu'elles sont en possession des Etats-Unis", ajoute-t-il.
Toujours d'après J. William Leonard, la diplomatie américaine répand un "écran de fumée" lorsqu'elle affirme le contraire.
"JE N'AI PAS ENVOYÉ DE DOCUMENTS CLASSÉS"
Les porte-parole d'Hillary Clinton se sont refusés à tout commentaire mais la candidate démocrate, à la tête du Département d'Etat de 2009 à 2013, et son équipe maintiennent leur version: elle n'a jamais fait preuve de négligence.
"Je n'ai pas envoyé de documents classés, et je n'ai reçu aucun document portant la mention 'classé'", a dit Hillary Clinton à la presse, mardi, lors d'une escale de sa caravane électorale dans le Nevada.
L'ancienne First Lady a probablement raison sur ce point et son équipe n'a pas manqué de le souligner: ses courriels n'ont peut-être pas porté une mention rendant explicite leur caractère sensible.
Mais, selon les règles en vigueur dans l'administration américaine, les documents confidentiels ne portent pas systématiquement un cachet particulier et les personnes habilitées à les avoir entre les mains peuvent n'être prévenues que par voie orale.
Joint par Reuters, le Département d'Etat a contesté ces conclusions, mais n'a pas souhaité donner plus d'explications.
Les délais de déclassification mettent également à mal la version d'Hillary Clinton et de ses conseillers: selon eux, les documents qui figurent dans les échanges de courriels n'étaient pas encore classés et ne l'ont été que cette année.
Or, les délais habituels avant qu'un document sensible ne soit déclassé varient de 10 à 25 ans. Et les informations contenues dans les courriers que Reuters a pu consulter seront déclassés en 2019, soit dix ans après la date de leur envoi par e-mail.
Ces révélations s'ajoutent à celles de l'inspecteur général des agences de renseignement, Charles McCullough, qui a affirmé fin juillet que ses services avaient identifié quatre e-mails, non encore rendus publics, contenant des informations classées au moment où ils ont été envoyés.
La diplomatie américaine a dit ne pas savoir si les accusations de l'inspecteur général étaient fondées ou non.
(Simon Carraud pour le service français, édité par Tangi Salaün)
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