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Les jours de Martin Winterkorn à la tête de VW semblent comptés

reuters.com

Publié le 22 septembre 2015 à 16:55 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 04:49

Le patron de volkswagen sur la sellette

Le patron de volkswagen sur la sellette

© Kai Pfaffenbach / Reuters

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par Andreas Cremer

FRANCFORT (Reuters) - Les jours de Martin Winterkorn à la tête de Volkswagen semblaient comptés mardi, le constructeur automobile ayant déclaré qu'un scandale relatif à des tests anti-pollution truqués aux Etats-Unis risquait de concerner 11 millions de véhicules dans le monde entier.

Le Taggespiegel, citant des sources du conseil de surveillance de VW, écrit que ce dernier décidera vendredi de remplacer son président du directoire par Matthias Müller, le patron de la filiale Porsche.

Un porte-parole de Volkswagen a démenti. Winterkorn pour sa part n'a fait aucune mention de son avenir dans un message vidéo publié sur le site du groupe, se contentant à nouveau de présenter ses excuses.

En tout état de cause l'un de ses alliés lui a retiré son soutien en public. "Je ne veux préjuger ni des débats à venir, qui seront intenses, ni m'exprimer sur des points précis ou toute conséquence éventuelle", a dit Stephan Weil, ministre-président du Land de Basse-Saxe, à la presse lorsqu'on l'a interrogé sur l'avenir de Winterkorn.

Weil, qui siège au conseil de surveillance en tant que représentant du Land, deuxième actionnaire du constructeur, avait aidé cette année Winterkorn à résister à une offensive du président Ferdinand Piëch et avait approuvé ce mois-ci la prorogation de son mandat.

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UNE GESTION CRITIQUÉE

L'action Volkswagen s'est encore effondrée de près de 20% mardi, touchant un plus bas de quatre ans, après avoir perdu 18,6% la veille. En deux jours, le plongeon est de près de 35%. Les doutes sur les pratiques de Volkswagen ont contaminé tout le secteur automobile, qui a encore accusé la plus forte baisse sectorielle (-7,57%) de la journée en Europe.

Accusé par les autorités américaines d'avoir équipé plusieurs centaines de milliers de voitures vendues aux Etats-Unis d'un dispositif permettant de truquer les tests d'émissions polluantes, Volkswagen a expliqué que le dispositif mis en cause, provoquant "une divergence marquée entre les tests en atelier et l'usage réel sur route", ne concernait qu'un seul type de moteurs diesel (EA 189) mais installé sur 11 millions de véhicules dans le monde.

Les autorités américaines en général et californiennes avaient déjà prévenu VW en 2014 que des tests avaient révélé des taux de CO2 supérieurs aux limites légales. Le constructeur avait alors évoqué "divers problèmes techniques" et des conditions réelles "inattendues".

Il aura fallu que l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) et que le California Air Resources Board menacent de retirer l'homologation de ses modèles diesel de 2016 pour que Volkswagen admette début septembre des manquements.

"Soit Winterkorn était au courant des procédures aux USA soit on ne lui en a rien dit", dit Arndt Ellinghorst, analyste d'ISI. "Dans le premier cas, il doit démissionner sur le champ. Dans le second cas, il faut savoir pourquoi un infraction aussi énorme n'a pas été signalée au plus haut niveau et là aussi ce ne sera pas facile à vivre".

Winterkorn a fait de Volkswagen un géant mondial depuis son arrivée à sa tête en 2007 mais on lui a par ailleurs reproché une gestion de type centralisée, inapte à améliorer une performance insatisfaisante en Amérique du Nord.

PROVISION DE 6,5 MILLIARDS d'euros

Le groupe automobile a dit qu'il constituerait une provision de 6,5 milliards d'euros dans ses comptes du troisième trimestre pour couvrir les retombées du plus gros scandale de son histoire, réduisant à néant les projections des analystes, et ajouté que ce montant pourrait augmenter. Porsche a dit que ses propres comptes seraient affectés par cette charge.

Volkswagen, qui a vendu 10,1 millions de véhicules en 2014, encourt des amendes d'un montant maximal de 18 milliards de dollars (16 milliards d'euros) dans le seul volet américain de ce scandale, qui a déjà débouché sur une plainte en nom collectif ("class action") et donné lieu, selon plusieurs médias, à l'ouverture d'une enquête au pénal.

L'affaire Volkswagen a créé une onde de choc en Allemagne, au point que la chancelière Angela Merkel elle-même a réclamé une "transparence totale" de la part d'une entreprise longtemps considérée comme le fer de lance de l'excellence technologique du pays.

Pour l'heure, la presse ne distingue qu'un seul coupable: Winterkorn, dont le mandat devait être prorogé vendredi par le conseil de surveillance. On risque maintenant au contraire de lui demander des comptes.

ENQUÊTE APPROFONDIE EN FRANCE

Le volet juridique du dossier s'internationalise rapidement: après l'Allemagne lundi, la Corée du Sud a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête sur trois modèles de Volkswagen.

En France, le ministère de l'Ecologie a annoncé mardi l'ouverture d'une "enquête approfondie" sur cette affaire.

L'Australie a dit attendre des explications de VW et les autorités suisses et italiennes ont annoncé des enquêtes. En Italie encore, le ministre de l'Environnement Gian Luca Galletti a exigé que VW prouve que les véhicules vendus localement ne sont pas pourvus des matériels incriminés.

Le ministre français des Finances Michel Sapin s'est quant à lui prononcé pour une enquête européenne sur les pratiques de Volkswagen. "Il faut le faire au niveau européen. Nous sommes sur un marché européen avec des règles européennes, c'est celles-ci qui doivent être respectées, c'est celles-ci qui ont été violées aux Etats-Unis", a-t-il dit sur Europe 1.

La Commission européenne a pour l'instant simplement évoqué des "contacts" avec Volkswagen, tout en disant vouloir aller "au fond des choses" pour assurer que tout le secteur automobile respecte les plafonds d'émissions polluantes en vigueur.

Parmi les concurrents de Volkswagen, un porte-parole de PSA Peugeot Citroën a assuré mardi que le groupe français "respecte les procédures d'homologation en vigueur dans tous les pays où il opère". Daimler et BMW, qui pourraient aussi être visés, ont affirmé que les accusations contre VW ne les concernaient pas.

Chez les équipementiers, Robert Bosch a reconnu fournir à Volkswagen des composants de moteurs diesel, tout en expliquant que leur utilisation relevait de la responsabilité de ses clients. Le français Plastic Omnium a quant à lui précisé que ses systèmes n'étaient pas impliqués.

(Avec la contribution des bureaux européens et asiatiques, Marc Angrand et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

reuters.com

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