Daniel Carder, l'homme qui fait chanceler Volkswagen
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par David Morgan
MORGANTOWN, Virginie-Occidentale (Reuters) - Avec sa mise discrète d'ingénieur grisonnant, Daniel Carder n'a en apparence rien du chevalier blanc capable de faire chanceler une des entreprises les plus puissantes au monde.
C'est pourtant bien ce que cet homme de 45 ans et son équipe de quatre chercheurs de l'Université de Virginie-Occidentale ont fait, avec pour seule arme une étude d'un coût de 50.000 dollars qui a établi la manipulation des niveaux d'émissions polluantes des moteurs diesel de Volkswagen.
Ces révélations ont plongé le premier constructeur européen au coeur d'un scandale qui menace sa réputation et ses finances, sans parler de sa direction.
"L'étude que nous avons menée a ouvert la boîte de Pandore", constate Daniel Carder, dont le travail a démontré que Volkswagen avait utilisé un logiciel perfectionné pour tromper les régulateurs américains sur le niveau réel des émissions polluantes de ses moteurs.
Le paradoxe de cette étude financée par une ONG, le Conseil international pour un transport propre (ICCT), est qu'elle visait à l'origine à inciter les Européens à suivre l'exemple des Etats-Unis, où le président Barack Obama a renforcé les normes anti-pollution.
Mais quand les résultats de l'étude sont tombés, en mai 2014, ils étaient bien loin de ceux que ses commanditaires attendaient. Et ils ont laissé les chercheurs eux-mêmes sans voix.
"Le premier réflexe, c'est de se dire 'Est-ce qu'on s'est trompé ?' On a toujours tendance à s'autoflageller", raconte Daniel Carder.
"On a découvert des écarts considérables. Il y a un véhicule pour lequel les émissions étaient 15 à 35 fois supérieures (au chiffre annoncé), un autre où elles étaient 10 à 20 fois plus élevées", explique-t-il.
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Mais ces chiffres extravagants ont ensuite été confirmés par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) et lorsque le scandale a éclaté, Volkswagen a reconnu que cette tricherie allait bien au-delà des Etats-Unis.
DONNÉES CONNUES DEPUIS UN AN ET DEMI
Daniel Carder avoue ne pas comprendre que le scandale ait pris une telle ampleur alors que les résultats de l'étude ont été publiés il y a bientôt un an et demi.
"Ces données ont été présentées de manière publique et (à l'époque) Volkswagen lui-même nous avait interrogés", souligne-t-il.
L'ingénieur, directeur du Centre pour les émissions, les moteurs et les carburants alternatifs de l'Université de Virginie-Occidentale, à Morgantown, se dit encore plus surpris que le constructeur allemand n'ait pas tenté d'y remédier.
"Il ne faudrait peut-être pas grand-chose", avance-t-il. "Il pourrait suffire d'un changement de stratégie d'injection. Cela pourrait impliquer une diminution des économies d'essence pour que ces systèmes soient plus actifs et réduisent les niveaux d'émission."
L'étude a porté sur deux modèles de la marque Volkswagen, la Passat et la Jetta, et sur la BMW X5. Or, souligne le chercheur, "la BMW a obtenu de très bon résultats, égaux voire inférieurs aux niveaux de certification".
Daniel Carder n'en est pas à son coup d'essai. En 1998, il faisait partie d'une équipe de 15 chercheurs de l'Université de Virginie-Occidentale qui avait mis au point une méthode de contrôle mobile des émissions polluantes de plusieurs fabricants de moteurs diesel d'engins de chantier comme Caterpillar et Cummins Engine.
Mis en cause par le ministère américain de la Justice pour avoir utilisé des dispositifs d'invalidation qui permettaient à leur moteurs de respecter les niveaux d'émission pendant les tests mais pas sur la route, les constructeurs avaient accepté à l'époque de payer une amende de 83,4 millions de dollars dans le cadre d'un règlement à l'amiable.
Quand le scandale Volkswagen a éclaté, Daniel Carder dit avoir reçu des appels de certains de ces fabricants dont il avait contribué à démontrer la malhonnêteté.
"Ils m'ont appelé pour me dire : 'bon boulot, les gars'. Et certains m'ont demandé : 'Comment se peut-il qu'ils n'aient pas tiré les leçons de nos erreurs il y a 15 ans ?"
(Tangi Salaün pour le service français, édité par Henri-Pierre André)
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