Le double attentat d'Ankara accentue les divisions en Turquie
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Le pouvoir turc sous le feu des critiques apres le double attentat d'ankara
SERTAC KAYAR
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Le pouvoir turc sous le feu des critiques apres le double attentat d'ankara
SERTAC KAYAR
par Nick Tattersall et Orhan Coskun
ISTANBUL/ANKARA (Reuters) - A l'exception d'une déclaration en termes prudemment choisis pour appeler à l'unité, le président Recep Tayyip Erdogan, d'ordinaire prolixe, est resté singulièrement discret ce week-end après le pire attentat qu'ait connu la Turquie.
Par le passé, le chef de l'Etat n'hésitait pas à se répandre dans les médias audiovisuels en périodes de crise, rassemblant ses fervents partisans et vilipendant ses adversaires.
Le double attentat suicide qui a fait samedi à Ankara 95 morts selon les autorités (128 selon le parti pro-kurde HDP) lors d'un rassemblement de militants de gauche et pro-kurdes, à trois semaines des élections législatives du 1er novembre, a valu au pouvoir turc une salve de critiques.
Pour les partisans d'Erdogan et de son parti islamo-conservateur AKP, l'attentat relève d'une conspiration de forces soutenues par l'étranger pour saper l'Etat turc et nuire à sa stature au Moyen-Orient.
Pour ses adversaires, dont le parti HDP qui était visé par les deux explosions, le pouvoir turc a du sang sur les mains, car on a affaire soit à un échec des services de renseignement, qui n'ont pas su garantir la sécurité, soit, bien pire, à une complicité du pouvoir pour attiser le nationalisme.
"Une fois le choc initial passé, il apparaît que l'attentat va exacerber des clivages déjà profonds au sein d'une société dangereusement divisée", analyse Wolfango Piccoli, directeur général de la société de consultants Teneo Intelligence, basée à Londres.
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Certains responsables, au sein du pouvoir, pointent du doigt le groupe djihadiste Etat islamique (EI), même si le Premier ministre Ahmet Davutoglu, dans les heures qui ont suivi l'attentat, a estimé qu'une pléthore de groupes radicaux pouvaient en être les auteurs.
L'EI a publiquement revendiqué des attentats par le passé. Or, pour l'heure, aucune revendication n'est parvenue pour l'attentat d'Ankara, et les sceptiques estiment que le groupe djihadiste fait figure de bouc-émissaire idéal.
Dans l'entourage du chef de l'Etat, on voit dans l'attentat une tentative pour affaiblir un peu plus Recep Tayyip Erdogan, dont la stratégie en Syrie, consistant à chercher le renversement de Bachar al Assad et à freiner la progression territoriale des Kurdes, est battue en brèche par l'intervention russe en soutien au régime de Damas.
IMPACT PSYCHOLOGIQUE
"Cet attentat a été perpétré par ceux qui veulent que la Turquie et Erdogan, de même que l'AKP, soient tenus en dehors de l'équation au Proche-Orient. Des services de renseignement influents dans la région ont dû y accorder leur soutien", a déclaré à Reuters une source gouvernementale turque, sans plus de précisions.
Les opposants à Erdogan avancent eux aussi des thèses conspirationnistes.
"Beaucoup, en Turquie, vont soupçonner des forces souterraines favorables au gouvernement d'être d'une façon ou d'une autre complices(...) dans le cadre d'une stratégie de tension" visant à effrayer les électeurs et de les convaincre à soutenir l'ordre et la loi incarnés par Erdogan, lors des législatives de novembre, analyse Wolfango Piccoli.
Dans un communiqué diffusé samedi par la présidence, Erdogan a condamné l'attentat et appelé à "la solidarité et la détermination, réponses les plus sensées au terrorisme".
"Il est absurde de tenir l'AKP, Erdogan ou le gouvernement responsables de ce qui s'est passé", a dit un haut responsable du Parti de la justice et du développement. "Erdogan et le gouvernement sont conscients de leurs responsabilités. Ils font ce qui est nécessaire. Le reste est sans valeur."
L'impact psychologique d'un attentat aussi dévastateur au coeur de la capitale est évident.
"Comment une bombe aussi puissante peut-elle exploser au coeur de le capitale du pays?", s'interrogeait Selin, enseignante de 32 ans qui participait dimanche à une manifestation antigouvernementale à Ankara.
"Les services de renseignement, la police et les services de sécurité sont sans doute trop occupés à rechercher et à jeter en prison les personnes qui envoient des tweets critiques envers Erdogan", a-t-elle déclaré. Le rédacteur en chef du journal en langue anglaise Today's Zaman, Bülent Kenes, a été interpellé vendredi pour insultes envers le chef de l'Etat sur Twitter.
Même certains sympathisants de l'AKP pourraient remettre en question leur fidélité au chef de l'Etat après l'attentat d'Ankara, selon Sinan Ulgen, professeur invité au sein de Carnegie Europe et directeur du "think-tank" EDAM, dont le siège est à Istanbul.
"Le gouvernement est, en définitive, responsable de la protection des citoyens, et il ne peut faire fi de cette responsabilité. Il y a eu, ici, faillite de la sécurité et des services de renseignement. Cela, vous ne pouvez pas le cacher", a-t-il dit à Reuters.
(avec Ece Toksabay et Gülsen Solaker à Ankara, Daren Butler à Istanbul; Eric Faye pour le service français)
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