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Les "fintechs" françaises confrontées au besoin de se renforcer

reuters.com

Publié le 27 janvier 2016 à 14:25 - Mis à jour le 27 janvier 2016 à 14:30

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par Marc Joanny

PARIS (Reuters) - La compétition internationale engagée dans les nouveaux services bancaires et d'assurance numériques doit pousser à renforcer encore la filière française constituée autour des "fintechs", estime le président de France Fintech, qui s'inquiète notamment du report des dispositions législatives sur les données.

L'association créée en juin réunit 60 "fintechs" françaises, ces start-up définies comme des entreprises utilisant des modèles opérationnels, technologiques ou économiques alternatifs dans le secteur de la banque et de l'assurance.

France Fintech vise à promouvoir la filière en France et à l'étranger, à fédérer la communauté de ces start-up et à développer les échanges avec les autorités réglementaires, les pouvoirs publics et l'ensemble du secteur financier.

"Aujourd'hui, les métiers financiers sont certes concurrencés par les fintechs mais, depuis peu, ils le sont aussi par les opérateurs télécoms, la grande distribution et demain par les grands acteurs de la technologie digitale qui vont investir ce secteur", prévient Alain Clot.

Pour lui, une part importante de cette nouvelle concurrence va venir de l'étranger, notamment des pays anglo-saxons qui ont su créer les conditions favorables à l'émergence de champions aux visées internationales.

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"ll est urgent de faire émerger une filière d'excellence française dans les fintechs pour faire face à cette vague montante", dit-il. "Le sujet n'est pas finance digitale ou traditionnelle mais plutôt acteurs français ou étrangers."

Alain Clot préfère parler de "coopétition", alliance de coopération et de compétition entre les deux univers, soulignant que de nombreuses "fintechs" coopèrent avec des acteurs traditionnels pour déployer leurs services, tandis que ces derniers ont multiplié les acquisitions de "fintechs" ces derniers mois tout en amorçant la digitalisation de leurs métiers.

DÉLOCALISATION FACILE

A la veille de la tenue à Paris d'un Fintech Forum qui doit réunir jeudi près de 80 start-up françaises et européennes, Alain Clot souligne les atouts français dans cet environnement en pleine transformation.

"Les Français ont été des pionniers en matière de services financiers à distance et de modèles alternatifs. Dans les technologies digitales, de données et de sciences de l'ingénieur, les Français ont une légitimité mondialement reconnue et peuplent d'ailleurs les grands groupes digitaux mondiaux. Il y a plus de 40.000 Français dans la Silicon Valley."

C'est également le cas dans la finance. La combinaison de la finance et de la tech est par conséquent naturellement un secteur d'excellence française. Nous avons les moyens de nous imposer à l'international."

Alain Clot rappelle toutefois que les "fintechs" françaises restent confrontées à des contraintes supérieures à celles de leurs grands concurrents, principalement britanniques et américains ou encore allemands.

"Les grands pays, même au sein de l'UE, se sont engagés dans une compétition réglementaire et fiscale dans ce domaine. Londres a annoncé clairement, suivie par Berlin, qu'elle voulait attirer sur son sol l'ensemble du secteur européen des fintechs, jugé hautement stratégique."

Les acteurs britanniques, l'Etat, les régulateurs, la municipalité de Londres même, poussent tous dans le même sens, ajoute Alain Clot.

"Ce qui caractérise le digital, c'est sa délocalisation facile", souligne-t-il. "Avec la réglementation dite du 'passeport européen', vous pouvez obtenir un agrément dans un pays et opérer dans toute l'Europe, c'est une différence radicale avec les services financiers classique : on ne peut pas déplacer un réseau de guichets."

CONTEXTE CLASSIQUE D'"UBÉRISATION"

Parmi les principaux handicaps des "fintechs" françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères, le président de France Fintech cite de plus grandes difficultés d'accès au financement non pas pour l'amorçage mais pour les levées de fonds ultérieures, faute jusqu'à présent de grands fonds d'investissement spécialisés.

"Pour un euro levé à Paris, il y en a trois à Londres et 10 aux Etats-Unis."

Les charges et la fiscalité, en particulier la fiscalité de cession et du capital, sont aussi l'un des chevaux de bataille des entrepreneurs de la fintech comme de beaucoup d'autres.

"Quand il encourt plus de risque d'échouer que de réussir, la fiscalité de l'entrepreneur ne peut être celle du rentier et, en tout état de cause, nettement plus défavorable que celle de ses concurrents étrangers", fait valoir Alain Clot.

"Le dernier élément de contrainte, mais celui-ci est stimulant, est la performance des acteurs traditionnels français, qui sont de grands acteurs mondiaux, très profitables et puissants."

Alain Clot relativise ces obstacles : depuis quelques mois "les astres ont commencé à s'aligner avec l'arrivée des investisseurs, une mobilisation des pouvoirs publics, la structuration des fintechs et l'évolution des consommateurs".

Il note que les investisseurs arrivent à Paris "parce qu'ils pensent que la France réunit dans le secteur financier toutes les caractéristiques favorables à l'ubérisation".

"Il y a en France un coût d'acquisition du client élevé, une rentabilité du client élevée, des attentes des consommateurs à satisfaire et une réglementation qui n'est plus une barrière à l'entrée."

Les consommateurs réclament plus de transparence et de comparaison, des parcours clients efficaces et bien pensés, des prix compétitifs, de la facilité d'usage et de la disponibilité 24 heures sur 24. Ils veulent des approches participatives, collaboratives et appliquent aux services financiers les exigences qu'ils ont eu pour d'autres prestations, résume Alain Clot.

LA DONNÉE, C'EST LE CARBURANT

Si le terreau n'est pas si défavorable pour le développement des "fintechs", l'abandon du texte sur les Nouvelles Opportunités économiques (loi Macron 2) "n'a pas été un bon signal car elle comprenait des dispositions importantes sur la circulation des données", relève-t-il. "La donnée, c'est le carburant de la nouvelle économie."

"L'évolution visant à rendre au consommateur la propriété de ses propres données statiques - son identité - mais aussi dynamiques - son comportement - est à la fois sociétale et mondiale avec d'énormes enjeux économiques."

S'il faut poser des contraintes très fortes de sécurité et de confidentialité, estime Alain Clot, il ne fait pour lui aucun doute que le consommateur va se réapproprier ses propres données comme il s'est réapproprié, par exemple, son dossier médical.

"Il faut accompagner cette évolution pour favoriser l'émergence d'une filière d'excellence des fintechs en France", conclut-il. "Si nous ne le faisons pas, la mise sera ramassée par les acteurs étrangers, notamment les grands acteurs du digital", les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon).

"La menace monte à l'extérieur, le cash disponible chez les GAFA représente à peu près l'équivalent de la capitalisation boursière cumulée des banques françaises, et la capitalisation cumulée des GAFA dépasse celle de toutes les entreprises du CAC 40."

(Edité par Dominique Rodriguez)

reuters.com

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