Clous et TATP, dans le laboratoire des kamikazes de Bruxelles
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Le tatp, explosif de choix des kamikazes de bruxelles
© Christian Hartmann / Reuters
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Le tatp, explosif de choix des kamikazes de bruxelles
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par Robin Emmott
BRUXELLES (Reuters) - Dans un immeuble d'une rue calme de Schaerbeek, au cinquième étage, le laboratoire artisanal des auteurs des attentats de Bruxelles découvert mercredi par la police belge dévoile l'explosif de prédilecttion des djihadistes : le TATP.
Aussi connu sous le nom de peroxyde d'acétone, le triperoxyde de triacétone se présente sous forme de poudre blanche explosive très instable. Il a été utilisé dans les bombes artisanales lors des attaques qui ont tué au moins 31 personnes mardi à l'aéroport de Zaventem et dans le métro bruxellois.
Dans cet immeuble en réfection du numéro 4 de la rue Max Roos, personne ne s'est inquiété des grandes quantités de produits chimiques ménagers, à l'odeur pourtant forte, utilisées par le commando djihadiste, ainsi que des valises de clous qu'ils y ont apportées.
"Même si quelqu'un les avait arrêtés, ils auraient pu dire que les produits servaient à des rénovations", dit Hassan Abid, responsable de la maison communale de Schaerbeek, s'interrogeant sur l'ignorance des autorités quant à la présence des trois hommes au cinquième étage.
Les frères Khalid et Brahim El Bakraoui avaient occupé il y a deux mois l'appartement de Schaerbeek, un quartier mélangé de classes moyennes, en faisant leur repaire et laboratoire. Le lieu était considéré vide par la municipalité.
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Mardi matin, Brahim, accompagné de Najim Laachraoui et d'un troisième homme, quittait l'appartement à bord d'un taxi, avec pour destination l'aéroport de la capitale, où il s'est fait exploser.
Les explosifs utilisés ont été concoctés à moindre frais à base de produits en vente libre : dissolvant de vernis à ongles ou déboucheur de canalisation.
Ils éclairent les méthodes du réseau de jeunes Belges radicalisés se revendiquant de l'Etat islamique (EI).
Associé à quelques connaissances en chimie, et à de fausses identités, l'usage du TATP confère une discrétion certaine et une rapidité d'opération, par rapport aux explosifs de type militaire utilisés un temps par l'IRA en Irlande du Nord ou les séparatistes basques de l'ETA en Espagne.
La mixture TATP présente toutefois des inconvénients : elle oblige les artificiers à disposer de locaux sur une longue durée pour accumuler les produits, et une fois la poudre obtenue, son efficacité décline vite, les produits chimiques se dégradant.
Les polices belge et française ont mis au jour plusieurs "usines" à bombes, la dernière en date à Argenteuil, près de Paris. A Bruxelles, la police belge n'est remontée jusqu'à l'appartement de la rue Max Roos qu'après les attentats, sur les indications du chauffeur de taxi qui a pris en charge les trois hommes.
La perquisition de l'habitation a permis de découvrir "15 kilos d'explosif de type TATP, 150 litres d'acétone, 30 litres d'eau oxygénée, des détonateurs, une valise remplie de clous et de vis ainsi que du matériel destiné à confectionner des engins explosifs", a indiqué le procureur Frédéric Van Leeuw.
"MÈRE DE SATAN"
Découvert au XIXe siècle par un chimiste allemand, le TATP est très puissant, même en petites quantités. Très instables, les cristaux blancs qui le composent sont susceptibles d'exploser à la moindre étincelle ou sous le coup d'une trop forte chaleur. Ils ont été surnommés "mère de Satan" par les insurgés palestiniens qui y ont eu recours dans les années 1980.
Utilisé lors des attentats de 2005 à Londres, les attaques du 13 novembre à Paris et dans une série d'attentats déjoués en Europe depuis 2007, le TATP apparaît désormais comme l'explosif de choix de l'EI.
Contrairement aux armes de combat utilisées dans les attaques du 13 novembre, il ne permet pas aux services de sécurité de retracer les activités des assaillants potentiels, puisque ses composants peuvent être achetés librement dans des magasins de bricolage ou en pharmacie.
La fabrication d'une bombe au TATP, quoique plus longue que celle d'un engin explosif à base d'engrais, utilisé par d'autres combattants européens, reste simple et peu chère. Les tutoriels détaillant le processus abondent sur internet.
A Bruxelles, tous les ingrédients -- acétone trouvé dans les solvants domestiques, peroxyde d'hydrogène présent dans des décapants pour bois et acide sulfurique utilisé pour déboucher les canalisations -- ont pu être achetés sans encombre pour une facture totale de l'ordre de 40 euros.
Clous et boulons ont ensuite pu être ajoutés pour renforcer la capacité de destruction de la bombe, placée dans un sac et attachée à une ceinture sur les kamikazes.
De telles bombes passent inaperçues sur les écrans des scanners d'aéroport, et si elles dégagent parfois une forte odeur -- remarquée par le chauffeur de taxi lors du trajet vers l'aéroport -- elles ne peuvent être détectées avec efficacité que par des chiens renifleurs. Mais mardi, il y en avait peu dans la zone des départs de l'aéroport de Zaventem.
ÉTUDIANT EN CHIMIE
Pour Ehud Keinan, un scientifique israélien qui a étudié le TATP pendant près de 35 ans, quatre kilos peuvent suffire à produire le massacre de Bruxelles. "C'est très facile à produire, pas comme une bombe traditionnelle", explique le doyen de la faculté de chimie du l'institut Technion-Isral de technologie, à Haïfa.
Najim Laachraoui, qui s'est fait exploser à l'aéroport et est soupçonné d'avoir fabriqué les ceintures d'explosifs utilisées à Paris, avait fait des études d'ingénieur et il excellait comme laborantin.
Selon le groupe Conflict Armament Research, des quantités industrielles de TATP sont produites par l'EI en Syrie et en Irak.
L'émergence de l'explosif est bien plus difficile à endiguer que, par exemple, celle des Kalashnikov de contrebande utilisées dans plusieurs attaques, à Paris notamment.
En 2014, l'Union européenne a adopté une nouvelle législation restreignant la vente de produits chimiques pouvant servir à la fabrication d'explosifs, requérant dans certains cas des contrôles d'identité.
En 2005, dans le sillage des attaques qui ensanglantèrent Londres, l'industrie chimique britannique et les grandes surfaces de bricolage avaient accentué le signalement d'achats de grande quantité de tels produits.
En France, cependant, le peroxyde d'hydrogène est en vente libre, comme nettoyant pour l'eau des piscines, et le dissolvant pour vernis à ongles ne fait l'objet d'aucun limitation.
"Si vous entrez dans n'importe quelle pharmacie à Bruxelles, vous pouvez acheter 50 ml d'acétone. Si vous faites une centaine de pharmacies, vous pouvez en obtenir cent fois plus", résume Peter Newport, qui siège au sein d'un groupe d'experts sur le sujet pour la Commission européenne.
(Julie Carriat pour le service français, édité par Henri-Pierre André)
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