La résilience des ménages russes limite la crise économique
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Les menages russes tentent de resister a la crise economique
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Les menages russes tentent de resister a la crise economique
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par Alexander Winning et Natalia Shurmina
MIASS, Russie (Reuters) - En Oural, le coeur industriel de la Russie, la population se débrouille pour faire face aux conséquences de la crise économique qui a réduit les revenus des ménages sans pour autant déboucher sur une contestation politique.
Les récits recueillis auprès des habitants de Miass, ville moyenne où une usine de camions et un site de production de missiles sont parmi les principaux employeurs, montrent comment cette résistance à la crise a permis d'éviter un marasme encore plus marqué.
Nikolaï Matveev est chauffeur routier. Pour économiser sur le budget nourriture, sa famille cultive des légumes dans un potager. Lui chasse pour ramener de la viande à la maison. "Nos épouses sont aussi des expertes dans l'art d'économiser quelques kopecks par-ci, par-là, elles ont beaucoup appris des pénuries à l'époque soviétique", ajoute-t-il.
L'essentiel du budget familial passe dans les dépenses quotidiennes, repoussant à plus tard les achats de vêtements, de biens durables.
Après leur journée de travail, nombre de salariés se transforment en chauffeurs de taxi au noir pour un complément de salaire bienvenu à l'heure où l'inflation, de 12,9% l'an dernier, a fait largement chuter les revenus réels. D'autant que les salaires ont été revus à la baisse.
Contrairement aux pays de l'Ouest, où la réponse classique des entreprises à une crise économique consiste à licencier, les entreprises russes ont en effet plutôt tendance à baisser les salaires. "Il est bien plus important ici de travailler, même si c'est pour un salaire inférieur. C'est le coût du travail qui sert d'ajustement, pas la quantité", note Ivan Tchakarov, économiste à la banque américaine Citi.
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Au niveau national, le taux de chômage se maintient depuis des années autour de 6% de la population active. A Miass, selon l'agence locale pour l'emploi, il est de 3%, deux fois moins que lors de la crise financière de 2008-2009.
REVENU RÉEL EN BAISSE DE 30% EN CINQ ANS
L'usine de camions Ural de Miass, dont le siège domine l'une des places de la ville, illustre comment certaines entreprises russes ont réussi à se maintenir à flot. Construite durant la Seconde Guerre mondiale, l'usine produit une gamme complète, de la camionnette aux véhicules militaires, qu'elle vend dans les anciennes républiques soviétiques, en Afrique et en Amérique latine.
Avec la chute du rouble sur les marchés des changes, ses produits se vendent moins cher à l'étranger. La direction a licencié 140 salariés sur plusieurs milliers d'employés, elle a surtout baissé les salaires en réduisant temporairement le temps de travail.
Témoignant sous couvert d'anonymat, un ouvrier de la chaîne d'assemblage explique que son salaire mensuel, autour de 25.000 roubles (environ 330 euros), n'a pas augmenté depuis 2011. Avec l'effet de l'inflation, cela signifie une perte de revenus de l'ordre de 30%. Mais il n'envisage pas de démissionner. "Je ne suis pas sûr de pouvoir trouver mieux ailleurs", dit-il.
Le groupe GAZ, propriétaire de l'usine Ural, indique que sa production a atteint l'an dernier 7.900 véhicules, un niveau similaire à l'année précédente, l'accroissement des exportations compensant le recul de la demande intérieure. D'où ce paradoxe apparent: en 2015, les bénéfices libellés en roubles des entreprises russes ont bondi de plus de 50% alors même que le PIB russe se contractait de 3,7%.
La capacité des Russes à accepter des baisses de salaire explique aussi pourquoi la crise économique n'a pas débouché sur des mouvements sociaux ou une contestation politique.
La cote de popularité de Vladimir Poutine n'a pratiquement pas souffert et se maintient près du pic enregistré après l'annexion de la Crimée, en mars 2014. L'opposition elle est en plein désarroi et le parti pro-Poutine Russie unie bien parti pour remporter les législatives de septembre prochain.
"Notre pays a tellement souffert dans les conflits passés", résume, un brin fataliste, Igor Stepanov, propriétaire d'une entreprise de meubles et fournitures de maisons.
(avec Jason Bush et Gleb Stolyarov à Moscou; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi Salaün)
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