Manifestation contre le président Sissi en Egypte
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Manifestation contre le president egyptien au caire
MOHAMED ABD EL GHANY
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Manifestation contre le president egyptien au caire
MOHAMED ABD EL GHANY
par Ahmed Aboulenein et Eric Knecht
LE CAIRE (Reuters) - Des milliers d'Égyptiens sont descendus vendredi dans les rues du Caire pour dénoncer la décision du président Abdel Fattah al Sissi de céder deux îles de la mer Rouge à l'Arabie saoudite et demander la "chute du régime", le slogan du soulèvement de 2011 contre Hosni Moubarak.
Abdel Fattah al Sissi, qui était à la tête de l'armée égyptienne lorsque celle-ci a renversé le président islamiste Mohamed Morsi en 2013, a vu son immense popularité s'éroder ces derniers mois, en raison notamment de sa gestion économique et sécuritaire.
"Le peuple veut la chute du régime", ont scandé les milliers de manifestants rassemblés vendredi devant le syndicat de la presse, en dépit d'une loi interdisant les rassemblements qui a coûté la liberté, voire la vie, à des milliers de contestataires ces deux dernières années.
"Sissi Moubarak, nous ne voulons pas toi (...) Cette terre nous appartient et tu es celui qui l'a vendue", ont également chanté les protestataires.
La police a tiré des grenades lacrymogènes pour disperser des manifestants dans d'autres quartiers du Caire et de Guizeh, sur l'autre rive du Nil, a-t-on appris de sources au sein des services de sécurité.
Un journaliste de Reuters a vu la police antiémeute disperser sans ménagement la foule rassemblée devant une mosquée du quartier commerçant de Mohandessine. Quatre personnes ont été arrêtées, a-t-on dit de même sources.
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La colère gronde en Egypte depuis que les autorités ont annoncé la semaine dernière, à l'occasion d'une visite du roi Salman d'Arabie saoudite, premier bailleur de fonds du pays, la signature d'un accord de démarcation maritime dans le golfe d'Aqaba qui place deux îles stratégiques inhabitées, Tiran et Sanafir, dans les eaux territoriales saoudiennes.
Responsables égyptiens et saoudiens multiplient depuis les déclarations pour tenter d'expliquer que les îles n'étaient placées sous juridiction égyptienne que parce que Ryad avait demandé à l'Egypte d'en assurer la protection dans les années 1950.
Ces explications n'ont pas convaincu les Égyptiens, qui critiquent aussi la gestion par les autorités de l'enquête sur la mort sous la torture de Giulio Regeni, un étudiant italien, à l'origine d'une crise diplomatique avec Rome, et de celle sur l'attentat contre un avion de ligne russe en octobre dernier dans le Sinaï, qui a poussé Moscou à suspendre tous ses vols vers l'Egypte.
HOLLANDE ATTENDU AU CAIRE
Las du chaos dans lequel avait sombré le pays après la chute d'Hosni Moubarak, de nombreux Égyptiens avaient accueilli avec enthousiasme l'arrivée au pouvoir du maréchal Sissi, élu peu après président de la République sur la promesse de ramener la stabilité.
La plupart d'entre eux ont fermé les yeux sur la répression qui s'est abattue sur les adversaires du nouveau "raïs" sur fond d'attentats quasi quotidiens : les Frères musulmans de l'ancien président Morsi d'abord, puis tous ceux qui osaient le défier, à commencer par les activistes laïques, libéraux ou de gauche à l'origine du soulèvement de 2011, presque tous emprisonnés aujourd'hui.
Selon les organisations de défense des droits de l'homme, près de 40.000 prisonniers politiques croupissent dans les prisons égyptiennes.
Alors que l'économie n'a toujours pas redémarré, la patience des Égyptiens semble cependant atteindre ses limites face à la corruption rampante, à la pauvreté et au chômage, les maux qui avaient précipité la chute de Moubarak, tandis que face aux critiques, le président Sissi a adopté ces derniers mois un ton de plus en plus autoritaire et menaçant dans ses discours.
"La jeunesse de la révolution (de 2011) est toujours là", assure Abdelrahman Abdelatif, un ingénieur de 29 ans présent vendredi devant le syndicat de la presse, qui servait déjà de refuge aux manifestants à l'époque de Moubarak.
"Il y a des disparitions forcées, de nombreux jeunes sont en prison (...) mais nous n'avons pas disparu. Nous voulons la stabilité mais pas qu'on vende notre terre ni qu'on tue notre jeunesse. Nous subissons une dictature sans précédent", accuse-t-il.
Le président Sissi a toujours ses partisans, dont plusieurs centaines sont descendus vendredi dans les rues du Caire et d'Alexandrie en brandissant sa photo, et en pleine crise avec l'Italie, il recevra dimanche son plus solide allié européen, François Hollande, avec lequel il pourrait conclure de nouveaux contrats de ventes d'armes.
L'entourage du président français a assuré que la situation des droits de l'homme serait aussi abordée et que des cas "spécifiques" seraient évoqués. Mais, a-t-on ajouté, cela se fera "sans publicité".
(Tangi Salaün pour le service français)
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