Ayrault et Steinmeier portent la voix de l'Europe en Libye
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TRIPOLI (Reuters) - Les chefs de la diplomatie française et allemande se sont rendus samedi à Tripoli pour apporter leur soutien au nouveau gouvernement libyen chargé de rassembler un pays miné par les rivalités et livré au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi.
Cette visite s'inscrit dans les efforts de l'Union européenne pour jouer un rôle actif dans la recherche d'un règlement du conflit libyen, face au risque de voir déferler une nouvelle vague incontrôlée de migrants, notamment en Italie, si l'ordre n'est pas rétabli en Libye.
Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier devaient gagner directement la base navale de Tripoli où opère sous très haute sécurité depuis deux semaines le gouvernement d'union nationale de Fayez el Sarraj, dit-on de source diplomatique française.
Les deux ministres succèdent à leur homologue italien, Paolo Gentiloni, qui s'est rendu dans la capitale de l'ancienne colonie italienne en début de semaine.
"L'enjeu, pour nous, c'est de mettre les Européens à bord (...) pour qu'il n'y avait pas un nouveau scénario russo-américain comme en Syrie", explique-t-on de source française.
Saluée par l'Onu, l'installation du gouvernement Sarraj, formé à l'issue de longues négociations, rencontre de fortes oppositions dans le pays, notamment des deux autorités basées dans l'Ouest et dans l'Est.
"Il n'y a pas d'alternative à ce gouvernement", dit-on de source diplomatique française. "Sarraj incarne la solution politique, il y a un certain nombre de soutiens et la dynamique est toujours là. Donc, on veut donner un coup de projecteur" sur ce gouvernement.
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Le grand défi de Fayez el Sarraj "reste de mettre la main sur les militaires à Tripoli et sur l'Est", ajoute-t-on. "On a le sentiment que la population libyenne a envie aujourd'hui de soutenir le gouvernement et une certaine lassitude par rapport au désordre qui règne depuis cinq ans. Et ça, ça crédibilise Sarraj."
PAS DE DEMANDE MILITAIRE
La France, qui a fermé comme de nombreux autres pays occidentaux son ambassade dans le pays en 2014, a indiqué la semaine dernière qu'elle entendait rouvrir une chancellerie dès que les conditions de sécurité le permettraient.
Le retour à la stabilité politique est jugé crucial par les pays occidentaux, qui espèrent que cela permettra d'endiguer la menace posée par l'organisation Etat islamique (EI), qui a profité du vide politique pour prendre pied en Libye.
La France, engagée dans la coalition contre l'EI en Irak et en Syrie et contre les groupes islamistes armés dans le Sahel, mène depuis novembre des vols de reconnaissance au-dessus de la Libye. Elle a dépêché des conseillers militaires sur place aux côtés des Britanniques et des Américains.
Après avoir poussé en faveur d'une intervention militaire, les dirigeants occidentaux se montrent depuis plusieurs semaines plus prudents pour laisser toute sa chance à l'option politique.
Dans une allusion à l'opération de 2011, qui a abouti au renversement de Mouammar Kadhafi, Jean-Marc Ayrault a prévenu début avril que la France ne reproduirait pas "les erreurs du passé" en intervenant militairement mais qu'elle était prête à aider à "sécuriser" le nouveau gouvernement.
"Il n'y a pas eu de demande pour le moment de Sarraj sur le volet militaire", souligne-t-on de source diplomatique. "La France n'est pas hostile à une intervention militaire mais il faut que ce soit via une demande (des Libyens) à la communauté internationale et que ce soit raccordé au processus politique."
La dernière visite d'un chef de la diplomatie française en Libye remontait à avril 2013.
(Aiden Lewis, avec John Irish à Genève et Marine Pennetier à Paris, édité par Emmanuel Jarry)
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