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L'Etat français au chevet d'EDF, son géant malade

reuters.com

Publié le 20 avril 2016 à 15:58 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:58

L'etat au chevet d'edf

L'etat au chevet d'edf

© Stephane Mahe / Reuters

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La vigilance de l'Etat français envers EDF est "totale", a promis mercredi le gouvernement, après une réunion à l'Elysée sur la situation financière du géant de l'électricité.

L'attention se focalise sur le projet de construction de deux réacteurs nucléaires EPR au Royaume-Uni, à Hinkley Point, investissement de 18 milliards de livres (23 milliards d'euros) partagé à deux tiers/un tiers entre EDF et le chinois CGN, déja alliés pour la construction de deux réacteurs en Chine.

Les principaux syndicats d'EDF ont récemment écrit à François Hollande pour l'avertir que "l'équation financière et l'organisation du travail plus que dégradées" du groupe ne permettaient pas d'envisager "sereinement" ce chantier.

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, et le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, maintiennent quant à eux que sa réalisation est vitale pour l'entreprise, détenue à 84,94% par l'Etat, et pour la filière nucléaire française dans son ensemble.

La décision doit être formellement prise lors d'un prochain conseil d'administration, début mai.

Dans un courrier adressé le 12 avril au président de la Commission de l'Energie de la Chambre des Communes, le ministre britannique de l'Energie, Amber Rudd, dit avoir du gouvernement français l'assurance que tout est fait à Paris pour "parvenir à une décision finale d'investissement aussi vite que possible".

Les autorités britanniques ont pris des dispositions pour que tout "retard potentiel ou annulation" n'affecte pas la sécurité d'approvisionnement du Royaume uni en électricité, ajoute-t-il cependant dans ce courrier, dont Reuters a eu copie. Il rappelle au passage que les risques, en matière de délais, seront entièrement supportés par le constructeur.

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"PERTE DE CONFIANCE"

Le porte-parole du gouvernement français et l'entourage du chef de l'Etat ont refusé de faire le moindre commentaire, tant sur Hinkley Point que sur la réunion de mercredi.

"La vigilance de l'actionnaire qu'est l'Etat dans cette entreprise est totale sur tous les plans : à la fois sur l'avenir, sur sa structuration, sur le dialogue social dans l'entreprise, sur les grands projets d'investissements, sur l'équilibre qu'on va trouver", s'est borné à déclarer Stéphane Le Foll lors du compte rendu du conseil des ministres.

La réunion de mercredi portait sur le plan de financement d'EDF, qui sera vendredi à l'ordre du jour d'une réunion de son conseil d'administration. L'Etat a déjà fait savoir qu'il participerait à une augmentation de capital si cela se révélait nécessaire, notamment pour financer le projet Hinkley Point.

Jean-Bernard Levy a convoqué vendredi matin un "séminaire intersyndical" sur ce projet, avant le conseil d'administration de l'après-midi. Seule la CFDT a accepté d'y participer. CGT, Force ouvrière (FO) et CFE CGC considèrent que les conditions d'un débat contradictoire ne sont pas réunies.

"Il y a une perte de confiance dans le management. Le projet Hinkley Point isole beaucoup la haute direction. Ça a beaucoup cristallisé les inquiétudes", diagnostique un dirigeant syndical qui a demandé à conserver l'anonymat. "On a vraiment l'impression que ce projet va être imposé par le politique à une entreprise qui n'aurait pas forcément besoin de ça dans sa stratégie si elle raisonnait en entreprise."

TENSION

Les syndicats estiment que les moyens d'EDF doivent être en priorité affectés au "grand carénage" des centrales nucléaires françaises et aux investissements dans les réseaux.

Ils déplorent que l'Etat fasse prendre des risques inconsidérés à EDF en s'obstinant à vouloir engager rapidement le groupe dans la construction des deux réacteurs britanniques.

Ils demandent au moins un report de plusieurs années pour permettre à l'entreprise de souffler financièrement et de finir d'essuyer les plâtres de l'EPR de Flamanville, qui accumule les retards comme son frère aîné finlandais.

Les inquiétudes suscitées par Hinkley Point s'ajoutent aux bruits de suppressions d'emploi et au traumatisme provoqué dans le personnel par la récente sortie d'EDF du CAC 40.

"Il y a énormément d'inquiétude et de tension", souligne un dirigeant syndical. "Je ne me souviens pas d'avoir vécu une période aussi lourde. La réaction peut être assez forte."

"Si le gouvernement soutient le PDG d'EDF et un passage en force du projet Hinkley Point, il y aura un conflit et ce conflit risque d'être dur", renchérit un dirigeant de FO.

L'association des actionnaires salariés d'EDF EAS a pour sa part envoyé un mémoire à l'Autorité des marchés financiers (AMF) demandant d'envisager le retrait de l'entreprise de la bourse.

Elle estime que l'Etat actionnaire utilise abusivement EDF pour mettre en oeuvre sa politique industrielle dans la filière nucléaire civile, au détriment des intérêts de l'entreprise et de ses autres actionnaires.

(Avec Jean-Baptiste Vey et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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