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François Hollande joue sa fin de quinquennat sur la loi Travail

reuters.com

Publié le 24 mai 2016 à 19:28 - Mis à jour le 24 mai 2016 à 19:30

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par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Pris au piège d'un mouvement social à haut risque, François Hollande et Manuel Valls ont moins de 15 jours pour tenter de sauver la fin du quinquennat et leur avenir politique, face à une CGT elle-même engagée dans une lutte pour sa survie.

Presqu'aussi impopulaire que le chef de l'Etat, le Premier ministre joue son maintien à Matignon tandis que François Hollande veut éviter d'hypothéquer définitivement ses chances de briguer un nouveau mandat en 2017.

Affaiblie mais toujours bien implantée dans ses bastions traditionnels, la CGT reste résolue à mener jusqu'au bout sa bataille pour le retrait de la loi Travail, soutenue par les syndicats réformistes mais rejetée par l'opinion.

Au fil des jours et des appels à la grève reconductible dans des secteurs aussi stratégiques que les raffineries, la SNCF, l'aérien ou les dockers, la menace d'une paralysie du pays se fait de plus en plus précise à l'approche du coup d'envoi de l'Euro de football, le 10 juin à Paris.

"Ça suffit", a lancé le Premier ministre sur Europe 1, en direct de Jérusalem, où il a passé les derniers jours à tenter de relancer la politique proche-orientale de la France. "Il n'y aura pas de retrait du texte, sinon on ne peut plus réformer."

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Mais en dehors de l'envoi des forces de l'ordre contre les barrages de la CGT et de Force ouvrière, qui bloquent un nombre croissant de raffineries et de dépôts de carburants, les options à la disposition du gouvernement paraissent très limitées.

"CELUI QUI CÈDE PERD LA PARTIE"

"Ça va se jouer d'ici la fin de la semaine. Il faut trouver une solution politique au plus haut niveau", estime un député "hollandais" pour qui "c'est le moment où tout bascule : soit la stratégie de la CGT échoue, soit c'est le 'je ne céderai pas' du gouvernement qui échoue."

Il plaide, comme des "frondeurs" du Parti socialiste, pour l'abandon de l'article 2 du projet de loi, à la fois coeur de ce texte et une de ses dispositions les plus contestées.

Ce très long article réécrit les dispositions du Code du travail relatives à la durée et l'organisation du travail et donne la primauté à la négociation d'entreprise, pour adapter ces règles au plus près des réalités économiques du terrain.

"Si vous enlevez l'article 2, vous enlevez la loi", s'insurge le député socialiste Christophe Sirugue, rapporteur du texte à l'Assemblée nationale, où Manuel Valls a engagé la responsabilité du gouvernement pour le faire adopter en première lecture faute de majorité.

"Je n'ai pas le sentiment que le gouvernement soit dans l'état d'esprit de renoncer", ajoute-t-il. "C'est monté tellement haut que celui qui cède perd la partie."

Il dit avoir repris contact avec les organisations syndicales, à l'exception de la CGT, "pour voir s'il reste des points sur lesquels on peut encore avancer ensemble".

Mais pour Philippe Cossalter, professeur de droit public, le François Hollande et Manuel Valls n'ont pas vraiment le choix.

"L'option la plus probable, c'est, d'ici une semaine, retrait de l'article 2 et sortie de crise progressive pour que la CGT ne perde pas la face", a-t-il déclaré à Reuters.

"Je ne crois pas que le gouvernement puisse se permettre d'avoir un pays bloqué au moment de l'Euro", ajoute-t-il. "Si le 10 juin ce n'est pas réglé, c'est à la fois une catastrophe sociale et pour l'image de la France. Et si François Hollande plante l'Euro, personne ne le lui pardonnera."

Mais pour le politologue Thomas Guénolé, si le chef de l'Etat lache sur le texte, "on verra que le roi est nu et il ne pourra plus gouverner".

"LA PLUS GRANDE DES BATAILLES"

En revanche, pour la CGT, mettre fin à son mouvement sans avoir fait reculer le gouvernement serait un coup très dur.

"C'est quasiment pour elle une question de vie ou de mort et la plus grande des batailles", souligne Philippe Cossalter.

Ce que redoute notamment la CGT, c'est une remise en cause à travers la mise en oeuvre de l'article 2 du rôle des syndicats au niveau national ou dans les branches, explique-t-il.

Selon lui, elle pourrait donc se contenter de la suppression de cet article, si elle n'apparaît pas comme celle qui mettra fin au mouvement actuel de protestation. Reste à savoir si une telle solution est acceptable pour Manuel Valls.

Le Premier ministre s'affiche partisan d'une ligne de fermeté et de refus de nouvelles modifications d'un texte déjà très amendé sous la pression des syndicats réformistes, alors que François Hollande fait plus figure d'homme de compromis.

Interrogé sur les issues possibles à la crise, un autre proche du chef de l'Etat avoue son embarras : "Je ne sais pas, ça prend vilaine allure".

"Amender quoi ? De toute façon ils (la CGT et ses alliés) ne seront jamais contents", prédit-il.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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