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L'Etat a peu de marges d'action pour aider AccorHotels

reuters.com

Publié le 07 juin 2016 à 14:45 - Mis à jour le 07 juin 2016 à 14:50

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Le risque d'un passage d'AccorHotels sous pavillon chinois inquiète au plus haut point le gouvernement français, confronté depuis deux ans à une hémorragie de départs de grands groupes, mais ses marges de manoeuvre tant politiques que financières semblent limitées, voire inexistantes.

François Hollande s'est lui-même déclaré "très attentif à ce que le capital de ce grand groupe à taille mondiale reste diversifié".

"Nous devons veiller à ne pas perdre les centres de décision", a ajouté le chef de l'Etat à propos des visées du groupe chinois Jin Jiang sur Accor, dont il est le premier actionnaire.

Pour l'économiste Elie Cohen, "on peut comprendre qu'il y ait une espèce de sentiment de panique" chez les pouvoirs publics avec cette affaire.

"Jusqu'à présent, le discours dominant était de dire que la France possède plus de grands groupes que ses voisins européens, allemands, italiens et espagnols, et qu'elle est le pays des grandes firmes à défaut d'être celui des PME dynamiques."

"Or, ce à quoi on assiste depuis deux ans maintenant, c'est à une hémorragie accélérée de grandes entreprises françaises, soit des disparitions pures et simples, soit des départs à l'étranger", explique cet économiste classé à gauche.

Alcatel et Alstom, les deux fleurons de l'ancienne Cie générale d'électricité, ont été absorbés par le finlandais Nokia et l'américain GE, Lafarge s'est allié au suisse Holcim et Technip vient d'annoncer son mariage avec l'américain FMC Technologies et son déménagement à Londres.

NE PAS DISPERSER LES EFFORTS

"Pour le gouvernement, voir Alcatel, Alstom, Technip, Lafarge partir à l'étranger c'est traumatisant et il éprouve le besoin de parler. Mais simplement de parler, car sur le fond, il n'a pas de base d'action", souligne Elie Cohen.

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AccorHotels n'entre pas dans le cadre des entreprises "stratégiques" dans lequel les investissements étrangers sont soumis à une autorisation préalable officielle.

Les secteurs concernés, dont la liste a été élargie lors de l'opération GE-Alstom en 2014, sont pour l'essentiel la défense, l'énergie, les transports, les communications électroniques et la protection de la santé publique.

Et financièrement, l'Etat peut difficilement mobiliser des ressources pour venir à l'aide du groupe hôtelier - une prise de participation de 10% a été évoquée dans la presse, pour un milliard d'euros - au moment où il est mobilisé par le sauvetage d'Areva et la consolidation d'EDF, pour lesquels il lui faudra trouver de l'ordre de sept milliards.

"C'est ce que (le ministre de l'Economie) Emmanuel Macron essaye d'expliquer actuellement au gouvernement en disant que, autant il est légitime de s'intéresser au sort d'Areva et d'EDF, autant il ne faut pas disperser ses efforts", déclare Elie Cohen en se faisant l'écho d'une information de presse en ce sens.

JIN JIANG SENSIBLE AUX RÉACTIONS ?

S'il ne parvient pas à organiser un nouveau tour de table du groupe hôtelier, l'Etat français peut tenter de convaincre Jin Jiang "que l'intégration ne marcherait pas et qu'ils ont intérêt à se limiter", estime Jean-François Dufour, analyste chez Montsalvy Consulting spécialisé dans les investissements industriels avec la Chine.

"En général, les Chinois s'avèrent sensibles à la réaction (des gouvernements étrangers), plutôt plus sensibles avec le passage du temps", dit-il en soulignant que le gouvernement chinois est lui aussi concerné "au moins indirectement puisque les groupes privés ont besoin de se financer auprès de banques chinoises sous la houlette des autorités".

Elie Cohen voit mal cependant la France fermer la porte d'AccorHotels à des investisseurs chinois au moment où le gouvernement leur a "déroulé le tapis rouge dans le cadre de sa stratégie d'attractivité".

L'économiste juge que l'aspect chinois du dossier n'est pas l'essentiel. "Le vrai problème c'est que les icônes du capitalisme français tombent les unes après les autres", dit-il en soulignant que la France paye pour son "mépris des actionnaires".

"S'il considérait que le contrôle des groupes français par des actionnaires français était important, les gouvernements successifs n'auraient pas fait la politique qu'ils mènent avec application depuis vingt ans qui vise à décourager toute détention d'actions par les particuliers et même les fonds d'investissement."

"Je crois que les gouvernements à venir vont devoir se poser la question, un peu trop tard, de ce qu'est une politique du capital", conclut Elie Cohen.

(avec Paul Taylor, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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