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Début de contestation au sein du califat de l'Etat islamique

reuters.com

Publié le 29 juin 2016 à 14:07 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:42

Debut de contestation au sein du "califat" de l'ei

Debut de contestation au sein du "califat" de l'ei

© Thaier Al-Sudani / Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Maher Chmaytelli et Isabel Coles

ERBIL, Irak (Reuters) - Ce n'est qu'un M, première lettre du mot résistance en arabe, mais le fait qu'il soit apparu une nuit sur un mur proche de la Grande mosquée de Mossoul, capitale irakienne du "califat" de l'Etat islamique, est le signe d'un début de contestation.

L'initiale d'un mètre de haut environ a été effacée dès le lendemain par les djihadistes de l'EI - c'était il y a trois semaines environ - mais on la voit dans une vidéo montrée par un militant du groupe "Résistance".

Ses membres risquent la peine capitale pour ce simple graffiti.

Près de deux ans après le discours instaurant le califat prononcé, de cette même mosquée, par Abou Bakr al Baghdadi, son chef, l'organisation sunnite fondamentaliste, tout en restant très dure face à une population qui lui est de plus en plus hostile, commence à montrer des signes de faiblesse, selon des responsables irakiens et des personnes ayant réussi à fuir.

"Ils sont durs, mais ils ne sont pas forts", assure le général Nadjm al Djoubbouri, qui dirige l'opération visant à la reconquête de Mossoul et des zones avoisinantes. "Ils sont rejetés par ceux qui les reçoivent."

Les sunnites de la région avaient dans un premier temps bien accueilli les djihadistes, considérés comme des sauveurs face à un gouvernement irakien chiite perçu comme un oppresseur, et des étrangers répondaient par milliers à l'appel d'Abou Bakr Baghdadi à venir mener la guerre sainte.

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Mais aujourd'hui l'EI semble avoir perdu l'avantage au profit de ses nombreux ennemis : armées syrienne et irakienne, forces kurdes de ces deux pays, rebelles sunnites rivaux, milices chiites soutenues par l'Iran, coalition internationale menée par les Etats-Unis qui multiplie frappes aériennes et opérations des forces spéciales contre ses commandants.

LES FONDATEURS DE L'EI PRESQUE TOUS MORTS

Sur les 43 fondateurs de l'EI, 39 ont été tués, selon un bilan fourni par Hicham al Hachimi, un spécialiste basé à Bagdad qui conseille le gouvernement irakien.

Quant à Abou Bakr al Baghdadi, il évolue dans une zone semi-désertique de plusieurs milliers de kilomètres carrés située à l'ouest du Tigre et au sud de Mossoul. Il évite de se rendre en Syrie. Deux de ses proches conseillers y ont été tués cette année : son "ministre de la Guerre", Abou Omar al Chichani (Omar le Tchétchène), et le numéro deux et administrateur du groupe, Abd al Rahman Al Kadouli, rappelle Hicham al Hachimi.

Aujourd'hui, les plus hauts dirigeants de l'EI à côté de Baghdadi sont Abou Mohammed al Adnani, le porte-parole du groupe qui a repris la supervision militaire après la mort d'Omar le Tchétchène, et Abou Mohamed al Chimali, qui supervise les combattants étrangers, et a succédé à Kadouli comme administrateur civil.

Aux dires de commandants militaires kurdes et irakiens, l'EI déploie des combattants moins expérimentés et moins idéologiquement engagés pour défendre ce qu'il reste de son "Etat", désormais attaqué de toutes parts.

Les forces armées irakiennes viennent de reprendre Falloudja, à l'ouest de Bagdad, et se dirigent maintenant vers le Nord, en direction de Mossoul, la grande ville contrôlée par l'EI. Elle comptait deux millions d'habitants avant la guerre.

En Syrie voisine, les forces soutenues par les Etats-Unis, se rapprochent de Manbij, tout près de Rakka, la capitale de fait de l'EI. L'armée syrienne soutenue par la Russie a aussi tenté une percée dans la province de Rakka, mais a pour le moment été repoussée.

"ON FERAIT N'IMPORTE QUOI"

Sur un des fronts au sud de Mossoul, un groupe de femmes déplacées par l'offensive raconte que l'emprise des djihadistes se fait moins forte avec l'avancée des forces irakiennes. Au point de ne plus punir celles qui ne portent pas le voile intégral.

Le nombre de combattants étrangers a beaucoup baissé et le recrutement de combattants locaux apparaît difficile, sauf parmi les jeunes et les populations défavorisées, racontent des personnes qui se sont échappées, parmi lesquelles trois repentis de l'EI qui se sont rendus aux forces kurdes.

"Quand on est un jeune homme et qu'on ne gagne même pas 250 dinars et que quelqu'un vient vous offrir 20.000, 15.000 ou 30.000, on ferait n'importe quoi", explique un ancien de l'EI venu de la région d'Haouidja.

Un autre, Ahmed Ibrahim Abdallah, dit avoir été arrêté et torturé par l'EI pour avoir tenté de fuir. Il a vendu une vache pour payer sa caution et pouvoir prendre le large.

Compte tenu de la pénurie de combattants, des membres de la Hisba, l'institution de contrôle de la bonne application de la charia (loi islamique), sont de plus en plus souvent envoyés au front pour remplacer les combattants tués, racontent des personnes qui se sont enfuies, des responsables militaires irakiens et kurdes et des responsables du renseignement.

Ce qui signifie qu'il y a moins d'hommes pour faire appliquer les règles draconiennes et le code vestimentaire strict de la loi islamique. Mais, relativise un professeur de 28 ans ayant fui récemment de Mossoul, les gens ont si peur des djihadistes qu'ils ne leur désobéissent pas même quand ils ne sont pas là.

COMBIEN DE CARTOUCHES POUR TIRER SUR LES INCROYANTS ?

Le professeur, qui a encore de la famille à Mossoul et souhaite rester anonyme, raconte que le contenu des programmes scolaires a été revu par les djihadistes en fonction de leur idéologie.

Il cite cet exemple de problème de mathématiques donné à ses élèves : "Un combattant a sept chargeurs dans son arme, contenant chacun 30 balles. Combien de cartouches peut-il tirer sur les incroyants ?"

Les cours d'arabes ont également été modifiés. Les élèves doivent trouver les mots manquants dans des phrases telles que : "L'Etat islamique se xxx et se xxx". La réponse est : "maintient" et "développe".

Bien que plus importante en nombre que les djihadistes, la population reste en position de faiblesse. Les habitants ont été désarmés et les forces de l'ordre purgées dans les jours qui ont suivi la prise de Mossoul. Mais les habitants ont tendance à donner de plus en plus d'informations aux forces de sécurité hors de la ville.

Abdoul Rahman al Ouakaa, membre du conseil de la province de Ninive, explique que l'EI a commencé à déplacer ses dirigeants locaux de sorte qu'ils ne puissent plus être identifiés aussi facilement et leurs coordonnées transmises aux forces irakiennes et aux avions de la coalition.

Les djihadistes s'emploient aussi à couper les communications avec le monde extérieur. Des personnes sont exécutées pour avoir utilisé leur téléphone portable. Les antennes de télévision par satellite sont confisquées afin d'empêcher la population de s'informer sur la progression des forces irakiennes.

Les chefs de l'armée irakienne espèrent qu'il y aura un soulèvement contre les insurgés au moment où l'armée se rapprochera de Mossoul. Un général irakien a expliqué à Reuters que ses hommes étaient en contact avec des personnes à l'intérieur de Mossoul pour synchroniser une action de ce genre avec un assaut externe.

L'idée est d'engager les djihadistes sur plusieurs fronts à la fois autour de Mossoul, de les faire sortir de la ville, et de donner ainsi la possibilité à la population de se révolter.

(Danielle Rouquié pour le service français, édité par Tangi Salaün)

reuters.com

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