Une ONG parle d'esclaves d'Etat envoyés par Pyongyang en Europe
reuters.com
reuters.com
LONDRES (Reuters) - La Corée du Nord a envoyé des centaines de personnes travailler en tant qu'"esclaves d'Etat" dans des pays de l'Union européenne, où Pyongyang cherche à contourner les sanctions internationales et à se doter de devises fortes, accusent mercredi des défenseurs des droits de l'homme.
Ces Nord-Coréens travaillent dans les 10 à 12 heures par jour, six jours par semaine, mais ils reversent jusqu'à 90% de leurs salaires à leur Etat, selon l'ONG Alliance européenne pour les droits de l'homme en Corée du Nord (EAHRNK).
La majeure partie d'entre eux sont employés sur des chantiers navals, sur des chantiers du bâtiment et dans des fermes en Pologne. Des Nord-Coréens travaillent également dans des usines textiles à Malte, ou dans d'autres pays comme l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche et les Pays-Bas, selon l'ONG.
L'ambassade de Corée du Nord à Varsovie a démenti que ces travailleurs se voient confisquer leur salaire. "Tout ça est absurde", a dit un fonctionnaire de l'ambassade. "Personne ne leur prend (leurs salaires), ils travaillent et gagnent leur argent".
Les conditions de vie des Nord-Coréens employés en Pologne sont exposées dans un rapport publié mercredi par le centre LeidenAsia aux Pays-Bas, dans le cadre d'un projet conjoint avec l'ONG EAHRNK.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Selon ce rapport, le régime du numéro un nord-coréen, Kim Jong-un, se sert de la main d'oeuvre à l'étranger pour récupérer des devises fortes, dont elle a grandement besoin pour compenser l'impact des sanctions des Nations unies.
OTAGES
Dans un rapport rendu public l'an dernier, les Nations unies estimaient à plus de 50.000 le nombre de Nord-Coréens travaillant à l'étranger, rapportant ainsi à l'Etat entre 1,2 et 2,3 milliards de dollars par an, des chiffres que contestent ou relativisent toutefois certains experts.
La majeure partie d'entre eux travaillent en Russie et en Chine. D'autres sont employés dans des pays d'Afrique et sur des chantiers du bâtiment au Moyen-Orient, notamment au Qatar qui prépare les installations pour la Coupe du monde de football 2022. Mais les pays de l'UE sont à leurs yeux plus attrayants du fait du niveau des salaires, indique le directeur d'EAHRNK, Michael Glendinning.
Les Nord-Coréens n'ont pas de contrats de travail en bonne et due forme, pas de fiches de salaires, ils doivent remettre leurs passeports et voient leurs déplacements limités, indique l'ONG. Ils sont maintenus sous surveillance et doivent participer à des séances d'éducation idéologique.
Sont choisis, pour partir à l'étranger, des hommes mariés qui ont des enfants, lesquels sont gardés en otages en Corée du Nord, explique Glendinning. "S'ils (les travailleurs) venaient à faire défection, leur famille en subit les conséquences dans un camp pour détenus politiques, un camp de rééducation ou, dans les cas extrêmes, par des exécutions", ajoute-t-il.
(Emma Batha; Eric Faye pour le service français)
reuters.com