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Boris Johnson, roi de la bourde, à la tête du Foreign Office

reuters.com

Publié le 14 juillet 2016 à 06:56 - Mis à jour le 14 juillet 2016 à 07:00

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par Estelle Shirbon

LONDRES (Reuters) - L'ancien maire de Londres Boris Johnson, adepte de la bourde et de la provocation, a été nommé mercredi à la surprise générale à la tête de la diplomatie du Royaume-Uni par sa nouvelle Première ministre Theresa May.

L'eurosceptique haut en couleurs et très peu diplomate Boris Johnson n'a jamais occupé de poste ministériel, mais le nouveau secrétaire au Foreign Office a pris la tête de ceux qui prônaient une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pour le référendum du 23 juin dernier et s'est retrouvé dans le camp des vainqueurs quand le Brexit a été choisi par les Britanniques

Sa nomination risque d'être accueillie avec perplexité, voire consternation dans les chancelleries européennes. N'a-t-il pas, lors de la campagne référendaire, comparé les buts de l'UE avec les visées d'Adolf Hitler et de Napoléon ?

L'homme à la tignasse platine ébouriffée s'est aussi vu taxer de racisme durant la campagne pour avoir suggéré dans un article de presse que le président américain Barack Obama, qu'il avait décrit comme "en partie Kényan", avait un préjugé contre le Royaume-Uni en raison "d'une aversion ancestrale de l'empire britannique".

Dès l'annonce de la nomination de Boris Johnson au Foreign Office, le département d'Etat américain a fait savoir qu'il était impatient de travailler avec lui.

Mais ses commentaires sur Barack Obama pourraient lui valoir quelques moments de gêne à Washington. D'autant qu'il n'a pas été en reste sur Hillary Clinton qu'il a comparée à "une infirmière sadique dans un asile d'aliénés". Tout récemment, il a dit avoir peur de se rendre à New York en raison du "risque réel de rencontrer Donald Trump".

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Ses nouvelles fonctions ne semblent pas paralyser Boris Johnson. Interrogé par la chaîne de télévision Sky News pour savoir s'il comptait présenter ses excuses à Barack Obama, l'ex-maire de Londres a choisi de plutôt répondre à l'intervention remarquée qu'avait faite le président américain en faveur d'un maintien du Royaume-Uni dans l'UE pendant la campagne référendaire.

EXCENTRIQUE

Barack Obama avait dit fin avril que le Royaume-Uni pourrait se retrouver "en queue du peloton" en matière d'accords commerciaux s'il décidait de quitter l'UE. Les Etats-Unis, a dit Boris Johnson mercredi sur Sky, seront un partenaire "en tête du peloton".

Cette accession de l'ancien journaliste à l'un des quatre grands ministères du gouvernement est le dernier coup de théâtre d'une carrière pleine de rebondissements de celui que l'on appelle sans façon "Boris".

Agé de 52 ans, Boris Johnson s'est fait un nom quand il était journaliste en poste à Bruxelles prompt à critiquer l'UE. Il est ensuite entré en politique au Parti conservateur tout en se faisant connaître du grand public grâce à une série d'apparitions dans une émission comique à la télévision.

Jouant de son style excentrique et de son esprit rapide pour charmer ses interlocuteurs, il a réussi à survivre à des situations délicates, comme quand il a été limogé de l'équipe dirigeante du Parti conservateur quand celui-ci était dans l'opposition pour avoir menti au sujet d'une relation extra-conjugale.

Mais quand d'autres se seraient effondrés, Boris Johnson est devenu de plus en plus populaire, à tel point qu'il a été élu par deux fois maire de Londres, en 2008 et 2012, dans une ville qui vote habituellement plutôt travailliste.

PARI AUDACIEUX

La décision de l'ex-maire de Londres de faire campagne pour le Brexit et de défier ainsi le Premier ministre David Cameron qui prônait un "remain", a été interprétée comme un pari audacieux pour remplacer le Premier ministre en cas de victoire du camp du Brexit au référendum.

Et quand les électeurs ont finalement voté dans ce sens, Boris Johnson a été présenté comme le favori pour prendre la tête du gouvernement. Mais son triomphe a été de courte durée quand son allié très proche, le ministre de la Justice sortant Michael Gove, lui a lancé la flèche du Parthe en se désolidarisant brutalement de lui pour annoncer sa propre candidature.

Pour expliquer sa trahison, Michael Gove a dit que "Boris n'est pas à même de fournir le leadership ou de constituer l'équipe pour la tâche à venir". C'est ainsi que la marche de l'ex-maire de Londres vers le 10 Downing Street a été stoppée net avant même d'avoir commencé.

Ridiculisé pour avoir joué un rôle déterminant dans la sortie du Royaume-Uni de l'UE pour ensuite renoncer à l'énorme tâche de mettre effectivement en oeuvre ce processus, ses perspectives apparaissaient minces. Et sa nomination mercredi a été un coup de théâtre.

Dans ses précédentes fonctions de ministre de l'Intérieur, Theresa May avait humilié Boris Johnson en refusant d'autoriser l'utilisation en Angleterre de trois canons à eau d'occasion que le maire de Londres s'était procuré en Allemagne.

Dans le discours de lancement de sa propre campagne pour prendre la tête du Parti conservateur et donc devenir Première ministre, Theresa May s'était moquée de lui en comparant sa propre expérience des négociations avec ses homologues européens avec la sienne.

"La dernière fois qu'il a fait affaire avec les Allemands, il est revenu avec trois canons à eau presque neufs", a-t-elle dit sous les rires.

Le rôle de Boris Johnson dans les négociations sur les modalités du Brexit devrait être limité, Theresa May ayant nommé un "Monsieur Brexit" pour ce faire, en la personne de David Davis.

Mais le nouveau ministre des Affaires étrangères aura toutefois à gérer d'autres dossiers tout aussi complexes, notamment ceux des conflits syrien et ukrainien.

"A ce moment extrêmement important, il est extraordinaire que la nouvelle Première ministre ait choisi quelqu'un dont la carrière s'est construite en faisant des blagues", a déclaré Tim Farron, chef de file de l'opposition libérale démocrate.

Malgré de récents efforts pour donner de lui une image plus sérieuse, Boris Johnson risque très vite de se retrouver confronté à l'effet retour de ses blagues douteuses anciennes et récentes, que ce soit à propos de la Turquie, ou des Etats-Unis.

(Avec Michael Holden, Kate Holton, Kylie MacLellan et William James; Danielle Rouquié pour le service français)

reuters.com

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