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Le gouvernement français accusé de "bricolage" sur Alstom

reuters.com

Publié le 04 octobre 2016 à 18:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:22

Le gouvernement francais se defend de tout "bricolage" sur alstom

Le gouvernement francais se defend de tout "bricolage" sur alstom

JACKY NAEGELEN

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le gouvernement a dû se défendre mardi des accusations de "bricolage" lancées après l'annonce du plan de sauvetage du site Alstom de Belfort, qui passera par l'achat par l'Etat de TGV pour les faire rouler à vitesse réduite.

A moins de sept mois de l'élection présidentielle, François Hollande et Manuel Valls ont sans doute évité, avec l'aide du secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue, un nouveau Florange (Moselle), où la fermeture des hauts-fourneaux reste un symbole de l'incapacité du pouvoir à tenir ses promesses.

Les élus locaux et les représentants syndicaux des salariés d'Alstom ont certes manifesté leur soulagement.

Mais ce plan improvisé en trois semaines, après l'annonce par Alstom du transfert en Alsace du site de Belfort, laisse entières les interrogations sur un Etat actionnaire et une politique industrielle jugés défaillants.

La mesure la plus moquée est la commande anticipée par l'Etat, pour environ 500 millions d'euros, de 15 TGV voués à rouler sur des lignes traditionnelles qui ne seront au mieux transformées en liaisons à grande vitesse qu'en 2025-2030, avec les coûts supplémentaires de fonctionnement que cela suppose.

"C'est pire que du bricolage, c'est du bricolage foireux", a déclaré à Reuters l'économiste Nicolas Bouzou, selon qui même "les soviétiques n'auraient pas investi 500 millions d'euros pour faire rouler des TGV à 200 km/h".

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Les dirigeants de l'opposition, candidats à la primaire de droite pour la présidentielle en tête, s'en sont donné à coeur joie. L'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy a ainsi estimé que cette "commande plus ou moins artificielle" repoussait les échéances sans régler le problème structurel d'Alstom à Belfort.

"Tant mieux pour Alstom mais chacun voit bien que ce plan bricolé à la hâte n'est pas à la hauteur du défi que représente le sauvetage véritable de notre industrie ferroviaire", a-t-il dit à des journalistes.

UNE MANOEUVRE CYNIQUE ?

Le co-fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a été plus sévère encore : "Le rafistolage frôle le ridicule : à quoi cela rime-t-il d'acheter 15 rames TGV pour les faire circuler sur des lignes Intercités que le gouvernement veut fermer ou abandonner aux régions pour 75% d'entre elles ?"

Et d'estimer que les annonces gouvernementales sur le site de Belfort n'ont qu'un but : "Eviter cyniquement (sa) fermeture avant l'élection présidentielle."

Il n'y a guère eu que le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, pour défendre le plan annoncé mardi.

"Je trouve bien que l'Etat se mobilise pour maintenir ce site", a-t-il déclaré à Europe 1. Car si Belfort ferme, a-t-il ajouté, "on se lamentera dans quelques années en disant 'il y a des commandes en termes de TGV du futur mais il faut qu'on aille le produire ailleurs qu'en France'."

Interpellé à l'Assemblée nationale, le Premier ministre a reproché à ceux qui accusent le gouvernement de "bidouillage" d'être les mêmes qui lui reprochaient il y a quelques jours de ne pas jouer son rôle d'actionnaires à 20% d'Alstom.

"Ça n'est (...) en rien du bricolage, c'est de la stratégie", a-t-il dit. "Nous assumons le rôle de l'Etat stratège. Nous, nous assumons le rôle des services publics."

Le ministre des Finances, Michel Sapin, a pour sa part défendu l'achat par l'Etat de rames de TGV pour le futur.

PROBLÈMES DE CONCURRENCE ?

"Il n'est pas interdit de se projeter un tout petit peu dans l'avenir en se demandant ce qui serait utile dans quatre ans et qui pourrait être fait dès maintenant", a-t-il dit.

Il a également écarté l'objection selon laquelle la Commission européenne pourrait trouver à redire à cet achat direct de matériel à Alstom par l'Etat.

Des assurances auxquelles ne croit pas Nicolas Bouzou, selon qui il est à craindre que des concurrents d'Alstom "saisissent à un moment ou un autre les instances européennes".

Mais pour cet économiste, les décisions du gouvernement concernant le site de Belfort sont un condensé de "tout ce qu'il ne faut pas faire en matière de politique industrielle", sachant par ailleurs que les carnets de commande d'Alstom sont pleins grâce à ses contrats remportés à l'étranger.

"Dépenser 500 millions d'euros pour éviter de déplacer 400 emplois alors qu'on a besoin ailleurs de cet argent est un non-sens", estime-t-il. Il déplore aussi que l'Etat et la SNCF n'aient jamais montré une vraie volonté de développer le fret ferroviaire en France, ce qui donnerait du travail à Alstom.

Les décisions annoncées mardi paraissent en outre en décalage avec les questions que se posent depuis quelques temps différentes instances sur la pertinence du tout TGV.

Des sénateurs ont recommandé fin septembre de geler pendant 15 ans le financement de nouvelles LGV afin d'investir dans la rénovation du réseau ferré existant.

Quant à la Cour des comptes, elle considère dans un rapport publié jeudi que la priorité accordée depuis des années au transport de passagers par TGV est "un modèle à bout de souffle au coût devenu non soutenable".

(Avec Gwénaëlle Barzic, Gilles Guillaume et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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