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Theresa May dans la fosse aux lions du Conseil européen

reuters.com

Publié le 19 octobre 2016 à 15:11 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:19

Premier conseil europeen pour theresa may

Premier conseil europeen pour theresa may

HANNAH MCKAY

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Alastair Macdonald et Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - Nul ne s'attendait à ce que le premier Conseil européen de Theresa May soit une partie de plaisir, mais sa rencontre avec ses homologues jeudi à Bruxelles risque de tourner au vinaigre à présent qu'elle semble avoir choisi l'option d'un "hard Brexit".

Dans un premier temps, la Première ministre britannique, qui a succédé à David Cameron au 10, Downing Street dans la foulée du référendum du 23 juin, avait entretenu le flou sur la façon dont elle entendait gérer le divorce.

"Brexit means Brexit" (Brexit signifie Brexit), se contentait-elle de dire.

Mais le 2 octobre, devant les membres de son Parti conservateur réunis en congrès annuel à Birmingham, l'ex-ministre de l'Intérieur a abattu ses cartes : elle qui avait fait discrètement campagne pour le maintien dans l'UE a promis d'engager les négociations d'ici fin mars 2017, de juguler l'immigration européenne et de ne plus reconnaître les arrêts de la Cour de justice de l'Union.

Prises au dépourvu, les capitales européennes y ont vu les ingrédients d'un "hard Brexit", une sortie radicale qui placerait la question migratoire au-dessus des avantages commerciaux et de l'accès au marché unique.

Jeudi soir à Bruxelles, lors du café qui clôturera la première des deux journées de travail, quand Theresa May informera ses pairs de ses projets, ses partenaires écouteront attentivement dans l'espoir du moindre signe de souplesse.

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"POUR LE MOMENT, LE TRAIN VA DROIT DANS LE MUR"

A Londres, certains estiment que la Première ministre réfléchit encore : son ministre des Finances, Philip Hammond, partisan d'un divorce "en douceur", l'a ainsi informée qu'il n'avait pas l'intention de démissionner, rapporte mercredi le Daily Telegraph.

A Bruxelles, responsables et diplomates européens ne s'attendent guère à un assouplissement.

"Comment tout cela va-t-il se terminer ? Nul ne le sait. Mais pour le moment, le train va droit dans le mur", observe un haut responsable européen.

"On ne s'interdit pas de réfléchir. On invente, puisque c'est la première fois qu'on fait cela. C'est un terrain que l'on défriche", fait remarquer un autre diplomate.

Les Vingt-Sept vont s'attacher à opposer jeudi et vendredi un front uni à leur homologue britannique. "Il y a un surprenant degré de consensus. Nul ne veut donner d'ouverture aux Britanniques", note un responsable de l'UE.

Au lendemain du discours de Birmingham, plusieurs dirigeants européens ont salué la fin de l'incertitude sur le calendrier de des négociations formelles, qu'enclenchera l'activation par Londres de l'article 50 du traité de Lisbonne.

Pour le reste, des conseillers d'Angela Merkel ont dit avoir trouvé "menaçants et rudes" les propos tenus lors du congrès du Parti conservateur et François Hollande a estimé que les Britanniques avaient opté pour un "Brexit dur" dont ils devraient assumer les conséquences.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s'est entretenu mardi avec Theresa May et ne s'attend pas à une nouvelle discussion lorsqu'elle se sera exprimée lors du sommet.

Certains dirigeants seraient pourtant enclins à accéder à une partie des exigences de Londres afin de faciliter l'ouverture des négociations formelles, qui ne devront pas excéder deux ans. D'autres refusent en revanche l'idée de "négociations préalables" avant l'activation de l'article 50.

POUR TUSK, "PAS DE COMPROMIS"

Début 2015, les Européens avaient accepté des compromis réclamés par David Cameron, avec l'espoir faciliter la victoire du camp du maintien dans l'UE au référendum de juin.

Mais avec Cameron, souligne un troisième responsable européen, "nous étions dans le même camp" - l'ex-Premier ministre a fait campagne contre le Brexit. "Aujourd'hui, c'est différent", ajoute-t-il, Londres d'un côté et les Vingt-Sept de l'autre poursuivant des objectifs divergents.

Les Européens sont particulièrement soucieux d'empêcher tout accès au marché unique sans respect des quatre libertés fondamentales de circulation - biens, services, capitaux et surtout personnes -, quand les Britanniques veulent pouvoir juguler l'immigration en provenance de pays européens.

Theresa May l'a d'ailleurs répété mercredi au Parlement britannique: le vote du 23 juin "était un vote pour s'assurer que nous ayons le contrôle des mouvements de personnes arrivant au Royaume-Uni en provenance des pays de l'UE".

Dans son expression publique, Donald Tusk n'a laissé aucun espace au doute : "Il n'y aura pas de compromis", a dit l'ancien Premier ministre polonais la semaine dernière à l'European Policy Centre.

"Il est inutile de spéculer sur un 'Brexit en douceur' (...) A mon avis, la seule alternative au 'Brexit dur', c'est 'Pas de Brexit', même s'il n'y a aujourd'hui pas grand monde pour croire en cette possibilité", a-t-il ajouté.

Des sources européennes font valoir qu'en coulisses, des représentants britanniques s'efforcent de préserver des options qui permettraient de maintenir des liens plus proches avec l'UE.

Londres, rapportait le Financial Times, pourrait ainsi continuer à contribuer au budget européen pour financer les subventions aux pays d'Europe de l'Est.

"May parle de 'Brexit dur' mais d'autres disent qu'on peut peut-être arranger les choses", dit un responsable européen déjà cité.

Comme si le discours de Birmingham était à usage interne, fait pour unifier le parti derrière une dirigeante non élue. Et non à poser les bases de la négociation avec Bruxelles.

(avec Elizabeth Pineau et Yves Clarisse à Paris, Elizabeth Piper et Kylie MacLellan à Londres, Noah Barkin à Berlin et Crispian Balmer à Rome; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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