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La "transgression" d'Edouard Philippe bouscule la droite

reuters.com

Publié le 15 mai 2017 à 17:27 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:27

La "transgression" d'edouard philippe bouscule la droite

La "transgression" d'edouard philippe bouscule la droite

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La direction des Républicains s'est attachée lundi à relativiser la nomination du "juppéiste" Edouard Philippe à Matignon en regrettant "une décision individuelle", mais la transgression du député-maire du Havre ouvre une brèche dangereuse dans un parti déjà fracturé par la primaire et la présidentielle.

Quand bien même l'hémorragie se limiterait à quelques personnalités, surtout des proches d'Alain Juppé, la stratégie "déstabilisatrice" d'Emmanuel Macron laisse déjà des traces.

"Je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras pour que le coût de la rupture soit de leur côté", expliquait le futur président dans l'émission "Envoyé spécial" diffusée jeudi dernier.

En portant la manoeuvre sarkozyste de l'ouverture à son point ultime avec la désignation d'un chef de gouvernement de centre-droit, Emmanuel Macron fragilise aussi la campagne de LR et de l'UDI pour les élections législatives des 11 et 18 juin.

Le comité de campagne, qui s'était réuni lundi matin sous la présidence de François Baroin, a minimisé l'événement en soulignant qu'il ne s'agissait "en aucun cas d'une coalition gouvernementale mais bien d'une décision individuelle".

"Nous constatons ce choix, nous le regrettons mais nous ne nous y arrêtons pas", a déclaré sur France 2 François Baroin, chef de file des 577 candidats LR et UDI aux législatives.

"Il fait un choix", a-t-il ajouté. "Je lui souhaite une bonne réussite mais il fera campagne évidemment pour la défaite aussi de nos candidats".

Vendredi sur BFM TV, François Baroin avait dit ne pouvoir "imaginer une seconde que quelqu'un de chez nous puisse rentrer 'en marche', du jour au lendemain, et faire campagne aux côtés de ceux dont nous avons au fond combattu le projet lors de la présidentielle".

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Bernard Accoyer, secrétaire général de LR, a pressé Edouard Philippe de sortir de l'ambiguïté. "Ce Premier ministre soutiendra-t-il les candidats En Marche, du président de la République qui vient de le nommer, ou soutiendra-t-il les candidats LR-UDI, ceux de sa famille politique?"

"UNE PARTIE DU MESSAGE DE JUPPÉ"

Des parlementaires LR ne cachaient pas leur amertume face à ce "coup de poignard dans le dos", selon l'un d'eux, à l'amorce de la campagne de la "Majorité pour la France". "Ça peut nous coûter une cinquantaine de députés", s'inquiète un élu.

"Il faudra qu'il nous explique comment il fera campagne contre des candidats qu'il soutenait encore la semaine dernière", a lâché Daniel Fasquelle, trésorier de LR, devant la presse, avant de twitter : "Puisqu'Emmanuel Macron aime tant la droite, offrons lui en juin une majorité".

Les germes de la division, nés de l'impossible campagne de François Fillon et de sa défaite au premier tour de la présidentielle, sont pourtant bien là.

Dénonçant les "anathèmes" et les "caricatures", 21 élus de la droite et du centre ont appelé lundi la droite et le centre à "répondre à la main tendue par le président de la République".

Parmi eux Christian Estrosi, Gérald Darmanin, ancien coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la primaire, les "lemairistes" Thierry Solère et Delphine Bürkli, de nombreux "juppéistes" tels que Christophe Béchu, Franck Riester, Dominique Bussereau ou Fabienne Keller, qui ont tous en commun d'avoir pris leurs distances avec François Fillon durant la campagne présidentielle.

A la cohabitation frontale qu'appelle de ses voeux François Baroin, ils opposent leur volonté d'une coopération "au service de l'intérêt général". "Je pense que beaucoup d'éléments de programme se ressemblent, il faut identifier les points où il peut y avoir accord", a expliqué Fabienne Keller sur BFM TV.

"Macron fait vivre une partie du message de Juppé", estime Jean-Baptiste Lemoyne, le sénateur LR qui a rallié En Marche! en mars et pourrait intégrer mardi le gouvernement d'Edouard Philippe, qui s'est présenté comme "un homme de droite" lors de la passation de pouvoir avec Bernard Cazeneuve.

"LA DROITE TIENT LE CHOC"

D'autres pourraient le suivre, comme Christophe Béchu, Arnaud Danjean ou Franck Riester, si l'on en croit des rumeurs récurrentes dans les coulisses politiques. Gilles Boyer, son ami, a prévenu qu'il siégerait dans l'opposition s'il est élu en juin. Jean-Baptiste Lemoyne juge lui que la décision d'Edouard Philippe aura un effet "libérateur" pour des élus.

"Des élus secondaires", corrige un haut responsable de LR, qui souligne que le père spirituel du nouveau Premier ministre, Alain Juppé, a salué sa nomination sans toutefois l'adouber.

Le maire de Bordeaux, qui a démenti vendredi avec véhémence avoir conclu un accord avec Emmanuel Macron, a de nouveau renvoyé à l'après-législatives le scénario d'un éventuel pas-de-deux entre la droite et "La République en marche", précisant qu'il soutiendrait les candidats investis par LR et l'UDI.

"Si la droite et le centre ne sont pas majoritaires à l'Assemblée nationale, le pays ne comprendrait pas que nous nous engagions dans une opposition systématique. Il faudra alors trouver les voies et les moyens d'un travail constructif dans l'intérêt de la France", a-t-il dit à des journalistes.

Selon plusieurs sources au sein de LR, l'ancien Premier ministre aurait déconseillé à Edouard Philippe de franchir le Rubicon. Une source au fait des discussions entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe nuance : "Alain Juppé n'a jamais retenu personne, il comprend les raisons".

"Tu ne casses pas la droite si tu n'as pas un accord avec Juppé", résume un "juppéiste". "Edouard Philippe vient avec une armée légère", relève un autre.

"Soit on accepte d'être supplétif, soit on veut être décisif et, pour être décisif, il faut attendre le résultat des élections législatives", a tranché sur RTL Brice Hortefeux, lieutenant de Nicolas Sarkozy.

"Les poids lourds de la droite ne voudront pas céder aux sirènes. La droite tient le choc. Ceux qui sont tentés de suivre, c'est du petit calibre", veut croire un autre proche d'Alain Juppé.

(Avec Elizabeth Pineau, Emmanuel Jarry, Claude Canellas à Bordeaux et Service France, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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