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Hulot, la mauvaise conscience écologique au gouvernement

reuters.com

Publié le 17 mai 2017 à 14:28 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:26

Hulot, la mauvaise conscience ecologique au gouvernement

Hulot, la mauvaise conscience ecologique au gouvernement

Stephane Mahe

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Aiguillon et mauvaise conscience écologique de tous les gouvernements français depuis 25 ans, Nicolas Hulot passe à 62 ans du côté de l'action en prenant les rênes du ministère de la Transition écologique et solidaire avec rang de ministre d'Etat.

Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient tour à tour tenté en vain de convaincre cet ancien journaliste et animateur de télévision de franchir le pas.

"Je n'étais pas prêt", confiait Nicolas Hulot à Reuters en septembre 2015 dans le bureau qu'il occupait alors au Palais de l'Elysée en tant qu'envoyé spécial de François Hollande pour les questions climatiques et la COP21.

Prié de dire s'il songeait à faire de la politique après cette mission, il répondait alors : "C'est l'option la moins envisagée parce que c'est celle qui me fait le moins envie."

Mercredi, sur son compte Twitter, il a expliqué son choix, qui le propulse aussi au rang de ministre d'Etat.

"Ceux qui me connaissent savent qu'être ministre n'est pas pour moi un objectif en soi", a-t-il écrit. "Cependant, j'ai l'intention, sans en avoir la certitude, que la donne politique ouvre une nouvelle opportunité d'action que je ne peux pas ignorer. Je considère surtout que l'urgence de la situation m'impose de tout tenter pour faire émerger le nouveau modèle de société que nous appelons collectivement de nos voeux."

Selon l'ex-porte-parole de la "Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme" (FNH) Matthieu Orphelin, ce qui a changé c'est "l'aggravation de l'urgence écologique, l'obligation d'avoir des résultats à court terme et de préserver l'accord de Paris" sur la lutte contre le réchauffement climatique.

Un accord contesté par le très climato-sceptique Donald Trump, qui a entrepris de défaire tout ce que son prédécesseur démocrate, Barack Obama, a pu réaliser dans ce domaine.

"Nicolas a eu l'assurance que la transition énergétique et écologique seraient au coeur du programme gouvernemental", ajoute Matthieu Orphelin, qui a joué les éclaireurs comme conseiller d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle et sera lui-même candidat de La République en marche aux législatives.

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Emmanuel Macron et Nicolas Hulot se sont vu ou téléphoné à plusieurs reprises durant la campagne et ces jours-ci, précise ce proche, selon qui plusieurs points du programme écologique du chef de l'Etat s'inspirent de propositions de la FNH.

C'est à la suite d'un de ces entretiens que l'ex-ministre de l'Economie de François Hollande a promis entre les deux tours de la présidentielle de reconsidérer sa position sur le traité de libre échange Union européenne-Canada (Ceta).

USHUAÏA

Né le 30 avril 1955 à Lille, marié, père de deux garçons, il est le fils d'une visiteuse médicale et d'un chef d'entreprise ancien chercheur d'or au Vénézuéla, d'où peut-être son goût pour les aventures lointaines qu'il mettra en scène à la télévision.

Son grand-père paternel, un architecte, aurait dit-on pour sa part inspiré au cinéaste Jacques Tati le personnage principal de son film "Les vacances de M. Hulot".

Après des petits boulots, il est engagé comme photographe par l'agence Sipa, part en reportage au Guatemala, en Afrique du Sud ou en Rhodésie. Il entre ensuite à la radio et à la télévision, où sa carrière décolle à la fin des années 1980 avec l'émission "Ushuaïa, le magazine de l'extrême".

Il devient peu à peu un des porte-parole médiatique de la défense de la nature grâce à la notoriété de cette émission, alors que s'affirme au fil des ans son engagement écologique.

"J'ai passé une grande partie de ma vie dans les endroits les plus variés et j'ai pu mesurer la rapidité avec laquelle nous étions en train de détériorer notre écosystème", expliquait Nicolas Hulot à Reuters en 2015.

Il crée en 1990 une fondation qui prendra son nom actuel en 1995 et sera reconnue d'utilité publique. Au fil des années, son engagement prend un tour de plus en plus politique.

C'est ainsi qu'il conseille successivement Laurent Fabius, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, multiplie les interventions dans les cénacles politiques.

En 2007, il propose aux candidats à la présidentielle de signer un "pacte écologique", ce qu'ils font tous, à l'exception du fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen.

De ce pacte découlera le "Grenelle de l'environnement", lancé par Nicolas Sarkozy, une vaste consultation associant organisations non gouvernementales et partenaires sociaux.

PRAGMATISME

Nicolas Hulot tente une nouvelle incursion dans le monde politique en se présentant en 2011 à la primaire d'Europe Ecologie-les Verts (EELV) mais est battu par Eva Joly.

En 2016, il renonce à se présenter à la présidentielle de 2017 malgré de nombreuses sollicitation. Il explique alors ne pas se sentir assez armé et aguerri pour "endosser l'habit de l'homme providentiel" mais n'en continue pas moins à essayer d'influencer en sous-main les projets des principaux candidats.

S'il est une des figures médiatiques les plus populaires en France, Nicolas Hulot a régulièrement été la cible de critiques de militants écologistes, notamment en raison des liens entre sa fondation et des grands groupes comme EDF ou L'Oréal.

Des liens assumés par l'écologiste, qui dit avoir accepté l'aide financière de ces entreprises à deux conditions : "Que ce mécénat n'entrave en rien la liberté d'action de la fondation et encore moins ma liberté de parole."

"Quand j'ai exprimé mes différences sur le nucléaire, je ne me suis pas posé la question de savoir si ça plaisait aux uns ou aux autres", dit-il. "C'est du partenariat qui contraint plutôt les mécènes à évoluer que l'inverse."

"J'ai considéré que si on ne dialoguait pas avec le monde de l'entreprise, on n'aurait aucune chance d'avancer", ajoute-t-il. "Parce que le nerf de la guerre, c'est aussi l'argent et si ma fondation a autant contribué à faire bouger le paysage français, c'est parce qu'on s'est doté des moyens qu'il fallait."

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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