Merkel et les réfugiés: comment la chancelière a rebondi
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Merkel et les refugies: comment la chanceliere a rebondi
Wolfgang Rattay
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Merkel et les refugies: comment la chanceliere a rebondi
Wolfgang Rattay
par Noah Barkin
BERLIN (Reuters) - Deux ans après avoir ouvert les frontières de l'Allemagne aux réfugiés, et vu sa popularité chuter en conséquence, Angela Merkel est aujourd'hui applaudie dans les meetings lorsqu'elle évoque la crise migratoire de 2015.
Avec ce message qui séduit son auditoire: l'Allemagne doit être fière d'avoir généreusement accueilli des centaines de milliers de demandeurs d'asile fuyant guerres et persécutions, mais "ce qui s'est produit il y a deux ans ne peut pas et ne doit pas se reproduire".
Cette phrase à double sens, la chancelière la répète à volonté dans ses discours de campagne en vue des élections législatives du 24 septembre, qu'elle aborde en grande favorite.
"Beaucoup de gens aiment cette image de l'Allemagne comme modèle de vertu humanitaire. En même temps, ils savent que leur pays ne peut pas continuer à recevoir des réfugiés comme il l'a fait. C'est à cet ensemble de sentiments que Merkel fait appel", analyse Robin Alexander, auteur d'un livre à succès sur la gestion de la crise des réfugiés par le gouvernement allemand.
C'est en septembre 2015 qu'Angela Merkel a annoncé sa décision de ne pas fermer la porte aux réfugiés venus de Syrie ou d'autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique. Fin 2015, 890.000 demandeurs d'asile étaient entrés sur le territoire allemand, la plupart sans documents d'identité valides, submergeant les communautés locales.
"NOUS Y ARRIVERONS"
L'initiative d'Angela Merkel (illustrée par son fameux: Wir schaffen das - "Nous y arriverons") a divisé l'Europe et alimenté la xénophobie, favorisant l'essor du parti de droite extrême Alternative pour l'Allemagne (AfD).
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Un an plus tard, après un été marqué par plusieurs attaques de faible ampleur revendiquées par des islamistes, la cote de popularité de la chancelière avait plongé de trente points pour tomber à 45%.
Aujourd'hui, 63% des Allemands estiment que la dirigeante conservatrice fait du bon travail et, à en croire une vaste enquête d'opinion de la fondation Bertelsmann publiée début septembre, 59% jugent que leur pays va dans la bonne direction.
"Le chemin a été long et difficile", se souvient l'un de ses plus proches conseillers. "Mais nous sommes parvenus à un stade où la question des réfugiés n'est plus un élément négatif pour Merkel dans la campagne électorale."
Des événements internationaux comme le vote des Britanniques en faveur du Brexit ou l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ont joué en faveur de la chancelière, renforçant a contrario son image de garante d'une certaine stabilité, alors qu'elle brigue un quatrième mandat consécutif.
Beaucoup moins commentée, la décision des Macédoniens, début 2016, de fermer leur frontière avec la Grèce a contribué à tarir le flot des réfugiés, allégeant la pression sur l'Allemagne. Et l'attentat au camion bélier du marché de Noël de Berlin, qui a fait douze morts en décembre 2016, n'a pas modifié la donne.
LES GAGNANTS DE LA MONDIALISATION
Lors de ses nombreux meetings, des groupes de manifestants hostiles à l'immigration cherchent régulièrement à perturber ses discours aux cris de "Merkel doit partir !"
A Steinhude, un petit village de pêcheurs du nord de l'Allemagne où elle faisait campagne récemment, la chancelière a vu une de ces militantes brandir une pancarte la représentant avec ces mots: "Je vous offre la terreur, la mort et le chaos."
Mais la dizaine de manifestants présents n'ont guère pu faire entendre leurs voix face aux partisans de la chancelière, comme Willi Kordes, 70 ans, patron d'une usine de traitement de déchets. "Je ne suis pas sûr qu'il y avait un autre moyen de gérer cette crise des réfugiés. Il fallait bien qu'ils aillent quelque part", dit-il.
Angela Merkel est également aidée par le fait que le nombre des arrivées de demandeurs d'asile a fortement baissé en 2016 (280.000) et devrait encore diminuer cette année.
La chancelière le met à son crédit, en insistant sur l'accord qu'elle a conclu au nom des Européens avec la Turquie en mars 2016, en vertu duquel Ankara s'est engagé à réduire le nombre de migrants arrivant en Europe.
Mais ses adversaires jugent que c'est la fermeture des frontières des pays situés sur la route des Balkans - à laquelle Merkel s'est publiquement opposée - qui a été le véritable facteur de réduction de l'immigration.
Des pays comme la Macédoine ou la Hongrie auraient fait le "sale boulot" pour Merkel, lui permettant de conserver une image de dirigeante bienveillante.
Cette approche a en tout cas permis à la chancelière d'étendre son emprise sur le centre de l'échiquier politique. Des électeurs sont peut-être partis vers l'extrême droite mais des enquêtes suggèrent qu'une nouvelle génération d'Allemands jeunes, urbains, traditionnellement marqués à gauche, pourraient voter CDU-CSU.
L'économie allemande a été assez forte pour absorber l'afflux de réfugiés sans séisme social.
"Les Allemands sont incroyablement tolérants et ouverts sur le monde", résume Mennon Smid, directeur de l'institut Infas pour les sciences sociales appliquées, qui a publié le mois dernier une étude montrant que les réfugiés sont majoritairement bien acceptés en Allemagne. "Nous sommes les gagnants de la mondialisation. Les facteurs économiques qui ont mené à Trump n'existent tout simplement pas."
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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