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Dans le nord d'Arakan, la terre brûlée des Rohingya

reuters.com

Publié le 28 septembre 2017 à 16:29 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:54

Dans le nord d'arakan, la terre brulee des rohingya

Dans le nord d'arakan, la terre brulee des rohingya

Soe Zeya Tun

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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MAUNGDAW, Birmanie (Reuters) - Le long de la grande route qui s'étend sur une quarantaine de kilomètres au nord de la ville de Maungdaw, dans l'Etat birman d'Arakan (Rakhine), pratiquement tous les villages ont été réduits en cendres. Ils abritaient des dizaines de milliers de personnes.

Des vaches errent par centaines dans les communautés vidées de leurs habitants et les rizières calcinées. Des chiens affamés dévorent de petites chèvres.

Le silence règne dans les mosquées, les écoles ou sur les marchés de la minorité musulmane Rohingya. Ils débordaient auparavant d'activité.

Près de 500 personnes ont été tuées et 480.000 Rohingya ont fui au Bangladesh depuis le lancement par les forces de sécurité birmanes d'une vaste opération de sécurité après l'attaque d'une trentaine de postes de police et d'une base militaire par des insurgés musulmans le 25 août dernier.

Les violences ont également fait 30.000 déplacés parmi la population non musulmane.

Le gouvernement rejette les accusations de nettoyage ethnique, incendie volontaire, viol et exécutions arbitraires visant l'armée birmane.

Malgré les sévères restrictions imposées par les autorités birmanes aux déplacements dans le nord de l'Arakan, des reporters de Reuters ont pu se rendre dans la région début septembre, visitant les villes de Maungdaw, Buthidaung et Rathedaung et traversant la région la plus touchée par les violences, le long de la route reliant Maungdaw à Kyein Chaung.

DESTRUCTIONS

Les images satellite montrent que des dizaines de milliers de maisons dans 214 villages situés dans le nord de l'Arakan ont été rasées, selon l'organisation Human Rights Watch. L'Onu a comptabilisé 20 km² de structures détruites.

Le gouvernement birman estime à plus de 6.800 le nombre d'habitations incendiées, des destructions qu'il impute aux rebelles de l'Armée du Salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA), responsable des attaques du 25 août.

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"Selon les informations dont nous disposons, ce sont les terroristes qui ont commis ces incendies", déclare Zaw Htay, porte-parole de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi.

Lors de leur voyage, les journalistes de Reuters ont pu discuter brièvement avec des habitants, mais la plupart avaient peur de s'exprimer devant des étrangers et l'essentiel des interviews s'est fait par téléphone, hors de la zone d'opération de l'armée.

Kamal Hussein, 22 ans, originaire d'Alel Than Kyaw, au sud de Maungdaw, raconte que son village a été détruit début septembre, alors qu'il était déjà réfugié au Bangladesh.

Des foules appartenant à l'ethnie majoritaire Rakhine "ont versé de l'essence sur les maisons", dit-il. "Ensuite ils sont partis et les militaires ont tiré au lance-grenades sur une maison pour déclencher l'incendie."

Selon Zaw Htay, des Rakhines ont pu incendier des bâtiments vides dans la région. "Nous avons demandé au gouvernement régional de prendre des mesures à ce propos", assure-t-il.

MENACES

Les dégâts provoqués par les incendies sont particulièrement étendus à Maungdaw, où ont eu lieu les principales attaques des insurgés. La ville, où les communautés bouddhiste, musulmane et hindoue coexistaient, est désormais séparée en ghettos, les Rohingya vivant pour la plupart terrés chez eux.

Environ 450 maisons situées dans les quartiers musulmans de la ville ont été incendiés au cours de la première semaine qui a suivi les attaques, affirme HRW en s'appuyant sur les photos par satellite.

"Ceux qui avaient stocké de la nourriture l'ont revendue et ont utilisé l'argent pour fuir au Bangladesh", dit Mohammad Salem, 35 ans, qui vend des produits cosmétiques sur un marché de Maungdaw.

A Rathedaung, 16 villages Rohingya sur 21 ont été brûlés, disent habitants et travailleurs humanitaires. Sur les cinq villages restants, deux sont privés de vivres et menacés par des voisins hostiles de l'ethnie Rakhine.

Tin Tun Soe, un administrateur Rakhine à Chein Khar Li, où un poste de sécurité a été attaqué fin août, a déclaré que la réponse de l'armée avait été rapide et que tous les Rohingya avaient été chassés de son secteur.

Près de 1.600 maisons ont été brûlées au lendemain des attaques, dit-il, tout en rejetant la responsabilité de ces incendies sur les Rohingya.

"Ils sont tellement nombreux. Quand ils sont là, nous avons peur de vivre", déclare ce responsable. "Je suis très heureux qu'ils soient tous partis désormais."

(Wa Lone et Shoon Naing à Rangoun, avec Simon Lewis à Cox's Bazar; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

reuters.com

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