Bagdad impose un blocus aérien au Kurdistan après le référendum
reuters.com

Les kurdes d'irak campent sur leurs positions malgre les pressions
Alaa Al-Marjani
reuters.com

Les kurdes d'irak campent sur leurs positions malgre les pressions
Alaa Al-Marjani
ERBIL, Irak (Reuters) - Les autorités de Bagdad ont imposé vendredi un blocus aérien au Kurdistan autonome irakien pour l'obliger à renoncer au contrôle de ses aéroports et à annuler le résultat de son référendum sur l'indépendance, ce qu'il refuse.
Le dernier vol international en partance de l'aéroport d'Erbil a décollé vers 17h00 (14h00 GMT) à destination d'Istanbul, une heure avant que l'interdiction de tout vol international à destination ou en provenance des aéroports d'Erbil et Souleimanieh entre en vigueur, à 15h00 GMT.
Les vols intérieurs sont en revanche maintenus, ce qui signifie que les voyageurs se rendant au Kurdistan devront transiter par Bagdad.
Selon la chaîne kurde Rudaw, quelque 400 entreprises de voyage et tourisme seront directement affectées par cet embargo, qui menace environ 7.000 emplois.
Le Premier ministre irakien, Haïdar al Abadi, a assuré dans un communiqué diffusé vendredi que la suspension des vols internationaux n'était pas "une punition pour les habitants de la région, mais une mesure constitutionnelle décidée par le gouvernement dans leur intérêt".
L'Irak, la Turquie et l'Iran ont également exigé du gouvernement régional kurde (GRK) qu'il restitue les postes-frontières aux forces irakiennes après la large victoire du "oui" - près de 93% - au référendum d'autodétermination de lundi dans les territoires kurdes du nord de l'Irak.
Les trois pays demandent l'annulation du résultat du vote et menacent les Kurdes de sanctions, voire d'une intervention militaire, s'ils n'obtempèrent pas.
APPEL DE L'AYATOLLAH SISTANI
Le principal dignitaire chiite irakien, l'ayatollah Ali al Sistani, est à son tour intervenu dans le débat vendredi en appelant le GRK à "revenir dans la légalité constitutionnelle" en préférant l'autonomie à l'indépendance.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La Turquie a annoncé jeudi qu'elle ne traiterait qu'avec le gouvernement de Bagdad des dossiers liés aux exportations de pétrole brut, tandis que selon l'agence de presse iranienne Tasnim, Téhéran a interdit vendredi aux sociétés iraniennes de transporter du pétrole de ou vers le Kurdistan irakien.
Le pétrole est la principale source de revenus du Kurdistan irakien et est en grande partie exporté grâce à un oléoduc qui passe par la Turquie.
Malgré ses menaces, Ankara s'est jusqu'à présent gardée de prendre des mesures contre le GRK. Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a assuré que d'éventuelles sanctions ne viseraient que les organisateurs du référendum, et pas les civils du nord de l'Irak dans leur ensemble.
Les autorités kurdes se disent prêtes à soutenir un blocus grâce à leur autosuffisance en pétrole, en électricité et sur le plan agricole. Elles rappellent aussi que les trois-quarts des camions qui entrent au Kurdistan depuis la Turquie se rendent ensuite dans des territoires contrôlés par Bagdad, si bien que l'économie de ces deux pays serait tout autant affectée par une fermeture de la frontière.
Les Nations unies ont proposé leur médiation pour sortir de l'impasse, a déclaré jeudi le ministre irakien des Affaires étrangères, Ibrahim al Djafari, après avoir rencontré l'émissaire de l'Onu en Irak, Jan Kubis.
(Maher Chmaytelli, avec Tulay Karadeniz à Ankara; Tangi Salaün et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
reuters.com