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Jawad Bendaoud, le logeur des djihadistes du 13 novembre, relaxé

reuters.com  |   |  619  mots
Le logeur des djihadistes du 13 novembre relaxe[reuters.com]
(Crédits : Christian Hartmann)

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé mercredi Jawad Bendaoud, qui avait procuré un logement à l'organisateur présumé des attentats du 13 novembre 2015, Abelhamid Abaaoud, après cette tuerie qui a fait 130 morts et plus de 400 blessés.

Il a en revanche condamné ses deux co-prévenus, Mohamed Soumah, un petit trafiquant de drogue de 28 ans, à cinq ans de prison avec maintien en détention, et Youssef Aït-Boulahcen, ambulancier de 25 ans et cousin d'Abaaoud, à quatre ans dont un avec sursis, sans mandat de dépôt.

Le parquet de Paris a aussitôt annoncé qu'il faisait appel de ces décisions, "ne partageant pas l'analyse du tribunal" pour ce qui est le premier procès lié aux attentats de 2015, en attendant celui d'un survivant des commandos, Salah Abdeslam.

Selon une source judiciaire, cela ne remet cependant pas en cause la remise en liberté de Jawad Bendaoud, 31 ans, dans la mesure où il n'est pas détenu aujourd'hui pour d'autres causes.

Le ministère public avait requis quatre ans de prison contre ce délinquant multirécidiviste jugé pour recel de terroristes.

Mais la présidente du tribunal a jugé que ni l'instruction, ni l'audience n'avaient prouvé qu'il avait "fourni un hébergement à deux individus qu'il (savait) être des terroristes du 13 novembre afin de les soustraire aux recherches".

Elle a aussi suivi le procureur, qui n'avait pas jugé probante la présence de l'ADN de Jawad Bendaoud sur des morceaux de ruban adhésif mêlés aux débris de la ceinture explosive déclenchée par Chakib Akrouh, un autre djihadiste hébergé dans l'appartement de Saint-Denis.

Elle a donc prononcé sa relaxe.

Elle a en revanche été beaucoup plus sévère pour Mohamed Soumah, qui avait servi d'intermédiaire entre une soeur de Youssef Aït-Boulahcen, Hasna, en quête d'une planque pour les deux djihadistes en fuite, et Jawad Bendaoud.

La jeune femme a péri le 18 novembre 2018 avec ces deux hommes, lors de l'assaut du Raid.

"TIENS-TOI A CARREAU !"

Mohamed Soumah était jugé comme Bendaoud pour recel de terroristes. Le tribunal a considéré que, contrairement à ce dernier, il avait "une connaissance directe par Hasna Aït-Boulahcen" de leur "qualité de terroristes du 13 novembre", qu'il a contribué à soustraire aux recherches de la police.

Le troisième homme, et le seul qui comparaissait libre, Youssef Aït-Boulahcen, était jugé pour non-dénonciation d'acte terroriste, ce dont il a été reconnu coupable.

Le ministère public avait considéré qu'il avait "le profil le plus inquiétant" des trois prévenus, lui reprochant notamment de n'avoir jamais signalé la radicalisation de sa soeur.

Des documents salafistes, djihadistes ou antisémites et un montage comportant une photo d'Abaaoud ont aussi été retrouvés dans ses téléphones portables et son ordinateur.

"La mauvaise foi et les mensonges du prévenu ont été constants à l'audience" concernant ces contenus et sa connaissance de la présence d'Abaaoud en France et de ses projets criminels, a déclaré la présidente du tribunal.

L'avocat de Youssef Aït-Boulahcen, Florian Lastelle, a annoncé que son client allait aussi faire appel, "parce que nous avons une divergence juridique avec la décision rendue".

A l'issue de la lecture du verdict, Jawad Bendaoud, dont les facéties, les outrances et les coups de gueule ont contribué à la médiatisation de ce premier procès lié aux attentats de 2015, a embrassé son avocat, Xavier Nogueras.

"Jawad, tiens-toi à carreau !" lui a crié Bilal Mokono, blessé le 13 novembre 2015 au Stade de France, à Saint-Denis.

"C'est fini, je ne fais plus rien, je te jure que je me range", lui a crié en réponse Jawad Bendaoud.

(Edité par Yves Clarisse)