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Paris frappera en Syrie en cas d'attaques chimiques "létales"

reuters.com  |   |  653  mots
Paris frappera en syrie en cas d'attaques chimiques letales[reuters.com]
(Crédits : Philippe Wojazer)

PARIS (Reuters) - La France procédera à des frappes militaires contre des installations du régime syrien en cas de nouvelle attaque chimique "létale" avérée des forces de Bachar al Assad contre la population civile, a déclaré mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Emmanuel Macron a réaffirmé mardi soir sa "ligne rouge" sur l'utilisation d'armes chimiques - proscrites par les traités, a-t-il précisé - dans le conflit syrien, affirmant que la France frapperait en représailles "l'endroit d'où ces envois sont faits ou sont organisés".

Les Etats-Unis, "alarmés" par des informations faisant état de l'utilisation récente de bombes au chlore par les forces pro-syriennes dans la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, exhortent leurs partenaires à faire pression sur le régime de Damas.

L'administration américaine avait ordonné des frappes contre une base aérienne syrienne en avril 2017 à la suite d'une attaque à l'arme chimique contre la localité syrienne de Khan Cheikhoun, qui avait fait 86 morts, dont des enfants.

La France, à l'initiative d'un "Partenariat international contre l'impunité d'utilisations d'armes chimiques", reste très prudente sur le sujet, soulignant la nécessité d'"un travail scientifique approfondi en laboratoire" pour attester d'un cas de recours à une arme chimique ou à une substance toxique.

"La France s'impose cette règle très stricte avant de prendre toute mesure", a rappelé mercredi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Agnès Von Der Mühll.

Jean-Yves Le Drian a ajouté une autre restriction en précisant mercredi à l'Assemblée nationale que seules les attaques à "caractère létale" avérées feraient l'objet d'une réplique de la part de la France.

"Le président de la République a décidé deux mesures graves", a plaidé le ministre des Affaires étrangères.

LA PROBLÉMATIQUE DU CHLORE

"La première - elle a été confirmée hier - c'est de procéder à des frappes militaires contre des installations du régime s'il y avait un nouveau recours aux armes chimiques par les forces de Bachar al Assad dès lors que ces attaques présentent un caractère létal et que la responsabilité du régime est avérée", a-t-il dit.

"La deuxième, c'est de faire en sorte qu'en tout état de cause malgré les blocages sur la durée ces crimes ne soient pas impunis", a-t-il ajouté.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a fait état depuis le début du conflit de centaines de cas de suffocation, d'irritations des yeux et de la peau à la suite de l'utilisation présumée de bombes au chlore, arme interdite.

Le problème est que le chlore présente de nombreux usages légitimes.

"Le chlore, en tant que tel, ne figure pas parmi les substances prohibées par la convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction", a dit la porte-parole du Quai d'Orsay.

"Cela ne préjuge pas néanmoins du fait que le chlore puisse constituer une arme chimique interdite par la convention dès lors qu'il est détourné de son usage pacifique et utilisé comme une arme chimique, notamment comme ce pourrait être le cas actuellement en Syrie, en tant qu'agent suffocant", a-t-elle ajouté.

Le gouvernement syrien a toujours nié avoir utilisé des armes chimiques dans le conflit, qui entre dans sa huitième année.

"Chaque jour, du chlore est utilisé dans la Ghouta orientale, chaque jour. Chaque jour, nous communiquons à notre ministère des Affaires étrangères des images de Syrie prouvant l'utilisation de chlore, et je suis choqué d'entendre mon gouvernement dire qu'il n'est pas certain que du chlore ait été utilisé", s'insurge un haut responsable humanitaire français.

(Sophie Louet avec John Irish et Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse)