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En Italie, les promesses électorales, une menace pour la dette

reuters.com

Publié le 15 février 2018 à 17:34 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:19

En italie, les promesses electorales, une menace pour la dette

En italie, les promesses electorales, une menace pour la dette

ALESSANDRO BIANCHI

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Gavin Jones

ROME (Reuters) - "Chaque promesse est une dette, pensez-y", est-il écrit sous une énorme "horloge de la dette" installée dans les grandes gares de Rome et de Milan par un centre de réflexion économique.

L'horloge numérique affiche en temps réel la dette publique de l'Italie, manière d'inciter les électeurs à se méfier des promesses de campagne faites en vue des élections législatives du 4 mars.

Des promesses, préviennent des experts, qui pourraient creuser encore davantage le déficit public italien si elles étaient appliquées.

En hausse de 36,6 milliards d'euros en 2017, la dette publique a atteint 2.300 milliards, montre l'horloge. A 132%, l'Italie présente le deuxième ratio dette/PIB le plus élevé de l'Union européenne, derrière la Grèce.

Le pays reste en outre sous la menace d'une nouvelle crise financière, après celle de 2011, quand la flambée des taux d'intérêt avait placé le pays au bord de la banqueroute.

Le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco, s'est immiscé de manière inhabituelle dans le débat politique.

Il a averti que les promesses de réduire les impôts et d'augmenter les dépenses, faites par les différents partis, "pourraient se révéler contre-productives, puisqu'on ne peut pas éluder le problème de la dette nationale".

En tête dans les sondages, l'alliance de droite entre la formation de Silvio Berlusconi, Forza Italia, la Ligue du Nord et un parti d'extrême droite, Frères d'Italie, a présenté le programme le plus extravagant, selon les experts : énormes allégements fiscaux, régimes de retraite plus avantageux et encore plus d'aides sociales.

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Sa mesure phare, un taux d'imposition unique inférieur à 23% pour les particuliers et les entreprises, au lieu de taux situés aujourd'hui entre 23% et 43%, devrait coûter de 50 à 80 milliards d'euros, en fonction de là où sera placé le curseur.

Un peu moins généreux que l'alliance de droite, le Mouvement 5 Etoiles (M5S), anti-système, et le Parti démocrate (PD, au pouvoir), promettent eux aussi des réductions d'impôts, une augmentation des dépenses et une hausse du déficit budgétaire au-delà du seuil prévu par l'Union européenne.

"DES CHIFFRES QUI N'ONT PAS DE SENS"

Les économistes apparaissent d'autant plus incrédules que les partis politiques, conscients des inquiétudes liées aux finances publiques, promettent dans le même temps de réduire considérablement la dette.

Forza Italia, qui a présenté un programme à part en plus de celui de la coalition, dit pouvoir réduire la dette de 30 points en cinq ans, pour l'établir à 100% du PIB.

Le Parti démocrate annonce le même seuil au bout de dix ans. Le M5S, lui, promet une réduction de 40 points en dix ans.

"Ils essaient simplement de nous berner, ils avancent au hasard des chiffres qui n'ont aucun sens", estime l'économiste Roberto Perotti, ancien conseiller du gouvernement en matière de finances publiques, qui enseigne à l'Université de Milan.

Augmenter le déficit budgétaire pour alléger la dette va à l'encontre de l'orthodoxie économique qui prévaut en Europe depuis des décennies. Mais en Italie les partis politiques de tous bords estiment que les mesures d'austérité ont échoué et qu'une nouvelle approche s'impose.

Selon eux, la croissance est la clé. Stimuler l'économie pour la sortir d'une conjoncture morose va permettre de créer des emplois et d'accroître les recettes fiscales, pensent-ils.

Un ancien haut fonctionnaire du Trésor public et ex-directeur des affaires fiscales du Fonds monétaire international (FMI) se montre très sceptique.

Les programmes des partis, dit Carlo Cottarelli, "présentent des scénarios économiques très optimistes, et aucune cohérence entre les mesures annoncées et les objectifs de réduction de la dette".

Si la plupart des programmes mentionnent des coupes budgétaires, les experts économiques estiment que les mesures sont trop floues pour être crédibles et apparaissent nettement insuffisantes pour rééquilibrer les comptes publics.

LA CRISE DE "2011, MAIS EN PIRE"

Roberto Perotti évalue le coût potentiel du programme de la coalition de droite à 160 milliards d'euros. Le ratio dette/PIB augmenterait, lui, d'au moins sept points par an.

Il faudrait, estime-t-il, que le PIB augmente d'environ 10% simplement pour financer le nouveau taux d'imposition unique.

"Le PIB augmenterait la première année mais il y aurait ensuite une nouvelle crise de l'endettement et il faudrait augmenter les taxes", dit-il. "Ce serait comme 2011, mais en pire."

Ancien économiste en chef du Trésor, Lorenzo Codogno, à la tête aujourd'hui de LC Macro Advisors, estime que les propositions des partis augmenteraient "à coup sûr" la dette et qu'il est "totalement improbable" que stimuler la croissance permettra de consolider les comptes publics.

Forza Italie dit que le nouvel impôt sera financé par la fin de certains allègements fiscaux et d'avantages dont jouissent les familles et les entreprises, notamment dans les domaines de l'amélioration de l'habitat, des transports routiers ou encore des investissements des entreprises en machines.

Pour Lorenzo Codogno, les projets des partis politiques "pourront être considérés comme crédibles quand ils nous diront quelles dépenses fiscales ils prévoient de couper".

Les marchés financiers ont jusqu'à présent très peu réagi à la campagne électorale, peut-être parce qu'ils ne croient pas que les partis puissent donner suite à leurs promesses.

(Avec Giulio Piovaccari et Luca Trogni, Jean Terzian pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

reuters.com

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