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Lunel ou le procès d'un laboratoire du djihadisme ordinaire

reuters.com

Publié le 05 avril 2018 à 15:51 - Mis à jour le 05 avril 2018 à 16:00

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PARIS (Reuters) - Comment Lunel, petite ville de l'Hérault de 25.000 habitants, est-elle devenue un des laboratoires du djihadisme ordinaire en France, avant les attentats de 2015 ?

C'est ce que va essayer de comprendre d'ici le 11 avril la 16e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, devant laquelle a commencé jeudi le procès de cinq hommes de 29 à 47 ans accusés d'association de malfaiteurs terroriste et de financement d'une entreprise terroriste.

Arrêtés en janvier 2015, quelques jours après les attaques meurtrières de Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris, ils ont été en relation à un titre ou un autre avec une vingtaine d'hommes et de femmes partis de Lunel faire le djihad dans la zone irako-syrienne en 2013-2014.

Une quinzaine n'en sont pas revenus, dont la moitié sont présumés morts, comme Abdelkarim Belfilalia, frère d'un des cinq prévenus et premier à être parti en novembre 2013.

"Lunel, c'est la ville de France la mieux représentée au sein de l'Etat islamique", se vantait le 7 décembre 2014 l'un des prévenus, Hamza Mosli, lors d'une conversation téléphonique interceptée avec un de ses co-accusés, Adil Barki.

Après leur arrestation, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, avait salué le démantèlement d'une filière "particulièrement dangereuse et organisée".

Les juges qui ont instruit le dossier parlent plutôt d'une "émulation djihadiste collective", dans cette petite ville à mi-chemin entre Montpellier et Nîmes (Gard), où le taux de pauvreté était en 2014 de près de 26% et le taux de chômage sensiblement supérieur à la moyenne nationale.

Les cinq accusés, leurs proches et leurs copains échangent alors documents et vidéos de propagande djihadiste.

"SURENCHÈRE"

Le prévenu Jawad Salih a évoqué devant les enquêteurs une surenchère "pour se faire mousser" dans une "ambiance un peu djihad", où c'est "à celui qui montre le plus" et "ne parle que de ça", notamment à la mosquée ou dans le snack-bar "Le Bahut", tenu par Abdelkarim Belfilalia, puis par son frère Saad, aujourd'hui sur le banc des accusés.

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Les investigations sur Lunel ont commencé un peu par hasard par l'interception en septembre 2013, dans le cadre d'une autre enquête, d'une conversation entre Hamza Mosli et un proche d'une figure du djihadisme français, Mourad Fares, considéré comme un recruteur et incarcéré depuis son retour en France en 2014.

Hamza Mosli, dont deux frères sont morts en Syrie en 2014, est considéré comme un "personnage central" du groupe de Lunel. Il a notamment admis avoir été séduit par le salafisme et avoir connu tous les Lunellois partis en zone irako-syrienne.

Bien qu'adhérant à l'idéologie djihadiste, selon des témoignages et des écoutes recueillis par les enquêteurs, ce titulaire d'un baccalauréat technologique n'est jamais allé lui-même sur place, contrairement à Adil Barki.

Adil Barki, chez qui une expertise psychiatrique a décelé une tendance aux crises de panique, aurait cependant été déclaré inapte au combat par le groupe "Armée de Mohamed", où il n'est resté que quelques semaines, cantonné à des tâches ménagères.

Un seul des quatre autres prévenus, Ali Abdoumi, est accusé de s'être rendu également en Syrie, ce qu'il nie, comme il nie avoir quoi que ce soit à voir avec l'islamisme radical.

Contrairement à d'autres islamistes radicaux présumés jugés ces derniers mois, deux des prévenus du groupe de Lunel n'ont jamais été condamnés pour des faits de droit commun et trois ne l'ont été qu'une fois, pour des faits mineurs.

(Emmanuel Jarry)

reuters.com

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