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L'ex-président Lula refuse de se livrer mais négocie avec la police brésilienne

reuters.com

Publié le 06 avril 2018 à 05:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:07

Mandat de depot contre l'ex-president bresilien lula

Mandat de depot contre l'ex-president bresilien lula

Paulo Whitaker

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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par Gram Slattery et Tatiana Ramil

SAO BERNARDO DO CAMPO, Brésil (Reuters) - L'ancien président brésilien Luis Inacio "Lula" da Silva, qui avait jusqu'à 17h00 (20h00 GMT) ce vendredi pour se constituer prisonnier, ne s'est pas présenté dans les délais mais négocie avec la police fédérale, a-t-on appris de source informée de la situation.

L'ex-président, au pouvoir de 2003 à 2011, a été condamné à douze ans de prison pour corruption. Un juge fédéral lui avait enjoint jeudi de se présenter à la police dans un délai de vingt-quatre heures pour commencer à purger sa peine.

Dans la journée de vendredi, moins d'une heure avant l'expiration de l'ultimatum, la plus haute juridiction d'appel du pays l'a débouté de sa demande à être laissé en liberté le temps que son appel au fond, contre sa condamnation, soit examiné.

Lula se trouve depuis jeudi soir au milieu de ses partisans, au siège du syndicat des métallurgistes à Sao Bernardo do Campo, dans la métropole de Sao Paulo, le berceau de sa carrière politique.

Toute la journée, l'ancien dirigeant du Parti des travailleurs (PT) a multiplié les discussions et consultations avec ses proches mais n'est pas apparu en public. Le discours qui était annoncé pour 15h00 par le syndicat a été annulé.

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"Nous sommes rassemblés ici (...) pour combattre cette injustice", a déclaré l'actuelle dirigeante du parti de gauche, la sénatrice Gleisi Hoffmann, ajoutant: "Lula est innocent !"

La police fédérale à Sao Paulo a refusé d'indiquer ce qu'elle allait faire. Une intervention visant à l'arrêter de force pourrait provoquer des affrontements avec ses partisans.

Dans son mandat de dépôt émis jeudi soir, le juge Sergio Moro a précisé que Lula ne devait pas être menotté et qu'il serait incarcéré dans une cellule spéciale à Curitiba, où s'est déroulé son procès.

Au siège du syndicat des métallurgistes, on indique que l'ex-président réfléchit avec ses avocats à la marche à suivre. Ses conseillers juridiques arguent qu'ils n'ont pas encore épuisé tous les recours pour lui éviter la prison.

"LE PLAN A, B OU C, C'EST LULA"

Lula a entamé sa carrière politique au syndicat de la métallurgie en organisant il y a quatre décennies des grèves nationales contre le gouvernement militaire (1964-1985).

Pendant ses deux mandats, de janvier 2003 à janvier 2011, le Brésil a connu une forte croissance et une chute des inégalités, dans un contexte de forte hausse du prix des matières premières.

Lula a quitté son poste avec une cote de popularité record de 83%. L'ancien président américain Barack Obama lui avait rendu hommage en le qualifiant d'"homme politique le plus populaire du monde".

Ses ennuis avec la justice ont commencé avec l'opération judiciaire "Lava Jato" (Lavage express), lancée début 2014, qui a conduit à une lutte sans précédent contre la corruption au sein de la classe politique du pays.

L'enquête a mis au jour des milliards de dollars de pots-de-vin versés par de grands groupes du BTP à des hommes politiques et à des cadres dirigeants d'entreprises nationales comme Petroleo Brasileiro (Petrobras) en échange de l'octroi de contrats lucratifs.

En juillet dernier, Lula a été condamné à neuf ans et demi de prison pour avoir accepté de l'entreprise OAS 3,7 millions de reals (953.000 euros) en nature (des travaux de rénovation d'un appartement situé dans la station balnéaire de Guaruja) en remerciement de son intervention pour l'attribution de contrats avec Petrobras.

En appel, en janvier dernier, sa peine a été alourdie à douze ans.

Le Tribunal suprême brésilien avait refusé jeudi par six voix contre cinq que l'ancien président soit maintenu en liberté tant que tous ses recours n'auraient pas été examinés.

Cette décision devrait enterrer les derniers espoirs de Lula, 73 ans, de revenir au pouvoir à l'occasion lors de la prochaine élection présidentielle en octobre. Elle prive la gauche d'un candidat crédible face à l'impopulaire chef de l'Etat Michel Temer, lui-même soupçonné de corruption.

Lula reste l'homme politique le plus populaire du Brésil. Les enquêtes d'opinion donnaient l'ancien ouvrier devenu syndicaliste largement en tête du premier tour de la présidentielle s'il avait pu être candidat.

Selon la loi électorale brésilienne, il est interdit à un candidat de se présenter aux élections pendant huit ans après avoir été reconnu coupable d'une infraction pénale.

De rares exceptions ont été accordées par le passé et la décision devra être prise par la plus haute instance judiciaire du Brésil au cas où Lula présenterait tout de même sa candidature.

Le PT a promis d'organiser de grandes manifestations de soutien à son fondateur. "Nous n'avons pas d'autre plan. Le plan A, B ou C, c'est Lula, parce qu'il est innocent. Il sera notre président", a déclaré Cassio Gonçalves, rencontré vendredi au siège du syndicat de la métallurgie.

(avec Ricardo Brito à Brasilia et Eduardo Simoes à Sao Paulo; Eric Faye, Tangi Salaün, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français)

reuters.com

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