Or : après avoir racheté des mines, le Burkina Faso face au défi de leur financement

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

En 2022, les mines burkinabè de Boungou et Wahgnion avaient livré respectivement 116 000 et 124 000 onces d'or.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

En 2022, les mines burkinabè de Boungou et Wahgnion avaient livré respectivement 116 000 et 124 000 onces d'or.
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Au Burkina Faso, le Parlement a ratifié un prêt d'environ 45,7 millions d’euros accordé par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Destiné aux mines d’or Boungou et Wahgnion, ce financement met en lumière un enjeu devenu central depuis le rachat de ces deux actifspar l’État en 2024, en l’occurrence la mobilisation des fonds nécessaires pour assurer leur avenir industriel.
Exploitées jusqu’en 2023 par Endeavour Mining, puis cédées à Lilium Mining avant leur transfert à l’État burkinabè, les deux mines sont loin de leurs meilleures années. En 2022, elles avaient livré ensemble environ 240 000 onces d’or, dont 116 000 onces à Boungou et 124 000 onces à Wahgnion. Restée inactive pendant deux ans, Boungou a recommencé à livrer de l’or en juillet 2025.
La Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB), propriétaire des deux actifs, a indiqué ce mois prévoir une production de 92 000 onces en 2026 à Wahgnion. Le ministère des Mines revendique de son côté une production cumulée supérieure à 7 tonnes, soit environ 225 000 onces pour les deux sites.
C’est dans ce contexte que survient le prêt de la BOAD, complété par un apport du Burkina Faso à hauteur de 3,21 milliards FCFA (environ 4,9 millions d'euros). Selon les détails communiqués par les autorités, les ressources doivent servir, entre autres, à acquérir des équipements d’exploitation, renforcer un parc à résidus miniers et construire une ligne électrique pour raccorder Wahgnion au réseau national.
L’objectif est d’améliorer la productivité et de réduire la dépendance à la location d’équipements et à la sous-traitance, dont le coût dépasserait 3 milliards FCFA (environ 4,57 millions d'euros) par mois pour la seule Wahgnion, selon le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba.
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Pour continuer à exploiter de manière optimale les deux mines, et profiter des prix élevés de l’or, le prêt de la BOAD n’est pas suffisant. Le ministre des Mines indique d’ailleurs que ce financement fait partie d’un plan plus large estimé à plus de 100 milliards FCFA (plus de 152,5 millions d’euros). Les autorités n’ont pas détaillé les besoins justifiant cet investissement supplémentaire, mais les défis connus lors du rachat concernent le potentiel aurifère et des engagements financiers à honorer.
Le rapport 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) signale des réserves probables de 950 000 onces à Boungou et de 1,08 million d’onces à Wahgnion au 31 décembre 2024. Quelques années d’exploitation risquent néanmoins d’épuiser cette richesse, rendant nécessaire des investissements dans l’exploration pour prolonger la durée de vie des mines.
Sur le volet financier, Elemental Altus Royalties, qui détient une redevance de 1 % sur les revenus nets de fonderie à Wahgnion, indiquait encore fin 2025 que les paiements dus depuis le second semestre 2024 n’avaient pas été versés. La société expliquait aussi ne pas avoir reçu les relevés de redevances des trois premiers trimestres 2025, nécessaires pour comptabiliser ses revenus. Endeavour Mining reste également concernée par la performance future de Wahgnion.
L’accord de 2024 prévoyait une contrepartie fixe de 60 millions USD (environ 52,4 millions d'euros), entièrement versée, mais aussi une redevance de 3 % sur les revenus de Wahgnion jusqu’à 400 000 onces vendues. Autrement dit, plus la mine produira et vendra, plus elle devra aussi honorer des engagements.
La hausse du cours de l’or depuis le rachat offre sans doute des marges de manœuvre à Ouagadougou. Elle peut améliorer les revenus tirés de Boungou et Wahgnion, à condition que les volumes suivent et que les coûts soient maîtrisés. Mais en l’absence de données publiques régulières sur les performances opérationnelles et financières des deux mines, il reste difficile de mesurer la rentabilité réelle de ces actifs sous pavillon public.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin