Loi d’urgence agricole : « Les agriculteurs ont été trompés »
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Marc Dufumier
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Le projet de loi d’urgence agricole, qui depuis sa présentation suscite des débats enflammés au Parlement, a franchi cette nuit une nouvelle étape capitale : le Sénat en a approuvé, à 219 voix contre 111, une version largement remaniée par rapport à celles du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Dans l’attente des arbitrages de la Commission mixte paritaire qui doit se réunir le 16 juillet, Marc Dufumier, agronome et ancien directeur de la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech, prend la parole dans La Tribune pour dénoncer les failles de ce texte.
Il met en avant les propositions portées par AgriParis Seine, l’association de coopération territoriale qu’il préside, qui promeut le développement sur le bassin de la Seine de filières agricoles et alimentaires durables et locales.
Le Sénat a adopté cette nuit le projet de loi d’urgence agricole. Quel regard portez-vous sur ce texte ?
Cette loi a été conçue comme une réponse au désarroi d’un très grand nombre d’agriculteurs, qui souffrent de faibles revenus et d’un fort endettement. Mais il répond très mal à cette préoccupation primordiale.
Au cours des dernières années, en raison des injonctions de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire, ou des conseils des chambres d’agriculture et des coopératives, les agriculteurs se sont en grand nombre spécialisés dans la production d’aliments bas de gamme. Or, produire du blé en concurrence avec celui ukrainien, ou de la poudre de lait pour le marché chinois en concurrence avec la Nouvelle-Zélande, cela ne peut pas être rentable !
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Élever des poulets bas de gamme en concurrence avec le Brésil, ou de la betterave à sucre pour fabriquer de l’éthanol, cela n’a pas d’avenir ! C’est en revanche très coûteux en termes d’intrants, de conséquences environnementales et de santé publique. Les agriculteurs se retrouvent donc d’une part largement subventionnés par la Politique agricole commune (PAC), d’autre part contraints par des conditionnalités à ces aides déconnectées des conditions écologiques locales. Et ils trouvent à raison tout cela insupportable.