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Air France-KLM: Une délicate transition pour sortir de l'ornière

reuters.com

Publié le 14 mai 2018 à 10:08 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:59

Air france-klm: une delicate transition pour sortir de l'orniere

Air france-klm: une delicate transition pour sortir de l'orniere

Philippe Wojazer

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Air France-KLM doit annoncer mardi une gouvernance de transition après la démission de son PDG Jean-Marc Janaillac pour sortir de l'impasse de la crise sociale à Air France et tenter de profiter d'un contexte favorable aux compagnies européennes, en dépit de la hausse des cours du brut, estiment des analystes.

Le conseil d'administration du groupe franco-néerlandais doit se réunir mardi, jour de l'assemblée générale annuelle des actionnaires prévue à 14h30, pour nommer un successeur temporaire à Jean-Marc Janaillac, qui sera resté moins de deux ans en poste, achoppant, comme ses prédécesseurs sur la réduction de coûts salariaux chez Air France.

Le nom d'Anne-Marie Idrac, administratrice d'Air France-KLM depuis 2017, circule pour assurer cette transition. A 66 ans, elle a dirigé la SNCF et la RATP et a été secrétaire d'Etat aux Transports.

"Etant donné les changements récents à la fois au sein du conseil d'administration et dans le contexte politique, nous nous attendons à ce que le nouveau PDG soit nommé avec un mandat de restructuration plutôt que d'apaisement", estime dans une note Andrew Lobbenberg, analyste chez HSBC.

La compagnie américaine Delta Airlines et China Eastern sont entrées l'été dernier au capital d'Air France-KLM, avec une participation de 9% chacune. L'Etat français, qui détient 14% du groupe, veut réformer les pratiques des entreprises françaises dans lesquelles il est présent.

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L'Etat est ainsi engagé dans un bras de fer avec les syndicats de la SNCF, dont il entend réformer les statuts afin que l'entreprise publique résiste mieux à la concurrence à venir.

Le nouveau patron d'Air France-KLM aura fort à faire pour restaurer la confiance entre le personnel et la direction d'Air France, après 15 jours de grève au coût estimé à près de 400 millions d'euros et le rejet du projet d'accord salarial lors d'une consultation interne.

"Le non reflète un malaise beaucoup plus profond, au-delà des salaires: c'est un malaise lié au sentiment de déclin ressenti de la compagnie", résume un ancien cadre d'Air France ayant demandé à conserver l'anonymat.

Même s'il n'y a pas de risque d'effondrement brutal d'Air France-KLM, le groupe aura fort à faire pour rester en première division européenne aux côtés d'IAG (British Airways et Iberia) et de Lufthansa, ajoute-t-il.

"L'hypothèse la plus probable, c'est un lent déclin, une lente attrition", ajoute-t-il, citant l'exemple d'Alitalia, qui lutte pour sa survie après avoir été l'une des principales compagnies en Europe.

Chez KLM, l'inquiétude se fait plus vive, 14 ans après la fusion qui avait donné naissance à Air France-KLM, à l'époque en avance sur la consolidation en Europe.

"Nous voulons continuer avec Air France et il est trop tôt pour prendre des mesures drastiques, mais sans solution rapide, nous devons réfléchir à un plan B", a dit à Reuters Michiel Wallaard, responsable du syndicat néerlandais CNV.

"L'un des scénarios envisageables est une reprise de KLM par un autre partenaire, comme Delta", ajoute-t-il.

Dans un entretien diffusé lundi par la chaîne de télévision publique néerlandaise NPO, le PDG de KLM, Pieter Elbers, a jugé qu'un divorce avec Air France était inenvisageable.

Il a également souligné qu'il serait illusoire pour les syndicats de penser que l'Etat français puisse venir au secours de la compagnie, compte tenu des règles sur la concurrence en vigueur au sein de l'Union européenne.

"L'Etat français a été très explicite en indiquant qu'Air France devait se débrouiller par elle-même. Il est donc illusoire de compter sur une aide extérieure", a-t-il ajouté.

MARKETING SOCIAL

L'ampleur des incertitudes dans lesquelles se trouve plongé Air France-KLM va rebuter un très grand nombre d'investisseurs, estiment les analystes, soulignant le dilemme dans lequel se trouvera la nouvelle direction : proposer des augmentations de salaires généreuses pénalisant la compétitivité du groupe ou faire preuve de fermeté au risque d'un nouveau blocage.

"Le fond du problème, c'est un problème de marketing social: il faudrait un système de distribution basé sur l'intéressement et la participation", souligne l'ancien cadre d'Air France.

Jarrod Castle, analyste chez UBS, a réduit par prudence sa recommandation d'achat à neutre, avec un objectif de cours de 8 euros, tout en gardant espoir en une sortie de crise et un été sans grève.

Air France-KLM a amélioré sa recette unitaire de 1,2% à change constant au premier trimestre et a fait état de réservations bien orientées pour l'été.

"Les incertitudes constituent aussi une opportunité potentielle : les investissements les plus rentables dans les compagnies aériennes se font dans leurs pires moments", estime de son côté Andrew Lobbenberg, analyste chez HSBC, toujours à l'achat sur le titre malgré un objectif de cours ramené de 13 euros à 9,50 euros.

Vendredi, l'action Air France-KLM a rebondi de 4,82% à 7,40 euros, grâce à l'annonce d'une légère hausse de sa recette unitaire hors change et du taux d'occupation de ses avions en avril, mais les perspectives du groupe font pâle figure par rapport à celles d'IAG et Lufthansa. Le titre, qui prend encore 1,49% lundi à 11h45 accuse néanmoins un recul de plus de 45% depuis le début de l'année, ramenant ainsi sa capitalisation juste au-dessus de trois milliards.

Le titre se paye avec un ratio (PE) de seulement 4,2 fois ses bénéfices estimés pour 2019, bien loin des valorisation des autres compagnies européennes.

Le groupe franco-néerlandais fait en outre face, comme ses concurrentes, à la hausse récente des cours du brut qui va faire grimper la facture de kérosène, son deuxième poste de dépenses derrière les salaires.

(Avec Bart H. Meijer et Toby Sterling à Amsterdam, édité par Jean-Michel Bélot)

reuters.com

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