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Macron face aux spectres du pouvoir d'achat et du ras-le-bol fiscal

reuters.com

Publié le 31 août 2018 à 13:37 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:36

Macron face aux spectres du pouvoir d'achat et du ras-le-bol fiscal

Macron face aux spectres du pouvoir d'achat et du ras-le-bol fiscal

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18 juillet 2026

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Affaibli dans l'opinion, bousculé par la démission de Nicolas Hulot, handicapé par le ralentissement de la croissance et ses choix budgétaires, Emmanuel Macron voit désormais surgir les spectres du pouvoir d'achat et d'un nouveau "ras-le-bol" fiscal.

Le risque existe pour l'exécutif d'un désarroi des contribuables, qui devraient théoriquement recevoir en janvier un salaire amputé pour la première fois de leur impôt sur le revenu, et d'un recul consécutif de la consommation, un péril pour l'économie française.

Le choc politique pourrait être à la mesure des millions de Français concernés, au premier rang desquels les salariés du privé, une catégorie choyée par le gouvernement au nom de la réhabilitation de la "valeur travail", à travers notamment la baisse de leurs cotisations sociales.

Pour la popularité du chef de l'Etat, aucun répit n'est à attendre du côté des retraités, frappés cette année par la hausse de la CSG et qui viennent d'apprendre que leurs pensions seront revalorisées nettement plus faiblement que l'inflation en 2019.

Le calendrier des réformes annoncées, notamment l'assurance chômage et les retraites, ne présage pas non plus d'apaisement.

Selon un sondage BVA-Orange-RTL-La Tribune publié vendredi, Emmanuel Macron atteint ce mois-ci son score de popularité le plus bas depuis son élection, en baisse de cinq points, à 34% de bonnes opinions, et 68% des Français jugent sa politique injuste et inefficace.

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EN SUSPENS

Reflet d'un climat nouveau, Emmanuel Macron s'est interrogé publiquement jeudi sur la mise en oeuvre du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, alors que le ministre de l'Action et des Comptes publics a affiché sa confiance sur la capacité de l'administration à mettre en oeuvre en janvier 2019 cette réforme, qui a déjà été reportée d'un an.

"Sur le plan purement technique, nous sommes prêts et c'est ma responsabilité d'y veiller", déclare Gérald Darmanin dans un entretien publié vendredi soir sur le site du journal Les Echos.

Il juge "tout à fait normal que nous nous interrogions sur l'exécution d'une telle réforme qui va changer la vie administrative de 36 millions de foyers fiscaux. C'est le rôle du politique de ne pas appliquer mécaniquement des mesures mais de les rendre intelligibles et de s'assurer que tout va bien."

Jeudi lors d'un déplacement en Finlande, Emmanuel Macron s'était dit attentif.

"J'ai plutôt l'intention de conduire cette réforme à son terme mais j'ai demandé au ministre compétent de répondre à toutes les questions qui se posent encore avant de donner ma directive finale", a-t-il dit.

Cette prudence n'est pas l'expression d'une inquiétude profonde sur l'impact économique de la réforme, souligne-t-on à l'Elysée.

"Les Français sont des gens intelligents, qui savent compter" et sont parfaitement capables de comprendre que la perte de pouvoir d'achat n'est que temporaire, a insisté de son côté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

"Lorsque l'impôt s'adapte à votre vie et à vos revenus, ça ne peut être qu'une bonne chose pour la consommation, il n'y a donc pas d'inquiétude sur ce sujet", a-t-il ajouté.

Selon une source à l'Elysée, "le fil rouge de l'action de l'exécutif depuis un an, c'est le travail (...), que le travail paye mieux et que ceux qui n'en ont pas en trouvent un".

"La question du pouvoir d'achat se résout pour nous par cette attention portée au sujet du travail", ajoute-t-on. "Toute l'énergie du gouvernement est tournée vers ça et, d'ici la fin de l'année, il y aura des mesures orientées sur le pouvoir d'achat comme la diminution d'un tiers de la taxe d'habitation et la deuxième tranche de la suppression des cotisations salariales", rappelle-t-on.

Stanislas Guerini, porte-parole du groupe La République en Marche à l'Assemblée, a confirmé vendredi à Reuters que la majorité réfléchissait à une modulation du taux de revalorisation des pensions de retraite. "Il est trop tôt pour dire ce que nous déciderons pour le moment (...) mais l'impression que tous les retraités soient des perdants de notre politique fiscale doit être largement combattue", a-t-il dit.

"2019, ANNÉE DU CHOC PSYCHOLOGIQUE" ?

Pour le directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi, Alexandre Mirlicourtois, "le pouvoir d'achat est en crise durable" et 2019 sera l'"année du choc psychologique pour les ménages".

L'échéancier de l'Elysée est percuté "de plein fouet" par l'accélération de l'inflation, le ralentissement des créations d'emplois et des hausses des salaires limitées, ajoute-t-il dans une note.

"Rajoutez à cela le grand plongeon dans l'inconnu du prélèvement à la source qui diffère en fin d'année 2019 toute une série de crédits d'impôt, et la coupe est pleine", poursuit-il. "Le choc psychologique des premières fiches de paye net d'impôts renforcera l'impression générale d'un pouvoir d'achat en berne et l'attentisme des ménages."

L'ancienne ministre du Budget Valérie Pécresse (Les Républicains) a mis en garde récemment contre "une rébellion du pouvoir d'achat".

La présidente du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée et rapporteure du budget sous la majorité précédente, Valérie Rabault, a quant à elle estimé dans Le Parisien que "taper sur les retraités, c'est prendre le risque de ralentir le moteur du pays", jugeant "politiquement très dangereux d'opposer les générations".

Pour le directeur des synthèses de Xerfi, Olivier Passet, "le scénario rose a déraillé" et, par ses choix fiscaux, "le gouvernement a simplement cassé l'élan de la consommation. Et sur la défensive, il continue son opération de sape".

"Cela ressemble bien à un cercle vicieux, dont le gouvernement va avoir du mal à s'extraire. Hollande avait trop misé sur la conjoncture pour sauver son quinquennat. Macron l'a ignorée, croyant que c'était dans la poche. Et il risque d'en payer lourdement le prix", ajoute-t-il dans une note.

(Avec Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet)

reuters.com

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