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L'extrême droite a le vent en poupe en Suède

reuters.com

Publié le 05 septembre 2018 à 11:28 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:35

L'extreme droite a le vent en poupe en suede

L'extreme droite a le vent en poupe en suede

TT News Agency

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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par Simon Johnson et Johan Sennero

KOPPARBERG, Suède (Reuters) - Ceux qui se demandent pourquoi un cinquième des électeurs suédois seraient sur le point d'accorder leurs suffrages à l'extrême droite lors des élections législatives de dimanche seraient bien avisés de regarder ce qui se passe dans le petit comté du Ljusnarsberg, dans le centre du pays.

Nombre d'habitants de cette région naguère prospère voient d'un mauvais oeil les demandeurs d'asile depuis l'arrivée d'un grand nombre de migrants en 2015. Certains trouvent dans le même temps que l'évolution du modèle social suédois a fini par les mettre sur la touche.

Les sondages laissent penser que 20% des électeurs pourraient voter pour un parti issu de l'extrême droite, les Démocrates de Suède, anti-immigration et eurosceptique. Plusieurs sondages en ligne placent ce parti devant les sociaux-démocrates, qui ont dominé la vie politique du pays depuis un siècle.

Les Démocrates de Suède devraient enregistrer un score particulièrement bon dans la région de Ljusnarsberg, où ils ont recueilli un quart des voix en 2014, le double de leur score national.

La majeure partie des habitants du comté de Ljusnarsberg vivent dans la ville de Kopparberg, dont la richesse s'est constituée par le passé sur les mines de fer et de cuivre de la région.

Longtemps, la région est restée un bastion social-démocrate. Son basculement vers la droite du spectre politique illustre la place prise par le thème de l'immigration et la rupture entre les zones rurales aujourd'hui délaissées et les pôles de richesse comme Stockholm.

La dernière mine en activité dans le Ljunarsberg a fermé au milieu des années 70. L'an dernier, le taux de chômage de la région frisait les 13%, soit près du double du niveau national. La disparition des emplois s'est accompagnée d'un exode rural. La population a diminué pratiquement de moitié en l'espace de 50 ans et nombre de services ont été transférés à Örebro, à une heure de route au sud de Kopparberg.

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DANS LES BANLIEUES DÉFAVORISÉES

"C'était formidable de grandir ici, dans ce comté, dans les années 70 et 80. Maintenant, tout part à vau-l'eau", déclare un homme d'affaires de 53 ans, Leif Danielsson, à Kopparberg. "Maintenant, si vous avez des diplômes ou des contacts ailleurs, vous partez".

En 2015, la Suède a accepté sur son sol 163.000 demandeurs d'asile, soit le plus fort taux par tête d'habitant dans l'Union européenne. La région de Ljusnarsberg s'en est vu assigner 1.200, soit la plus forte concentration par comparaison avec la population locale.

Nombre de ces arrivants étaient des mineurs non accompagnés, et cet afflux a tendu les services locaux. Sur les 1.200, il en reste seulement 260 aujourd'hui, les autres ayant été transférés dans d'autres régions, mais le malaise demeure au Ljusnarsberg.

A une table de café de Kopparberg, Ulrika, 44 ans, confie que depuis l'arrivée des demandeurs d'asile, les femmes craignent de sortir le soir dans les rues.

"Il y a beaucoup de vols. Je pense que beaucoup sont liés à l'immigration", estime-t-elle.

La police indique que le nombre de délits signalés a reculé en 2017 par rapport à 2016, mais reconnaît que nombre de délits ne font pas l'objet de plaintes. A la suite de coupes budgétaires, le plus proche poste de police se trouve à Lindesberg, à 40 km de là.

"Bien sûr qu'on doit aider les gens", estime Staffan Myrman, 53 ans, qui travaille à la brasserie de Kopparberg, l'un des deux gros employeurs de la région de Ljusnarsberg.

"Mais lorsque 25-30% des habitants sont des réfugiés, il faut pouvoir faire face, ce qui n'est pas le cas".

Les Démocrates de Suède n'ont pas le vent en poupe que dans des régions rurales comme le Ljusnarsberg. Une série d'assassinats commis par des bandes et des incendies de voitures ont accrédité l'idée que les autorités ne contrôlaient plus la situation dans les banlieues urbaines défavorisées, où les immigrants sont majoritaires.

UN MODÈLE SOCIAL EN CRISE ?

Si la crainte de l'immigration explique pour partie le succès des Démocrates de Suède, le malaise ressenti face à aux changements économiques et sociaux joue aussi un rôle certain, bien que la Suède soit l'un des pays les plus riches de l'Union européenne, avec une croissance soutenue et un taux de chômage relativement bas.

"Ces élections seront un référendum pour savoir si nous gardons notre modèle social ou si nous laissons la porte ouverte à l'immigration. Je choisis le modèle social", a déclaré au cours d'un débat télévisé le chef de file des Démocrates de Suède, Jimmie Akesson.

Le gouvernement de centre gauche sortant et les Modérés, la principale formation de l'opposition, entendent les uns comme les autres accroître les dépenses publiques de 20 milliards de couronnes (1,9 milliard d'euros) au cours des quatre ans à venir. Malgré ces perspectives, et malgré des dépenses publiques déjà en hausse, nombre de Suédois pensent que leur système social traverse une crise.

Avec le vieillissement de la population, les listes d'attente pour se faire opérer s'allongent et la moitié des centres de soins doivent compenser la pénurie de médecins par du personnel intérimaire.

Depuis l'an 2000, en outre, 16% des maternités ont fermé leurs portes, selon une enquête de la télévision suédoise. Nombre de femmes doivent faire plus de 100 km pour accoucher, et les écoles vont devoir recruter 77.000 enseignants au cours des cinq prochaines années.

En outre, les inégalités, mesurées par le coefficient de Gini, ont augmenté plus vite en Suède ces dernières années que dans n'importe quel autre pays industrialisé, même si ce pays scandinave demeure parmi ceux où les revenus sont le plus également répartis.

Et dans le Ljusnarsberg, nombreux sont ceux qui trouvent que les immigrants ont droit à un régime social préférentiel. "Ce n'est pas la faute des migrants, mais celle des politiciens", déplore un retraité, Torbjorn Lundgren, qui soutient les Démocrates de Suède.

(Eric Faye pour le service français)

reuters.com

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